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Mot de passe perdu?

Le Grand Escalier

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Lever le voile sur la réalité
Bienfaiteur du WHP
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Serdaigle
2e année
Titre : Lever le voile sur la réalité
Créé : 06/10/2025 à 16:01:55

Première Année de Lemony Parlambre
et Thylas Darkflare, début mai

Un Samedi de Mai.
Le samedi de mai. Celui qui peut changer le cours de son existence à jamais.
Et des non-dits. Trop de non-dits, trop de questions dans son esprit qui tourne, actuellement à vide.
Autant à vide que son estomac qui grogne de faim. Il n'a rien pu avaler ce matin-là, ni au dîner de la veille d'ailleurs.
Et sur son visage trop pâle de l'hypoglycémie, les cercles violets qui entourent son visage n'en sont que plus visibles.

Mais à côté de lui, se trouve Thylas.
Elle est venue.
Comme promis.
Elle avait aussi promis de venir dans la Tour des Aiglons, et personne n'empêche une Thylas déterminée d'obtenir ce qu'elle veut.
... Sauf peut-être Lemony. Et un livre qui déverse d'immenses paillettes. Le garçon réprime un sourire, parce que la scène était drôle ; pour autant il n'a jamais voulu blesser son amie.
— J'imagine que lorsque tu as passé la Statue et son énigme, tu t'attendais plus à découvrir les passages secrets vers la connaissance et d'étranges expériences dans les recoins plutôt que la salle de bains des filles, n'est-ce pas ?
Son ton est contrit ; pour autant il ne peut s'empêcher de sourire.
Dans ses longs cheveux auburn, qui tirent sur le roux en cette fin de matinée, il reste des paillettes. Sous le soleil, elles donnent un reflet... intéressant à ses cheveux.
Le sourire du Serdaigle s'élargit, ses yeux pétillent de malice.
Pour la première fois, il s'est senti à sa place dans la Salle Commune des Serdaigle.
Parce que Thylas était là.
"Morgane, j'ai clairement perdu une partie de mes facultés mentales en entrant à Poudlard. Il m'est impossible de vivre sans Thylas. Comment ai-je pu même tenter ?"
Mais il le sait, bien sûr.

Il est arrivé à Poudlard en conquérant, pensant faire irruption dans un Ministère pour étudiants, là où il lui faudrait nouer des alliances.
Il est arrivé à Poudlard en pensant que chacun lui témoignerait le respect que ceux de son petit monde fermé témoignent aux aristocrates, et les Parlambre sont plus que des Comtes, dans cette hiérarchie. Des Ducs, des Marquis, que leurs pouvoirs de langage permet de se maintenir et grandir.
Il est arrivé à Poudlard complètement sous le joug de la doctrine Sang-Pur traditionaliste, alors que ses pairs sont tout simplement... des enfants.
Thylas n'était pas une alliance et pire, elle pouvait décider d'entrer en politique de façon rivale. Entre autres.

— J'ai vraiment été un imbécile, n'est-ce pas ?
Son sourcil haussé, son accent de la haute, son toujours là quand il pose la question avec sincérité, très désabusé.
— C'est tellement étrange, Thy'. Je revois les discussions... en cours, j'étais un enfant comme les autres, je connaissais parfaitement les codes. J'ai juste beaucoup de mal avec les bavardages et interruptions intempestives mais... finalement, que sais-je de la normalité d'une éducation ?
<< Au dehors, pourtant, je n'étais qu'une sorte de mini-politicien et je... c'est si étrange. Je n'arrive pas à me souvenir d'avoir eu ce comportement au Manoir Parlambre. Dans les Galas, mais j'y étais plus bienveillant, différent. Je me revois en septembre, en octobre, auprès des autres et j'ai du mal à reconnaître mon propre comportement. Pire, tout est flou.
<< Il n'y a que... quelques occurences. Un jour de pluie où j'ai rencontré quelqu'un qui m'a vu pour ce que j'étais, et où j'ai pu respirer. Je n'arrive pas à faire la différence entre le masque neutre et le masque de politicien que j'ai mis ce premier jour d'école... ils se fondent l'un dans l'autre. Et pourtant, le deuxième a fondu en même temps que ma résistance à Poudlard. Ce comportement qui a été mien durant le premier trimestre, je peine à l'accorder avec moi-même. Me suis-je perdu sous le masque ? Je sais pourtant les manier !

Lemony ne peut pas soutenir le regard de sa meilleure amie. Elle l'a dit elle même : elle ne le reconnaissait plus.
Et maintenant qu'il s'est retrouvé, qu'il est de nouveau le Lemony Parlambre du Domaine...
Il ne l'est plus exactement. Toutes ses certitudes volent en éclat les unes après les autres.
Malgré la douceur du matin de mai, Lemony frisonne.

***

Il est bientôt l'heure. Jade les attends dans cette auberge. Lemony et elle ne se sont pas vus depuis cinq mois, depuis Noël. Mais même alors, Jade était focalisée sur sa rage contre Onyx et s'est enveloppée dans une bulle Australienne de romantisme, dans les bras d'Elijah, le père de Lemony.
— As-tu beaucoup vu ma soeur, dans la Salle Commune, Thy ? Est-elle toujours entourée des quatre mêmes personnes. Est-ce que... tu as noté la moindre instance de Don, chez elle ?
Si Thylas n'est pas une Parlambre et si elle ignore totalement l'étendue des Dons de Parole, elle a vu Quartz, tout petit, fasciné par les Serpents. Elle l'a vu arriver au Manoir Darkflare avec les reptiles sur sa peau, elle l'a vu siffler et faire la traduction tandis qu'Onyx négociait des ingrédients pour son commerce.
Elle a déjà été glacée de l'intérieur, avec cette douleur que seule la brûlure du froid peut provoquer, par la Langue d'Acier d'Onyx Parlambre. Elle a aussi, comme tous, ressenti la douceur du miel et la dopamine offerte par l'utilisation de ce don à double tranchant.
Elle a vu le charisme splendide de Jade. Et elle sait que l'une des plus grandes angoisses de Lemony est de rester Muet.
Si le Don d'Emerald est l'un de ceux qui s'entend, l'un de ceux qui ne peut pas rester caché ou invisible, elle l'aura reconnu.

La place centrale de Pré-Au-Lard est très belle. Elle est également très connue. Il y a si peu de villages magiques, et tant d'architectures moldues différentes... Parfois, Lemony a l'impression d'être coincé dans une société qui n'évolue guère.
Il est l'heure... et une pierre tombe dans l'estomac du garçon.
Ses cheveux atteignent ses omoplates, à présent. Il a toujours eu interdiction de les avoir longs. Même les mèches étaient coupées de près autour des oreilles, presque rasées.
— Thylas...
Sa voix n'est qu'un souffle.
Il redoute tant Jade qu'il a envoyé Aurum demander ce rendez-vous à sa place. Mère et fils n'ont pas communiqué du tout.

Les cicatrices sur ses membres, le Précepteur, Poudlard qui ne lui est pas adapté, le fait qu'il évite la Grande Salle, sa solitude immense, sa douleur interne si forte que des pensées noires naissent, et son seul point de salvation étant de quitter les lieux car il se sent glisser vers la folie, se noyer...
Tout ceci est contenu dans cet unique souffle.
Il n'y a pas besoin de plus.
Elle sait.

Lemony n'est pas exactement tactile.
Mais il prend la main de sa meilleure amie et il la serre. Elle est son ancre en cet instant.
Et pourtant, arriver dans l'auberge mains entremêlées ? Autant tendre directement une promesse de fiançailles, selon les codes Sang-Pur.
Il ne lâche pas Thylas pour autant. Les larmes brouillent déjà sa vue.

Ils sont séparés de l'auberge par deux pas.
Et du serveur qui les conduira à l'abri des yeux discrets, vers cette femme magnifique et magnétique, dans la seconde où ils entrent.
Sa main serre encore plus fort.

RP entre Thylas Darfklare, Lemony et Jade Parlambre. Nous ne souhaitons pas de tierce personne ni de PNJ



Livre – Fanfiction
Une Lueur dans l'Ombre
Chroniqueuse VIPère
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Serpentard
2e année
Titre : Re : Lever le voile sur la réalité
Créé : 06/11/2025 à 02:01:16

LEMMMMMMMM <33333
Thylas était arrivé avec quelques minutes de retard volontairement. Ses pas résonnaient sur les pavés de Pré-au-Lard nullement pressés. Elle s’était juré de venir, et une Darkflare tenait toujours parole… même lorsqu’elle aurait préféré laisser un certain Serdaigle ruminer sa faute. Les paillettes. Morgane, les paillettes. Elle en retrouvait encore dans ses cheveux, plusieurs jours après cette ignoble plaisanterie.

Lorsqu’elle s’approcha, son regard se posa brièvement sur Lemony avant de glisser ailleurs, faisant semblant de bouder. Ses bras se croisèrent, son menton se releva, et elle prit cette expression distante qu’elle affectionnait tant, celle qui disait je ne suis pas fâchée, mais je suis fâchée.

Sauf qu’à mesure que Lemony se mit à parler, quelque chose en elle se fissura. Il y avait dans sa voix une faiblesse qu’elle ne lui connaissait pas et, derrière les phrases polies et la diction parfaite, une lassitude si sincère qu’elle en oublia un instant sa bouderie et la vengeance soigneusement préméditée (elle avait emporté une fiole d’Encre Indélébile, au cas où). Elle l’observa longuement, les yeux mi-clos, la bouche figée dans une moue qui finit par s’effacer d’elle-même. Lorsqu’il évoqua ses masques, elle se décida enfin à répondre.


Oui, tu as été un imbécile. Sa voix était basse et sans ironie. Mais pas le genre irrécupérable.

Elle hésita, puis ajouta, plus doucement.

On se perd tous un peu, Lemony. Certains sous un masque, d’autres derrière une réputation. La différence, c’est que toi, tu t’en rends compte.

Un souffle de vent fit danser une mèche devant ses yeux et elle la repoussa d’un geste distrait. Quand il parla de sa sœur, Thylas détourna le regard vers les toits bleus du village.

Je l’ai vue, oui. Jade attire toujours la lumière mais je n’ai rien remarqué d’étrange. Pas de Don visible, du moins ou peut être qu’elle le retient… ou qu’elle attend le bon moment pour s’en servir. Les Parlambre ne font jamais rien sans raison.

Sa dernière phrase fut prononcée d'un ton mi sérieux et presque mi ironique. Lemony souffla son prénom, lourd de tout ce qu’il n’osait dire et dans ce souffle, Thylas entendit plus qu’une peur, un appel. Alors, sans vraiment réfléchir, elle laissa sa main glisser dans la sienne. La chaleur de ses doigts, tremblante, contrastait avec le froid du métal de sa bague.

Elle aurait pu la retirer et elle aurait dû, peut être. Les convenances l’exigeaient mais elle ne bougea pas.


Allons y.

Lorsqu’il serra sa main un peu plus fort, elle répondit sans un mot, mais la pression de ses doigts signifiait clairement je suis là. Pour la première fois depuis longtemps, elle vit non pas le noble Parlambre… mais simplement Lemony.

Bienfaiteur du WHP
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Serdaigle
2e année
Titre : Re : Lever le voile sur la réalité
Créé : 09/11/2025 à 17:04:40

Thylas <3 Tu m'as manqué !

Attendre...
Attendre est dur. Mais Lemony avait eu foi en Thylas.
Et même si celle-ci le foudroie du regard tandis qu'il baisse les yeux avec contrition, il remarque qu'une paillette scintille au bout d'un cheveu volage, et ne retient pas son sourire. Contrit, mais tout de même.
Thylas préfèrera le voir se moquer un peu plutôt qu'un masque d'un Sang-Pur indifférent à la vie qui l'entoure.

Le garçon regarde le soleil, ou plutôt le ciel de mai et les toitures. Les pavés qui reflèteront sa chaleur.
— Quand avons-nous cessé de nous émerveiller du monde ?
Sa voix n'est qu'un murmure. Des souvenirs d'enfance où tout lui semblait extraordinaire, beau, nouveau.
Et cette journée aurait été parfaite pour simplement renforcer leur lien, déambulant dans la ville.
Le regard que Lemony envoie à Thylas n'a rien d'amoureux, et pourtant il contient un amour que peu de choses peuvent égaler.
— Permet-moi, souffle-t-il avant de saisir les cheveux rebelles et le petit tas de paillettes tout aussi rebelles qui s'y sont installées.
Il les enlève avec une douceur infinie. Parce que Thylas ne supporte rien dans ses cheveux, et que son cuir chevelu doit être aussi fragile que celui du jeune Parlambre : douloureux au moindre toucher, dès que quelque chose tire même un millimètre. Et qu'il est hors de question de jamais blesser Thylas.
Il l'a fait, phsychologiquement, ces derniers mois et s'est juré de tout faire pour que ça n'arrive plus jamais.

C'est tellement étrange, ce lien qui l'unit à cette jeune fille.
Aussi fort que celui qui le lie à Aurum, pourtant d'une nature complètement différente.
Et il n'a pas de mots à mettre dessus. Ca le perturbe, alors l'enfant cille des yeux à plusieurs reprises.

***
— Pas irrécupérable... mais en regardant en arrière... J'ai peur, Thylas. Et si je n'avais pas réagi ? Je n'ai réagi que parce que j'avais mal ! Je n'ai rien fait de bien, je n'ai eu aucun éveil, je me suis simplement noyé. Je n'ai pas été capable de maintenir le comportement que–
Qu'il aurait dû avoir.
Mais il vient de le dire : il ne reconnaît pas ses propres actions.
Alors, d'où lui est venue cette certitude ?
Qui désire qu'il se comporte ainsi ?
Elijah et Jade ?
Son ventre se tord. A-t-il amené son amie dans la gueule du Détraqueur ?
Onyx ?
L'influence de son oncle est forte. Il a beau se tenir à l'écart de Lemony, ils vivent souvent ensemble.
Mais ça ne peut pas être Onyx parce que s'il y a une chose dont se targue son oncle, c'est d'être intègre vis à vis de ses partenaires, commerciaux, amicaux, alliances. Ses émotions ne sont jamais dissimulées. Jamais. Cela crée des situations où son Don, sous l'effet de la colère, blesse une foule entière.

Si Aurum avait cru que Jade pouvait lui causer du tort, il n'aurait jamais transmis le message.
Reste...
Le Premier Précepteur. Il a juré de me surveiller à Poudlard ; il n'en a pas eu besoin, sa voix est dans mes oreilles à chaque faux pas. Mais jamais pour m'encourager alors...
Lemony se retrouve défait.
Aucun humain ne lui a ordonné de se comporter ainsi, et pourtant il a senti que c'était ce que l'on attendait de lui.
— Et si j'avais été capable de tenir, Thylas ? Si j'avais traversé ma première, deuxième, toute ma scolarité ainsi qu'il le fallait selon les codes Sang-Pur ? Uniquement des alliances, jamais de faux-pas, l'école est un terrain de réseau et de préparation. Si mes masques avaient tenu... Je serai devenu... un monstre.
Un sorcier sans émotions, indifférent aux autres, les utilisant... une doctrine de Mage Noir. Aurait-il si mal tourné ?
— Personne d'autre ne le fait, ajoute-t-il, confus. Aucun Sang-Pur... ils vivent tous à Poudlard comme... les adolescents qu'ils sont. En s'amusant. Avec de véritables amitiés. Je ne comprends pas. Je ne comprends pas. Je ne comprends pas.
Lemony reste bloqué, il utilise ses talons et ses orteils pour balancer son corps, frustré, rigide, bloqué.
Il n'a comme ancre qu'une main dans la sienne.

Une main qui évoque sa soeur, et la douleur pourtant vive a le mérite de faire taire sa litanie de "Je ne comprends pas", en boucle depuis plusieurs minutes à présent.
— Emerald. Elle...
Sa voix est rauque.
— Je ne comprends pas non plus. Pourquoi ont-ils fait de moi l'Héritier alors qu'Emerald est l'aînée, et une fille ? Bien sûr, les garçons héritent, mais à choix égal, la matriarchie l'emporte.
Et sa soeur...
Ainsi, soit son Don est discret. Soit elle le dissimule. Elle peut le faire –Lemony a déjà vu sa mère s'éteindre et se fondre dans l'ombre. Elle a juré qu'elle lui apprendrait à le faire.
Aurum a déjà reçu la leçon. Son cousin est solaire, l'on se retourne sur lui et il est garant de la chaleur humainde d'un Gala, là où Lemony possède tous les codes mais les applique avec minutie. Aurum n'en a même pas besoin.
Pour autant, il sait disparaître et faire oublier sa présence à une pièce. Il sait entrer dans un Gala sans paraître différent.
Les gens solaire attirent l'attention sans le désirer et s'ils sont tous comme Aurum, ils disposent d'une gentillesse pure, d'énergie à revendre, et l'on tente toujours d'être dans leur cercle social. Mais son cousin a appris à s'éteindre.
Notamment au Manoir Darfklare. Considérant qu'Onyx est moins hostile à la famille de Thylas que Jade, c'est une curiosité et un mystère de plus à percer.

Alors Lemony, qui est pris de vertige, sent les doigts de Thylas se resserrer.
— Allons-y.
Il a la vision tellement brouillée par le manque de sucre qu'il peut à peine mettre un pied devant l'autre.

Et puis. Ils entrent. Et le serveur les conduit, sans surprise, vers une table à l'égard des regards discrets.

***
Le visage de Jade est impassible ; sa présence aussi imposante et gracieuse qu'à l'accoutumée.
Ses yeux verts tombent sur les mains entrelacée des enfants.
Elle enregistre l'identité, fait signe d'ajouter un troisième couvert. Le tout avec un sourcil haussé.
En hôte parfaite, elle se lève de sa chaise et attend que les invités soient assis pour en faire de même.
— Bonjour, Lemony. Bonjour, Lady Darkflare. Avant que nous ne commencions, me permettez-vous de vous offrir le repas de midi ?
Jade est un mur de perfection.
Elle semble inaccessible à l'enfant. Thylas est libre de refuser ce qui pourrait être considéré comme de la charité, ou que d'aucun pourraient utiliser comme quelque chose rendent la famille redevable.
Ce n'est pas le genre des Parlambre. Ils offrent par pur decorum : la personne est présente parce qu'ils ont instigué le repas, elle n'a pas à dépenser alors qu'elle prend déjà sur son temps pour les obliger.
Normalement, Thylas le sait.
Il est possible qu'elle soit d'humeur joueuse... ou que les relations tendues entre leurs parents la fassent décliner.
— I'm delighted to see you again, Mama.
Enfant, et encore dans les moments de besoins, Lemony utilise l'appelation française pour sa mère. Aujourd'hui, redoutant de l'offenser (Jade a toujours détesté être appelée Mother. Mère à la rigueur. Jamais Mother), il utilise les usages de proximité anglais.

Afin de poser ses deux mains sur la table, le garçon est obligé de lâcher Thylas.
Son corps ne veut pas. Il se rebelle, et ça lui demande une force que ses muscles en manque de glucides n'ont pas.
Fort heureusement, il porte une tenue d'été. S'il avait eu des manches, ses gestes maladroits auraient renversé les verres.
Les cartes sont apportées presque aussitôt.

Dans un silence absolument pesant. Mais dès qu'un serveur approche, Jade parle. Donner l'illusion que tout est parfait. Toujours.
— Je suis ravie de te revoir également, Lemony. Tu es fort bien habillé. Vous êtes aussi ravissante, Lady Darkflare.
Mondanités.
D'ailleurs, dès qu'il n'y a plus personne pour écouter, Jade sort sa baguette et lance un sort de silence autour de la tablée puis s'adresse à Thylas en la regardant dans les yeux.
— N'ayez crainte, ce n'est pas un guet apens. En revanche, les précautions prises par mon fils pour me contacter m'obligent à être sur mes gardes. Vous êtes libres de partir à tout moment, sans que rancune ne vous soit tenue.
Lemony fronce les sourcils.
Il y a quelque chose d'étrange dans la voix de sa mère. Elle semble... froide. Pourtant, le ton est chaud, tout est soigneusement calibré pour que Thylas se sente à l'aise.
— Je suis certaine que nous pourrions tous trois badiner de sujets inintéressants durant une heure, mais cela n'est absolument pas dans mes plans. Pas quand mon fils me contacte en urgence, et qu'Aurum est alarmé. Véritablement alarmé, Lemony, comme si ta vie était en danger. Or... il semble qu'il ait raison.

Quoi ?!
La respiration de l'enfant se suspend.
Il se noie. Il a l'impression de sombrer dans la folie, et même l'amitié de Thylas a du mal à le rattraper, d'autant plus que ce n'est pas son rôle. Il a besoin d'un adulte. Et il est si isolé que son choix s'est porté sur Jade.
Ses souvenirs d'enfance l'y ont poussé. Le temps où elle le bordait chaque nuit, sa bouche chaude contre son oreille.
<<Toutouig la la, va mabig... Toutouig la la...>>

Je sens aussi que l'urgence est vitale, mais comment Jade peut-elle le percevoir aussi vite ? Et pourquoi est-ce que je ne sens que du froid alors qu'elle est implacable, certes, mais pas hostile ?
— Que désires-tu manger, Lemony ?
Ce froid, qui n'a rien à faire dans une question aussi banale...

Oh, par Avalon !!
Lemony percute brutalement.
Jade n'est pas froide. C'est sa langue qui l'est. Elle n'utilise pas son Don. Et c'est si rare que Lemony en reste bouche bée, yeux écarquillés.
Certainement pas dans le decorum, donc.
Il se tourne vers Thylas.
Jade fait toujours extrêmement attention aux enfants. De ses neveux aux jeunes invités, elle n'a d'exigences que celles atteignables à leur âge. Est-ce parce que Thylas est mineure qu'elle s'assure de ne surtout pas influencer son opinion ?
Mais en ce cas, pourquoi Lemony est-il inclus ? Sa mère ne veut pas de bavardages, mais son Don rend certainement plus facile l'envie de se confier à elle.

Comment transmettre à Thylas l'information "Tout va bien, je panique parce que ma mère, LA Parlambre la plus puissante depuis des siècles, a un comportement que je ne comprends pas mais qui est des plus respectueux envers toi" ?
Il se saisit du verre d'eau. Sa main tremble, il réussit l'exploit de ne pas éclabousser quoi que ce soit.
Puis, avec une serviette en tissu, il s'essuie la bouche et, discrètement, tire la langue à son amie avant de la mordre.

Bon, Lemony est un enfant de douze ans. Ce n'est ni discret, ni exactement compréhensible pour ceux qui ne sont pas dans sa tête.

Il n'a jamais entendu Jade sans son Don.
Et le regard perçant qu'elle pose sur lui, pointé sur la carte dont les mets sont parfaitement appétissants...
Pour le Lemony des Galas. L'idée de la viande lui soulève le coeur. Il cherche parmis les plats végétariens, et l'idée de devoir engloutir plus de trois fournées de pâtes le panique.

Jade sait.
Vu comme elle le regarde, vu comme elle insiste pour qu'il choisisse un plat, elle sait qu'il a ce que Thylas a dit "Un trouble alimentaire".
Qui n'en est pas exactement un. Disons que c'est une conséquence du bruit dans la Grande Salle. Il n'est plus habitué à manger autre chose que des fruits (et des viennoiseries le matin).
Lemony se demande comment sa mère peut savoir.
Mais c'est assez évident pour ceux qui n'ont pas vu Lemony jour après jour. Non seulement il n'a pas pris un centimètre, mais toute la graisse a fondu et la robe choisie, neuve, flotte sur lui. La mère, qui n'a pas vu son fils depuis six mois, a immédiatement vu la perte de poids, les joues creuses et les cernes. Les tremblements de l'hypoglycémie malgré tout les efforts du garçon pour respecter protocole et decorum.

Il regarde sa carte. Se demande comment il va se sortir de là.
Décide que puisqu'elle sait, pourquoi jouer la comédie ?
— Je n'ai pas véritablement faim. Je prendrai simplement une soupe en entrée. Puis un dessert. Et un jus d'orange.
Les sourcils de Jade se lèvent.
Elle repose la carte.
— Ainsi donc, tu as abandonné tout faux-semblants, mon enfant. Très bien. Miss Darkflare, je dois vous demander... avez-vous conscience des enjeux de cette rencontrer ? Des secrets de famille qui risquent de vous être exposé, et de l'absolu nécessité de tenir votre langue ? Si mon Héritier vous a invité à ce déjeuner, vous êtes invitée dans le cercle restreint de notre famille. Mais avec vous véritablement conscience que vous devrez taire ce que vous entendez aujourd'hui à vos propres parents ? Avez-vous conscience qu'en sortant, la rumeur de fiançailles est une possibilité ? Et toi, Lemony, as-tu conscience que sans-faux semblants, je vais moi aussi aborder des sujets dont tu n'as jamais supporté l'existence ?

La maîtrise de Jade est impressionnante, elle utilise le Don de façon courte, pas pour influencer mais pour prévenir.
La gorge de Lemony est asséchée.
Ils n'ont jamais évoqué son inversion. Il a assuré à Thylas qu'il était attiré par les filles. Elle a semblé le croire.
Mais il inspire profondément. Il a besoin de sa meilleure amie. Si tel est le prix à payer...
— Soit. Oui, Maman, j'en ai conscience. Oui, je l'accepte.

Mais il n'en voudra pas à Thylas de reculer.
Il n'a pas réalisé, lui-même, qu'il la faisait entrer dans le cercle familial, ou peu s'en faut.
Il espère juste... qu'elle lui a suffisamment pardonné toute cette douloureuse année pour rester.
Il espère qu'elle sait, aussi, qu'il ferait la même chose pour elle sans hésiter une seconde.



Livre – Fanfiction
Une Lueur dans l'Ombre
Chroniqueuse VIPère
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Serpentard
2e année
Titre : Re : Lever le voile sur la réalité
Créé : 20/11/2025 à 20:10:33

Ahalala Jade.... x)
Thylas resta silencieuse les premières secondes avec les doigts toujours noués à ceux de Lemony sous la table. Elle observait Jade avec une attention nouvelle, pas la simple curiosité d’une enfant mais la méfiance instinctive de quelqu’un qui reconnaît chez un adulte un masque trop parfaitement posé. Cette manière qu’avait la mère de Lemony de sourire sans jamais vraiment sourire… c’était exactement le genre de trucs que les adultes Darkflare faisaient lors des dîners de famille avant d’anéantir quelqu’un avec trois phrases polies.

Alors, quand Jade parla d’enjeux de famille, de discrétion et surtout de comprends tu seulement ce que ça implique, enfant?, Thylas sentit quelque chose se hérisser en elle. Une colère petite mais vive non pas pour elle car elle en avait l’habitude mais pour Lemony. Il devenait toujours plus pâle à mesure que sa mère parlait et Thylas sentit ses propres doigts se resserrer autour des siens, comme si elle pouvait le retenir ancré dans ce monde par sa simple présence.

Elle inspira, redressa le menton et finit par répondre, la voix claire et contrôlée mais vibrante d’une détermination.


Je comprends peut être pas tout, Lady Parlambre mais je comprends qu’il n’a pas besoin qu’on lui parle comme ça.

Presque malgré elle, ses pensées glissèrent vers sa propre famille. Elle n’en parlait jamais car ça ne servait à rien.

Ma mère, elle… commença Thylas, le regard se durcissant légèrement. Elle n’aimerait pas la façon dont vous—

Elle s’interrompit d’un coup, soudain consciente de ce qu’elle allait dire et du poids politique que pouvaient avoir ses mots, même involontaires... De la façon dont cela pouvait retomber sur Lemony et non sur elle. Elle baissa un instant les yeux et avala sa colère parce qu’elle n’était pas venue pour se mesurer à une adulte. Elle était venue pour lui. Quand elle releva le visage, son ton était plus doux et plus sincère.

Je ne suis pas là pour provoquer des ennuis et mes parents… ils ne se préoccupent pas vraiment de ce que je fais, alors je ne dirai rien. Je suis ici parce que Lemony m’a demandé de venir, et c’est tout ce qui compte.

Elle tourna légèrement la tête vers lui comme pour vérifier qu’il respirait toujours bien et qu’il n’allait pas s’effondrer sous le poids de la présence maternelle.

Je resterai si Lemony veut et je partirai si ça l’aide mais je ne laisserai personne lui faire croire qu’il est seul, pas même vous.

Ce n'était pas un défi direct cette fois mais juste une vérité simple, loyale et incisive. Sous la table, ses doigts serrèrent à nouveau ceux de Lemony, légèrement comme pour lui dire, Je suis là. Même si je ne comprends pas tout, même si le monde des adultes m’échappe, moi, je te vois.

Bienfaiteur du WHP
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Serdaigle
2e année
Titre : Re : Lever le voile sur la réalité
Créé : 23/11/2025 à 15:32:58 - Modifié : 23/11/2025 à 15:36:05

Ahah j'apprends encore à la maîtriser... sachant que Jade est différente ici qu'au moment où elle prend son poste de bibliothécaire ! Hu... J'espère que ce n'est pas trop brouillon !

Thylas est ce sur quoi Lemony se concentre dès qu'il lâche Jade du regard.
Il s'inquiète. Pour sa présence, pour les plans que pourraient faire les Parlambre, pour ses sentiments, pour les mauvais souvenirs qui pourraient remonter à la surface.
La vie de Thylas au Manoir Darkflare a été maintes fois plus solitaire que la sienne. Les dîners silencieux, avec une tension à couper au couteau, des discussions semblants banales mais qui n'attendent en réalité que le couperet de la guillotine... Thylas connaît.
Plus que Lemony, d'ailleurs.

Disons que ça n'a jamais été dirigé véritablement vers lui. C'a été entre les adultes, et toujours les quatre adulte. Onyx et Jade, bien sûr mais...
Mais Jade et la mère de ses cousins ne se sont-elles pas heurtées maintes fois ? Et Elijah ne s'est il pas montré sec avec Onyx, Onyx qui pourtant...
Lemony ne parvient pas à comprendre les réactions de son oncle, qui lui semblent en décalage avec les Codes. Il ne s'est jamais montré discourtois avec l'époux de sa soeur, même provoqué.

Quelque chose d'étrange remue dans l'estomac du garçon. La détresse ? Le désir de fuir ? Le mal-être ?
Il se raccroche à Thylas, tout en gardant aussi bien que possible les apparences aristocrates devant Jade.
Juste un effleurement, encore une étrangeté des Parlambre. Rien de plus.

***
Thylas les laisse dialoguer entre mère et fils au départ ; petit à petit, elle se met à bouillir. Lemony le sent, et il presse son genou contre le sien.
Puisque ses doigts ont bien été obligées d'arriver sur la table à un moment, au vu de la tenue correcte exigée.

La légende parmi les cousins Parlambre veut que Jade et Onyx aient été éduqués à ne pas flancher durant les repas et à garder le dos droits dès leur quatre ans en s'asseyant sur des chaises où étaient ficelés des couteaux à viandes. Le corps se relâchait d'un centimètre, la fine peau de la colonne vertébrale était entamée.
Considérant ce qu'il sait de l'importance de la moelle épinière, Lemony a un peu de mal à y croire.
Ceci étant, il a vu une chaise semblable dans un grenier. A la place des couteaux, la chaise avait au centre de son dossier de gros ronds de bois. Inconfortable, l'idée qu'Aurum ou Quartz ait pu y être sujet lui donne envie de grogner-
"Morgane, ce n'est pas une réaction humaine dans la norme ! Le Don- Concentre-toi".
mais tout de même pas un instrument de torture.

"Mes pensées divaguent. Je n'arrive pas à me concentrer. Je ne peux plus tenir ainsi ; est-ce le manque de sucre ? Ai-je toujours eu autant de questions ? Oh, Morgane, non ! Thylas, ne prends pas ma défense !"
Et pourtant, l'intervention de la jeune fille embue ses yeux. Elle est la seule à être encore là, à remarquer dès qu'il ne va pas bien et à ne pas le lâcher. A le protéger, encore et encore.

- En vérité, Lady Darkflare... Lemony a besoin que je lui parle ainsi. Seule une approche directe empêche mon enfant de détourner le sujet. Or, votre présence change certaines choses. Je n'ai aucun désir de le prendre en traître, et besoin d'évoquer des sujets important. Je dois vérifier qu'il a conscience des conséquences de ses actes.
Le tac au tac est une spécialité de Jade, mais ce n'est pas ce qui la rendra plus agréable aux yeux de Thylas.

Lemony songe aux Darkflare. Sa meilleure amie est-elle aussi hostile à sa mère que lui l'est vis à vis de ses parents ?
Si l'inverse s'était produit... Combien de temps se serait il écoulé avant que son amertume pour la façon dont ils traitent leur fille ne lui échappe ? Ils la négligent, bon sang !

La loyauté de son amie lui coupe toujours le souffle.
Et il ne parvient toujours pas à réaliser qu'il était prêt à la perdre pour une illusion, une chimère.
La fureur l'embrase. Parce que les autres savent quoi faire. Lui non. Les autres savent que l'école n'a rien de politique à douze ans.
Dans sa parfaite éducation ayant laissé de longues traces blanches sur ses bras et mollets, personne n'a expliqué à Lemony que tout ceci n'était absolument pas valable en dehors des cercles aristocratiques.
- Oh, j'ai parfaitement conscience des conséquences, mais Thylas a mon entière confiance. A dire vrai, s'il est une chose cruciale que j'ignorais, c'est que Poudlard était un endroit où je ne serai pas un aristocrate, mais un élève parmi tant d'autres. Pourquoi mon éducation, si riche en informations, sciences, littérature, étiquette, a-t-elle omis qu'une fois à Poudlard je serai à la même hauteur que tous les autres enfants, toutes classes sociales confondues ?
Son coup d'éclat est aussi inattendu que les menaces (avortées) de Thylas. Menacer un puissant adulte est prohibé, fusse-t-il votre parent.
Ceci étant, Lemony sait déjà pourquoi.
Parce qu'il aurait demandé à quoi cela servait. Il remis en question de nombreuses choses. Il aurait défié les Précepteurs et toutes les familles qui stoppent l'enfance de leur progéniture avant leur huit ans, a priori pour rien.
Et, de ce qu'il sait, la moitié des Sang-Purs ignorent complètement comment fonctionne un corps humains. Certaines adolescentes ne savent rien des menstruations, et bien que la leçon d'éducation sur ce qu'avoir un sexe masculin signifierait à l'adolescence ait été embarrassante, il est plus que soulagé d'avoir toutes les informations sur ce qui est dans la norme et ce qui doit mener immédiatement aux urgences.
Les sciences sont primordiales.
Mais certaines choses auraient pu attendre pour lui enseigner comment réagir à Poudlard.

***
Tendu comme un arc, il observe sa mère. Il sent que son Don est toujours là, quoi qu'elle ait visiblement décidé de ne pas l'utiliser verbalement.
L'amusement luit dans ses yeux clairs tandis qu'ils se posent sur Thylas. Il reconnaît aisément l'expression. C'est de l'indulgence et de l'appréciation quant à sa réaction : un faux pas qui montre une véritable personnalité plutôt qu'un désir de plaire à tous prix. Tout ceci mêlé au fait que son interlocutrice est très jeune.
- Les liens entre nos familles sont des plus ténus ; nous ne nous connaissons pas assez. Mais oui, votre tempérament pourrait vous jouer quelques tours en politique. Vos parents n'apprécieraient peut-être pas, mais avez-vous conscience que vous devrez peut-être leur mentir droit dans les yeux ? Que votre proximité avec Lemony peut mener à, selon leurs fréquentations, des questions sur des sujets où vous aurez les réponses, mais dont vous venez de me promettre de ne rien dévoiler ? Mentir à ceux que l'on aime. Refuser de donner des informations qui pourraient faire prospérer la famille Darkflare. Pas par l'argent, mais par le chantage ou les menaces. Or, j'exige de vous le serment que, entre la prospérité de votre famille et votre loyauté à mon fils, de par votre entrée dans notre cercle proche... Vous choisissiez les Parlambre. Et ce, jusqu'à ce que vous Héritiez et deveniez la maîtresse du manoir Darkflare.
<< Cela n'a rien de léger, et tout de douloureux. Vous avez douze ans, Thylas. Utiliser des ficelles pour vous piéger, parce que vous manquer de connaissances politiques, n'a rien d'honorable à mes yeux. Je vérifie que vous êtes consentante à cet accord.
<< Si cela vous outrage, je puis vous traiter en égale, en adulte. Considérer que vous maîtrisez parfaitement le monde. Mais en faisant cela, vous ne formerez plus un bloc avec Lemony, parce que lui demande à être considéré comme un... adolescent. Me trompé-je, mon enfant ?

Il est difficile de ne pas admirer Jade.

Même avec le froid que Lemony déteste, que personne d'autre que lui ne perçoit, cet absence de bercement dans la parole. Il n'y est pas habitué, et il le déteste. Il a besoin de Jade. De sa stabilité, de son imprévisibilité même.

Au moins, le discours qu'elle sert à sa meilleure amie est entièrement cohérent avec ce qu'il connaît de sa mère.

***
Le garçon regarde sa meilleure amie.
Il l'a vue de loin toute l'année. Incompréhension et tristesse. Rage.
Il l'a vue se refermer lorsqu'ils abordaient des sujets trop durs.
Thylas ne sait pas encaisser comme une adulte. Lorsque l'on s'approche trop de sujets sensibles, elle fait exactement comme Lemony : elle détourne. La jeune fille utilise l'humour, Lemony utilise... la violence verbale, pour que l'autre parte.
-Nous avons douze ans, Thy', murmure-t-il, assez bas pour que sa mère ne l'entende pas. Je me noie, j'ai essayé de parler à ma directrice de maison, sans succès, son prédécesseur a juste vu mon arrogance... et tu ne peux pas me sauver. C'est injuste de te demande de porter ça sur tes épaules. J'ai besoin d'un adulte. Fais-lui... fais-lui confiance s'il te plaît. Jade ne t'utiliseras pas pour atteindre ta famille. Et même si ce qu'elle a entendu lui déplaît -je t'assure qu'elle n'est pas ravie d'entendre que tes parents ne sont pas impliqués auprès de toi, elle non plus ne divulguera rien de cet entretien. Pas même à Onyx. Justement parce que mon oncle n'aurait absolument pas les mêmes scrupules. Je n'ai pas d'autre adulte. Et je n'y arrive pas seul. Jade est mon seul recours... en dehors de cette cabane en Argentine.

La mère a laissé place à quelqu'un d'autre. Elle fait un aller-retour au comptoir, se débrouille pour qu'on leur apporte rapidement boissons et entrée, laissant les messe-basse sans chercher à les espionner.
Ca, en revanche, ça désarçonne l'enfant.
Ses parents ont toujours désiré un contrôle parfait sur lui.
Mais il a abandonné les faux semblants.
Et si Thylas déteste peut-être un peu plus Jade... La jeune Darkflare, elle, est montée en estime chez sa mère. Ceux qui font tout pour plaire aux Parlambre sont généralement en disgrâce auprès d'eux. Sa mère value l'honnêteté, pas les courbettes.

Reste à savoir pourquoi les relations entre leurs familles sont aussi tendues puisque Jade est une ancienne Serpentard d'une famille uniquement Serpentard (Onyx à Poufsouffle mis à part) (et Lemony à Serdaigle, mais sa mère redoutait plus Poufsouffle que tout autre maison, à cause de l'emberlificotis de sentiments qui la lient à son jumeau). Et les Darkflare partagent assez d'alignement politique pour qu'une alliance puisse normalement être possible.
Pourtant, l'invitation systématique des Darkflare n'a toujours tenu qu'au lien entre Thylas et Lemony.

Le garçon s'interroge, soudain. Est-ce que la réciproque est vraie ? Est-ce que les Darkflare les invitaient pour Thylas ? Pour que sa solitude soit rompue, ou à cause du début d'alliance prometteuse entre les deux enfants du même âge ? De sexe opposé, qui plus est ?
Il devra poser la question à sa meilleure amie. Plus tard.

Le sucre du jus d'orange l'apaise immédiatement.
Son esprit se fait plus clair. D'un geste, Jade en fait servir un deuxième.
Heureusement que le sort de silence les protège. Parce que les serveurs sont aux aguets. Comme toujours, l'étrange aura attire.

***
Et puis, soudain, sans prévenir, alors que les mains de Lemony ont retrouvé ceux de Thylas sous la table, le renouvellement de loyauté fait brutalement tourner la tête de Jade.
Elle ressemble à un aigle, soudain. Ses yeux brillent d'une lueur féroce. Prédatrice, presque.
- Seul ?
Sous la colère, sa voix lui échappe.
- Lemony.
DANGER ! hurlent tous ses instincts.
Les mains de sa mère se plient et se déplient, comme si ses ongles s'apprêtaient à se plonger dans la chair de quelqu'un.
- Emerald n'était pas avec toi ?
Sa mère tremble. C'est à peine perceptible. Mais ses mains lui échappent autant que sa voix. Ses épaules sont secouées de rage. Quelque chose la rend... dangereuse. Différente.
Si l'esquisse d'une idée concernant le Don de sa mère se forme dans l'esprit du garçon, elle est éclipsée par son attitude, et par l'instinct de son corps.

Il tient Thylas par la main, qui doit autant avoir envie de fuir que lui. Ils sont deux humains, et il y a quelque chose d'animal, de prédateur, devant eux.
-Je suis à Serdaigle, Maman, rappelle-t-il avec toute la douceur dont il dispose. Emerald est à Serpentard. Thylas aussi, et Thylas-
Mais alors que sa propre voix semble lui échapper et devenir menaçante, Jade le coupe :
- Ta soeur t'a laissé être seul ? Emerald n'a pas veillé sur toi ? Elle n'est pas venue à la table des Serdaigles, elle ne t'a pas attendue près de ta salle commune ? Combien de fois vous-êtes vous donnés rendez-vous dans les couloirs pour parler ? Quand t'a-t-elle aidé avec tes devoirs ?
C'est comme si on avait dérobé la voix de l'enfant. Les yeux de Jade s'étrécissent encore plus. La pupille a presque disparu.

Elle s'incite au calme, pourtant. Ses mains sont posées à plat sur la table, elle a rajouté son châle de soie sur ses épaules, ses deux pieds sont posés à terre pour mieux s'ancré.
- Dans la lettre qu'Aurum m'a transmise, il n'y avait que peu d'informations. J'ai obtenu de lui que Poudlard était dur. J'apprends maintenant que tu peines à t'intégrer. Et ta sœur t'a laissé seul ? Sans guide ? Toute l'année ?
Lemony secoue la tête.
Emerald s'est distancée des Parlambre, ce n'est un secret pour personne.
- Elle m'a accompagnée à l'infirmerie lors de mes malaises. Maman... Ce n'est pas qu'elle n'a pas voulu m'aider. C'est qu'elle ne peut pas m'aider... tant que je ne me suis pas... "découvert", ou "aidé moi-même".
Découvert.
Le mot est amer sur sa langue.
Il sait que chez sa sœur, cela signifie "accepte-toi, accepte ton inversion". Or, il refuse.

Ce n'était pas la bonne chose à dire, pourtant. Parce que Jade a du mal à se maîtriser.
-Tu n'es pas seul, Lemony. Je règlerai ça.
Seulement alors, elle semble se détendre. Ses yeux se ferment, et ils peuvent tous percevoir le changement. Lorsque le vert et de nouveau visible, et à taille acceptable avec des pupilles noires normales...

La posture de Jade est différente. Quand elle se tourne vers Thylas, il y a ce masque, oui, parce qu'ils sont en public. Mais il est suffisamment effacé pour que Lemony y voit que Thylas est entrée dans le cercle Parlambre définitivement.
Pas parce qu'il l'a amenée. Mais parce que le visage de sa mère est plus doux qu'aucun étranger au Domaine n'a jamais pu le voir.
Elle ne touche pas l'adolescente, par respect pour les coutumes anglaises, pour son espace personnel. Mais il sent qu'elle aimerait poser sa main sur celle de sa meilleure amie.
-Il y a sept ans que dure votre amitié avec mon fils. Mais c'est plus que cela. Vous êtes la seule sur laquelle il ait pu s'appuyer, et vous l'avez fait de façon désintéressée, Thylas Darkflare.
L'abandon du titre "Lady" n'annonce qu'une chose. Thylas est des leurs, et sans même avoir besoin du statut de fiancée.
C'est un lien étrange que Lemony sent se nouer.
Jade a raison : l'amitié telle que considérée actuellement ne correspond pas exactement à leur relation. Lemony aime Thylas plus que tout. Il l'aime, et il ne peut pas le lui dire. Codes sociaux. Codes culturels. Il n'empêche qu'il lui est dédié corps et âme. Sans sentiments amoureux.
Il faut qu'il le lui dise. Sauf qu'il ne sait pas faire, pas indirectement. Si les mots sortent, ils seront directs, honnêtes, du pur sentiment. Il préfère se mordre la langue, ne pas l'effrayer. Ne pas risquer d'être blessé, aussi.

Quant à sa mère... Elle est en train, tout simplement, d'indiquer à sa meilleure amie qu'elle est des leurs, et que cela signifie un appui quoi qu'il advienne. Des conflits qui resteront internes. Une absence de trahison totale (à moins que Thylas blesse, non pas Lemony, mais la branche aristocratique Parlambre).

Cela ne voudra rien dire pour Thylas.
Mais pour Lemony, la reconnaissance de Jade place sa meilleure amie sous les yeux des déesses d'Avalon. Une présence dans les sabbats si elle le souhaite.
Et Lemony comprend à ce moment là l'ampleur de ce que Thylas a fait, le jour où elle lui a donné rendez-vous dans le parc.
Elle lui a sauvé la vie. Elle a sauvé son futur.
Pour Jade, la jeune fille en face d'elle a sauvé son enfant.

- Pourquoi ? Parce que je suis ton Héritier ? Emerald est encore là. Je n'ai pas une si grande valeur. Thylas mérite cette confiance, elle mérite... tu fais partie du cercle intérieur, désormais, Thylas. Bien sûr que tu le mérites, tu en as toujours été digne, et dès que je serais devenu Lord tu en aurais fait partie. Nous protégeons les nôtres, et tu es des nôtres désormais. Tu n'as rien à faire, car c'est entièrement désintéressé, et ça n'a rien d'officiel, ni de magique. Mais pourquoi, Mère ? Je ne suis pas si précieux, si l'on m'enlève le statut d'Héritier.

L'amertume...
Elle pourrait dominer, mais non.
C'est juste un constat.
Un rappel. Une question. Un enfant qui pense que tout simplement, il n'a rien de précieux pour sa mère.
Sur le visage de Jade, l'horreur fait son apparition. Une seconde à peine. S'ensuit le chagrin, la colère, et finalement le masque glacial de sécurité que Lemony a tout de même hérité de quelque part.

Les doigts de Thylas sont peut-être la seule chose qui l'ancrent à l'instant présent.
Il devrait déjà avoir abordé le sujet "Sors-moi de l'enfer de l'internat je t'en supplie". Tenté de savoir qui a accepté les marques sur ses bras.
Il ne maîtrise rien. Jade maîtrise tout... ou pas ?
Les chevilles de Lemony tremblent. Il frappe ses chevilles contre les pieds de sa chaise, peut-être celle de Thylas aussi.
Ses mains... L'une d'entre elle serre fort, aussi fort que son coeur bat, aussi fort que sa terreur et son angoisse, celle de sa meilleure amie.
"J'ai peur. Jade nous met en garde, je m'y attendais. La seconde d'après, je ne la reconnais plus. J'ai vraiment peur.
Et doucement, Lemony se berce dans un balancement d'avant en arrière si familier à ceux de son entourage.

Dans l'esprit de l'enfant, la voix chaude et vibrante d'amour continue de chanter, là où sont logés les souvenirs.
Toutouig la la, va mabig
Toutouig la la
Da vamm a zo amañ, koantig
Ouzh da luskellat, mignonig
Da vamm a zo amañ, oanig

Toutouig la la, Lemony
Toutoig la la



Livre – Fanfiction
Une Lueur dans l'Ombre
Chroniqueuse VIPère
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Serpentard
2e année
Titre : Re : Lever le voile sur la réalité
Créé : 01/12/2025 à 17:12:47

Et Thy qui comprend rien et qui t'enfonce dans les problèmes x)

Il y avait un silence après ses mots, un silence dense et chargé comme ceux qui précèdent toujours quelque chose d’important ou de dangereux. Thylas ne cilla pas et elle ne regarda pas Jade pour chercher une réaction, pas plus qu’elle ne regarda les murs ou le sol. Elle resta exactement où elle était, la tête droite et la main dans celle de Lemony parce qu’au fond, elle savait pourquoi elle était là, pas pour plaire à Jade Parlambre, ni pour qu’on l’intègre dans quoi que ce soit qui dépassait sa propre famille. Les Parlambre n’étaient pas les siens et ne le seraient jamais. Elle ne s’allierait pas à eux, pas même pour Lemony, et ça, elle le savait aussi clairement que le souffle qu’elle retenait dans sa poitrine mais Lemony, lui, était hors catégorie. Il ne comptait pas dans les Parlambre, il comptait dans sa vie et c’était différent.

Jade l’observait de manière presque analytique et peut être que la mère de Lemony essayait de comprendre quel type d’arme se dressait face à elle... une enfant, un pion, une menace? Thylas s’en moquait. Elle avait vu trop d’adultes se demander ça en présence d’un Darkflare. La réponse était la même, ni pion, ni menace et simplement pas à manipuler.

Elle sentit Lemony bouger à côté d’elle. Ses phalanges étaient glacées, ses tremblements à peine contenus et il essayait de garder bonne figure comme toujours et ça… ça commençait sincèrement à l’exaspérer. Alors elle parla à nouveau, plus calmement et plus posément comme si elle expliquait quelque chose d’évident que deux adultes avaient étrangement oublié.


Je n’ai pas l’intention de trahir qui que ce soit. Ni ma famille… ni Lemony.

Elle appuya légèrement sur «ma famille» pour rappeler une vérité simple, elle ne changerait pas de camp, jamais. Les Darkflare d’abord et elle ne deviendrait pas une alliée Parlambre, elle ne serait pas un rouage dans leur cercle restreint et si ses parents venaient à apprendre l'existence de cette réunion, elle serait dans de beaux draps.

Sous la table, ses doigts se resserrèrent encore autour des siens. Son pouce traça un minuscule mouvement circulaire contre sa main, imperceptible pour un regard extérieur, mais suffisant pour briser la tension logée dans ses épaules.

Elle revint ensuite à Jade, sans agressivité mais avec une franchise que seuls les enfants pouvaient encore manier sans artifice.


Vous n’avez pas besoin de m’intégrer à quoi que ce soit. Je ne suis pas ici pour ça. Je suis ici pour lui et seulement pour lui.

Elle inspira lentement. Son cœur tapait vite, un peu trop vite non pas de peur, ni de nervosité mais juste… une conscience aiguë d’être en plein milieu d’un terrain politique où un seul faux mouvement pouvait écraser Lemony et elle refusait que ça arrive.

Sa voix tomba, nette, coupante comme un fil tiré trop vite.

Je suis son amie, pas une Parlambre.

Et même à douze ans, elle savait que ces mots là… pesaient autant qu’une signature en bas d’un contrat. Le silence retomba, un silence qui n’était jamais bon signe. Thylas sentit Lemony se contracter à côté d’elle. Ses doigts tremblaient en de minuscules spasmes que n’importe qui d’autre aurait ratés. Elle avait dit ce qu’elle avait à dire et si on lui avait appris quelque chose chez les Darkflare, c’était que parfois, parler davantage revenait à tendre la gorge mais quand elle leva enfin les yeux vers Jade, elle comprit que ce silence là… n’était pas normal et elle n’aimait pas ça.

Alors, contre toute logique, contre tout instinct et contre tout ce que sa famille aurait conseillé, elle décida de faire la chose la plus contre intuitive possible, désamorcer. Certainement pas en jouant l’enfant adorable, rôle qu’elle ne savait même pas jouer mais la voie stupide qui faisait lever des yeux, soupirer et secouer la tête. Elle prit une légère inspiration avant de parler.


…Dites, Madame Parlambre… vos réunions de famille, elles sont toujours comme ça?

Elle maintint le regard sérieux comme une tombe comme si elle posait une question authentique, fondamentale, existentielle.

Je veux dire… commença t-elle en plissant légèrement les yeux, le ton toujours neutre,…avec des menaces qui ne sont pas vraiment des menaces, des secrets que personne n’a vraiment le droit de dire et tout le monde qui respire comme si la pièce allait exploser?

Elle inclina la tête, parfaitement droite. Lemony manqua un battement et Jade cligna des yeux. Thylas haussa les épaules.

Parce que… si c’est le cas, alors je comprends mieux pourquoi Lemony est comme ça et je comprends aussi pourquoi il me traîne dans vos histoires. Aucun enfant ne devrait gérer ça sans témoin.

Puis, comme si elle réalisait à retardement qu’elle venait de dépasser la frontière du tact (ce qui, techniquement, n’était pas faux)

…Ce n’est pas une attaque, c’est juste une question. Je n’ai pas l’habitude des familles avec dramaturgie intégrée. Chez nous… quand les adultes veulent s’entre-tuer, ils le font discrètement et après le dessert.


Cette fois, Lemony étouffa un toussotement qui ressemblait très fortement à un rire étranglé. Objectif atteint. L’atmosphère, à défaut d’être légère, était fissurée. Thylas le sentit et comme si de rien n’était, elle revint à sa posture initiale, le regard franc, calme et ancré.

J'aimerais bien commander un fondant au chocolat. Tu veux quelque chose Lemony?


Bienfaiteur du WHP
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Serdaigle
2e année
Titre : Re : Lever le voile sur la réalité
Créé : 03/12/2025 à 01:41:20

Dieux, la tentation de répondre du point de vue de Jade est terrible XD Mais gardons encore quelques mystères, Lemony s'en sortira très bien.


Les mots de Thylas sont tranchants, et Lemony serait terrifié des conséquences pour les Darkflares si Jade ne venait pas de déclarer sa meilleure amie comme intouchable.
Ce qu'elle refuse, paradoxalement, lui donne le droit de s'exprimer ainsi.

Les Parlambre peuvent faire la pluie et le beau temps pour certaines familles. Ils peuvent vous écarter des Galas et créer de mauvaises rumeurs. Ils peuvent décider d'utiliser sur vous des Dons, ou tout simplement mettre en péril votre commerce. Oh, ils n'ont pas le pouvoir sur tous les Sang-Purs... Mais assurément, si les Darkflare cessaient d'être parmi les invités d'honneur et soudainement ghostés, les rumeurs seraient inévitables, et faisant perdre un temps fou à la famille.
Et si les parents de Thylas apprenne que leurs ennuis viennent du fait que leur fille a refusé une alliance.
Mais cela n'arrivera pas.
Cela n'arrivera pas pour diverses raisons.

Alors que la main de Thylas est plus serrée encore sur la sienne, Lemony rend ses muscles mous pour se dégager, puis ressaisir sa main autrement. Il la caresse avec une douceur nouvelle, son coeur gonflé de chagrin pour sa meilleure amie.
Qu'a-t-elle vécu pour imaginer que nous sommes en train de jouer un jeu ? Pour imaginer que derrière nos mots se trouve un cruel agenda ?
Est-ce simplement que j'ai une meilleure dextérité lors des Galas ? Je sais déceler de mauvaises intentions, je sais également l'intégrité des Parlambre.
A moins que– que sais-je véritablement de notre réputation ? J'étais ignorant de ce que le peuple pense de son aristocratie –et en vérité, il se fiche en partie de notre existence– alors il est possible que je sois dans l'illusion d'une famille dorée et chanceuse qui n'est... pas si appréciée, au final.

Lemony a toujours estimé avoir l'enfance la plus dorée qui puisse exister. Une éducation raffinée, des mets délicieux, des distractions à volonté, des encouragements à tenter quel que loisir qui soit sa lubie.
Des livres à volonté, et lorsqu'ils s'avéraient trop sombre, une mère et un oncle lui procurant des alternatives.
Plus que riche. L'un des anglais les plus privilégiés de leur siècle. A risque d'une Révolution bien entendu, mais dans une famille éthique. Considéré comme un petit prodige dès ses huit ans dans tous les Galas, y compris ceux où il se faufilait sans être convié.
Il n'a pris véritablement conscience du prix que cette année, bien que voir Quartz utilisé comme trophée ait été un indice. Une enfance dérobée. Et, Morgane, une torture physique et un homme malsain l'utilisant comme un pantin.
Un frisson le parcourt.

***
En attendant, Jade écoute Thylas, une lueur toujours plus amusée dans les yeux.
Même si ses sourcils se froncent, à peine, suffisamment pour que son fils en perçoive l'inquiétude.
Il est relativement tranquille : sa main est ferme sur celle de Thylas. Elle n'a en effet pas compris ce qui s'est joué, elle refuse d'être un pantin. Et bien qu'elle ait raison...
Est-ce moi qui suis trop naïf, ou Thylas a-t-elle des raisons de se montrer aussi virulente ? Je connais les Codes, certes, pour autant... Personne n'a rien manigancé autour de moi, jamais. Je suis intouchable. Cela m'a protégé.
— Vous n'êtes pas une Parlambre, Thylas. Et sans Don, vous ne le serez jamais. Je ne suis pas en train de tisser une toile autour de vous pour créer une alliance ; vous avez douze ans. Tout ce qui relève de la politique, je le verrai avec votre famille. En revanche, jeune fille, je vous conseille d'être plus mesurée dans vos paroles. Si je vous avais véritablement offert un présent assez inestimable, le refuser en le déchirant de la sorte aurait pu se retourner contre vous. Vous pourriez être réduite en charpie par des personnes n'attendant que cela, et qui se ficheront entièrement que vous ne soyez pas majeure.
Les yeux de Jade... par Avalon, est-ce la lumière ? Ils scintillent comme Lemony ne les a jamais vu faire. Sa mère prend du recul sur sa chaise, doigts sous le menton, observant l'enfant du regard.

Il ne peut absolument pas savoir que Jade voit tout simplement en Thylas la Serpentard furieuse et révoltée de ses propres douze ans. En cela, en effet, son fils a été protégé des réalités. Il est blessé, son estime de lui-même est en miette, il s'enfonce dans la dépression... Mais elle est parvenue à le protéger de la malveillance des humains assoiffés de pouvoir.

— Lemony vous l'a dit, vous n'avez rien à faire. Et il se peut que vous ignoriez même jusqu'à mes interventions. Mais le jour où vous aurez offensé quelqu'un, je veillerai jusqu'à ce que les dégâts soient réparés, par vos parents et s'ils échouent, par moi-même.
Pourtant, le regard de Jade s'assombrit. Ses doigts se crispent sur ses couverts. Même sans qu'elle parle... il y a quelque chose chez Jade, il y a toujours eu quelque chose. Simplement, Lemony n'a jamais assisté à ce côté prédateur. Et lorsqu'elle reprend la parole, le don est bien là. La menace également.
— Vous avez donné votre parole, Lady Darfklare. Vous avez affirmé comprendre parfaitement les enjeux. J'ai été plus que claire. Vous livrez la moindre information mettant mon enfant en danger, parce que vos parents vous l'ont demandé, au nom de l'honneur de votre famille, une information que vous avez eu lors de ce déjeuner... et vous trahissez votre parole. Vous faites une gaffe. Vous laissez votre tempérament vous trahir en vous révoltant et laissez échapper une information... Et vous rompez votre serment. Vous croyez qu'il est simple de résister à la pression parentale ?
Les menaces ne mèneront Jade nulle part, sinon à brusquer Thylas et à la braquer plus encore.
Et le temps qui s'écoule n'est pas du tout en la faveur du garçon.
— Arrêtes. Elle se défie de toi. Tu n'iras nulle part et je ne l'ai pas amenée ici pour passer le repas à négocier des termes obscurs. Tu n'as pas répondu à ma question. Alors... énonce le châtiment qui l'attend, dusse-t-elle trahir sa parole, et passons aux véritables sujets !
Est-ce de Jade, finalement, qu'il tient ses soucis de communication avec les autres ?
Ou est-ce sa compréhension du fonctionnement de sa meilleure amie qui lui permet de savoir que rien ne fonctionnera et qu'ils tourneront dans un cercle infernal ?
Thylas refuse de jouer.
Mais ne l'a-t-elle pas toujours fait ?
Ils fuyaient les Galas pour elle, après tout.
Thylas attend de connaître le prix. Il faut en fixer un.
— Entendu, Lemony. Vous rompez votre serment, je dévoile l'existence de ce déjeuner à vos parents. Est-ce plus clair ?
C'est... Très peu cher payé, sachant le retentissement que certaines informations pourraient avoir.
D'un autre côté, Thylas ne peut être mise en danger puisqu'elle fait partie des leurs désormais. En quelque sorte.

Lemony soupire. Inspire profondément.
Les vertiges reprennent.
Etait-ce une erreur ?

Dans cet intervalle de repos pour les deux Parlambre, Thylas en profite pour jeter quelques couteaux verbaux.
Lemony s'étrangle et dissimule son rire, ainsi que son admiration. Elle est plus directe qu'il ne l'osera jamais.
Peut-être à cause de cette berceuse dans son esprit qui l'empêche de mettre en péril le lien qui l'unit à sa mère. L'amour dont il a cruellement besoin, et qui a existé entre eux.
— Lady Parlambre. Ou Jade. Ou Dame Parlambre , corrige sa mère. Vous savez que ne pas utiliser un titre est offensant, et mieux vaut choisir d'autres combats que celui-ci, croyez-moi.
Est-elle aussi lasse que Lemony ? Son ton le laisse à penser. Mais elle corrige avec la même intonation que lorsque lui et Emerald s'écartent du droit chemin. Une pointe atrocement sèche et une pointe infiniment douce en même temps.
Jade Parlambre est relativement incapable de laisser un enfant courir à sa perte, et le comportement de Thylas la met en danger. S'en rend-elle compte ?
Non. Elle est à Poudlard, elle est livre sept années durant. Jade vient interrompre cette liberté ; la jeune Lady le lui fait payer. En plus d'être venue pour Lemony.
Lemony qui a envoyé sa missive par Aurum. Qui est à présent protégé par Thylas. Les deux personnes qu'il aime le plus au monde.
Le lien avec son fils est plus que ténu. Il a peur de sa réaction.
Et le coeur de Jade, pourtant fermement protégé depuis que le garçon a commencé à fréquenter les Galas, saigne.

***
— Lady Darkflare, cela vous ennuie-t-il si je relaie pas tout de suite votre commande ? Nous avons grand besoin de plus de temps. Bien entendu, vous pouvez prendre autant de desserts et de boissons que vous le désirez ; nous resterons là tant que Lemony en aura besoin. Et je vous répondrai, mais après seulement avoir parlé avec mon fils. Je n'ai que trop délayé notre conversation. Je crains néanmoins qu'elle ne soit longue... et déconcertante.

Lemony se fige. Soudain, sa main supplie celle de Thylas.
Un masque glacial tombe sur son visage.
Il se tend, dents serrées.
Dans un geste pour réajuster sa posture, il décale sa chaise afin que son genou touche celui de Thylas, et il s'appuie dessus.
"Thylas, aide-moi. Tu sais à quel point je souffre d'ignorer lequel des quatre adultes est mon véritable parent. Je suis incapable de poser la question et pourtant, le sujet dont nous approchons pourrait me donner un début de réponse. Et... pourquoi ma mère est-elle si furieuse contre ma sœur ?
<< Je sais que tu ne peux m'entendre ; pour autant tu dois savoir où sont partis les méandres de mon esprit. Tant de questions sans réponses, et la terreur qui me creuse le ventre.>>

De marbre, de glace, Lemony ne peut pourtant pas supprimer sa nature ; ses chevilles cognent les pieds de sa chaise ; Thylas ne peut que le sentir. Les secousses sont frénétiques, et le mouvement, l'unique chose qui lui permet de soutenir le regard de Jade.
— Tu n'as aucune idée de ta valeur, n'est-ce pas en– mon enfant ?

Ce n'est pas ainsi qu'elle voulait l'appeler. Sous la syllabe, son estomac se retourne d'une façon familière. Lemony est renvoyé des années en arrière. * Il est sur les genoux de Jade, qui sa sa bouche contre sa tempe, et hume son odeur.
Il est incapable de se souvenir du surnom. Sa tête est niché dans le cou de sa mère, à humeur sa propre odeur, à sentir tout l'amour qu'elle éprouve pour lui. A cette époque les câlins sont quotidiens. *


— Nul ne connaît ma valeur, mon Don ne s'est pas encore déclenché. Il est possible que je demeure Muet, alors ma valeur sera nulle.
Jade secoue la tête, comme si cela n'avait aucune importance.
— Tu n'as pas encore commencé ta puberté. Et quoi qu'il arrive, ton Don ne définit pas ta valeur.
Et soudain, les cheveux de la nuque du garçon se hérissent sous l'aura de Jade.
Rage.
Fureur irrationnelle. Il se sent de nouveau proie.
Cette fois son visage semble déformé, déformé par la simple idée que qui que ce soit attribue une moindre valeur à son fils sous prétexte ou non, de quelque chose d'arbitraire.
Furieuse contre tous ceux qui ont réduit son estime de lui-même, et prête à se battre.

A cet instant précis, Lemony comprend que, quoi qu'il advienne, il est le fils de Jade. Qu'importe qui est véritablement à l'origine de sa naissance ; qu'importe que ce soit par adoption ou par le sang.
Pour lui, Jade a accepté Thylas dans leur cercle restreint.
Pour lui, Jade protégera Thylas. Parce qu'il l'aime, tout simplement.
Parce qu'elle l'a sauvé, Jade passera tout ce qui est passable à la jeune fille. Elle l'aidera sans condition.
Pour la première fois, Lemony effleure la violence que peut procurer l'amour. La férocité qu'il fait naître. Lui est tout pour Jade Parlambre.
Il a eu raison de lui faire confiance.
Qu'importe que la communication soit difficile.
Il a fait le bon choix.

Pour autant, rien n'aurait pu le préparer à ce qui suit :
— Si ma branche s'éteint avec toi, je ne t'en tiendrai jamais rigueur. Tu dois savoir que tu es l'unique Héritier possible. Emerald a brûlé tous ses ponts avec nous. Elle t'aime assez pour que nous trouvions une solution à l'amiable qui te permette de briller plutôt que d'être le "par défaut". Emerald nous a reniés. Elle changera son nom dès que possible, elle n'aura aucun enfant biologique. J'ignore pourquoi ; je ne peux que deviner. Il est possible qu'elle estime que nos valeurs traditionnalistes portent une pourriture dont il faut se distancer. Elle n'a jamais répondu à mes lettres.
Le choc et la trahison coupent le souffle de l'enfant.
— Qu'importe le joli conte ; je suis le par défaut.
— Lemony.
Jade soupire, secoue la tête.
Ce regard.
Ce regard qui terrifie le jeune Serdaigle. Ce regard que Jade a toujours eu sur lui, mais dont il n'a que récemment pris conscience.
Le sujet de son inversion est brûlant, à une seconde.
Et pourtant, le regard de la mère se détourne de son enfant pour retourner vers Thylas :
[color#23a236]— Je pensais que vous sauriez, depuis tout ce temps, comment se déroulent les réunions de famille. Nous n'en avons pas. Nous dînons, parfois entre adultes, les enfants séparés, parfois tous ensemble. Chacun retient-il son souffle ? En partie ; pour autant mon frère et moi avons tout fait pour que les conversations soient toujours intéressantes et non mondaines lorsque nous sommes en famille. [/color]
— Il y a les huit-clos, souffle Lemony à l'oreille de son amie. Ces moments où les jumeaux ne supportent plus d'être séparés, où nous vivons tous ensemble dans une unique maison spécialement construire pour. Et les moments où ils semblent sur le point de s'écharper. Les moments où pour éviter de s'entre-tuer, nous partons dans un autre pays. Mais ça n'a jamais été un secret.
— J'imagine que vous faisiez allusions aux grandes réunions... mais la plupart des Parlambre sont morts ; ne restent que nos cousins français, et je suis la seule à maintenir un lien avec eux. La seule avec Lemony.
La fierté est immanquable.
Lemony peut faire ce qu'il veut pour être anglais, il n'en reste pas moins que son héritage français est puissant et que ce pays où il n'est allé que deux fois lui manque terriblement. Mais si c'était son plus gros souci, il ne serait pas assis à cette table où la conversation a pris un tour plus que vertigineux.
— Toutes les familles ont leurs secrets, Thylas Darkflare. Vous venez d'en apprendre un sur la mienne, mais ne croyez pas qu'il n'y ait aucun squelette dans les placards du Manoir Darkflare. Certains connus de tous qui, effectivement, sont pourtant tabous et personne n'ose respirer lorsque le sujet s'approche. En général, il s'agit d'enfants illégitimes, ou de Cracmols dissimulés.
Le dédain de la femme est visible et pourtant, elle contrôle à peine son don. Il est là, dans ses paroles, les rendant étrangement fascinantes.
— Je comprends que vous avez des griefs contre moi, et cela n'en témoigne que plus de votre loyauté à mon enfant.
Maintenant qu'il le sait, Lemony l'entend. L'amour féroce contenu dans deux mots.

Que s'est-il passé ?
En Janvier, Jade se perdait tant dans les bras d'Elijah qu'elle n'a pas vu que son époux a tenté... Lemony ignore quoi, sinon que son père voulait être sévère, le réprimer. Peut-être par un sermon, peut-être par une menace, ou par un programme de conversion.
Ou bien sa mère sait-elle regarder et son époux et ses enfants ?
Est-ce la peur qui l'a saisie en lisant la missive d'Aurum ?
— Ceci étant, je ne suis pas exactement pour les secrets connus de tous et pourtant tabous, surtout lorsqu'ils font autant de dégâts. Peut-être pourrions-nous enfin l'enlever de cette table, Lemony ?
"Oh, par Avalon. Je vous en supplie. Morgane, Viviane, je vous en supplie, non. Je vous en supplie. Je ne peux pas. Je ne veux pas. Je sais que c'est le prix à payer, elle me l'a dit mais pourquoi. Pourquoi ? Ca n'a rien à voir avec mon mal-être. Je veux juste quitter Poudlard."
Ceci étant, quel moyen sa mère a-t-elle de le savoir ? Il arrive à peine à parler, sa gorge est si enflée qu'il n'a même pas répondu à Thylas quant au dessert. Il se contente de penser dans sa direction et de tenter de transmettre par le contact.
— Non.
Sa voix est claire, mais les larmes dégoulinent. Sa poitrine lui semble sur le point d'éclater.
— Tu ne peux pas prier ta vie durant pour éviter cette conversation. Et tu ne peux pas vivre plus longtemps dans la peur de l'avoir. Morgane, Lemony... Combien de nuits d'insomnies ? Combien d'énergie déployée ? Combien de kilos perdus ? En- mon enfant, tu es épuisé de faire semblant, et cela fait tout juste deux ans !
Ce n'est pas ça.
Ce n'est pas vrai.
C'est Poudlard. C'est le bruit. C'est le fait de n'avoir aucun refuge.
C'est le fait d'échouer à s'intégrer.
Ca n'a rien à voir avec son inversion.
Avec ses marques sur les bras, les flash-backs du Précepteur, sa voix veloutée dans sa tête...
— Je–
Mais le croira-t-elle s'il dit vouloir quitter Poudlard à cause du bruit ? C'est risible.
Vrai, mais risible.
Parce qu'il est faible, plus faible que les autres. Parce qu'il est–
Inverti.
Il en revient toujours là.
— Non. Je ne veux pas. Je peux tenir. Je veux juste–
— Emerald a mis une condition a son aide, siffle sa mère, acide. Elle a mis une condition, mais t'a-t-elle seulement aidé à "te découvrir" ?
— Je ne veux pas.
La voix de Lemony est basse.
Ce n'est ni boudeur, ni capricieux, ni suppliant.
C'est une peur primale remplie de honte.
— Thylas ? Lemony sait que tu seras toujours là. Et parfois, le rôle d'une amie est de dire la vérité, pour aider la personne qu'elle aime.

La tête lui tourne.
Il regarde sa meilleure amie.
Est-ce qu'elle l'a cru ? Est-ce qu'elle sait même ce à quoi Jade fait allusion ?
Est-ce que, malgré tous ses foutus efforts qui le vident constamment de toute son énergie en effet, tout le monde peut dire à quel point il est un pervers contre nature ?
Lemony tressaille lorsqu'il réalise que ces mots ont l'intonation du Précepteur.
Il se concentrer sur inverti.
C'est suffisamment douloureux.



Livre – Fanfiction
Une Lueur dans l'Ombre
Chroniqueuse VIPère
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Serpentard
2e année
Titre : Re : Lever le voile sur la réalité
Créé : 05/12/2025 à 23:48:14

Heum, on va dire que Thy s'en fout un peu de l'autorité des adultes mdrr et fait comme bon lui semble, quitte à creuser sa propre tombe x)
Thylas ne comprenait plus rien. Elle fixait Jade, cherchant dans ses mots une explication claire ou un fil simple auquel s’accrocher mais toutes ces allusions à des secrets de famille, des "règles que l’on ne nomme pas"... tout cela tournait autour d’eux comme une fumée épaisse. Elle entendit que cela concernait directement Lemony et son cœur se serra.

Pourquoi personne ne parlait jamais normalement dans ces foutues familles de sang pur? Pourquoi tout devait toujours passer par des sous entendus? Elle sentit la main de Lemony dans la sienne, légère et tremblante. Elle réalisa soudain qu’elle transpirait, elle aussi et la nervosité lui montait dans la nuque. Elle retira sa main un instant, paniquée à l’idée de lui donner une raison de croire qu’elle était mal à l’aise avec lui. Elle passa ses doigts dans ses cheveux mais cela ne trompa personne et surtout pas lui. Il la regarda et ses yeux semblaient lui demander silencieusement: Tu vas me laisser? Ce regard la frappa de plein fouet car non, elle ne partirait jamais. Elle reprit sa main, plus solidement cette fois et la plaça délibérément sur la table, face à Jade pour que le message soit clair, elle ne lâchait pas.

Cependant, Thylas sentait qu’elle allait exploser si elle restait ici une minute de plus sans comprendre. Elle se leva d’un coup.


Veuilez m'excuser, je… je dois aller aux toilettes et… Lemony doit m’aider.

Aussitôt, elle regretta ses paroles. Quelle excuse stupide mais elle ne laissa à personne le temps de réagir. Elle tira Lemony hors de la pièce et son cœur battait trop vite pour penser à son image ou à la logique. Ils marchèrent vite à travers un couloir désert et les tableaux semblaient les fixer, jugeurs silencieux. Elle s’arrêta finalement derrière un renfoncement de mur, hors du champ de vue de Jade ou de quiconque.

Au moins, il n'y avait plus de voix étrangère, plus d’allusions. Juste eux. Thylas se tourna vers lui et, sans réfléchir, elle l’enlaça. Ses bras se refermèrent autour de lui avec une urgence qu’elle n’avait jamais expérimentée. Elle voulait empêcher le monde de s’écrouler sur ses épaules. Elle voulait redevenir son ancre. Quand elle le relâcha légèrement, elle le regarda droit dans les yeux. Son propre souffle était court.


Lemony… s’il y a quelque chose que je dois savoir, je veux que ce soit toi qui me le dises, pas Jade, ni quelqu’un d’autre.

Elle sentit la peur se glisser sous ses côtes, non pas la peur de ce qu’il pouvait lui dire mais la peur qu’il se sente seul au point de ne rien dire. Sa voix trembla une seconde quand elle pensa à sa propre famille, aux murs toujours trop vastes du Manoir Darkflare, aux places vides à table et aux lettres jamais envoyées. Elle pensa à l’éventualité que quelqu’un, quelque part, portait peut être aussi le nom Darkflare… ou pas du tout, qu’elle n’était peut être pas aussi unique qu’on lui répétait. Une pointe d’amertume la traversa mais elle la repoussa d’un battement de cil car elle n’était pas ici pour se lamenter.

Si tu n’es pas prêt à parler… alors on peut parler d’autre chose, comme… de la haine obsessionnelle de ma mère pour les betteraves. Elle prétend que c’est une allergie, mais je sais qu’elle déteste juste que ses doigts deviennent roses.

Un sourire nerveux tenta sa chance sur ses lèvres et elle espéra qu’il accrocherait le sien, même un tout petit.

Je pouvais aussi te raconter comment ma nounou disait que je portais “trop de noir” pour une enfant. Alors elle me forçait à porter du jaune et j’avais l’air d’un citron qui voulait mourir. Dommage qu'elle ait été licenciée...

Elle inspira profondément.

Ce que je veux dire, c’est que tu n’as pas besoin d’être seul avec tout ça, pas une seule seconde et encore moins devant elle.

Ses doigts remontèrent lentement jusqu’à la main de Lemony.

On peut parler de betteraves, de dragons, de la lune qui a l’air fatiguée aujourd’hui… n’importe quoi mais je veux que tu saches que je préfère toujours t’entendre toi, sincèrement, plutôt que d’écouter les autres expliquer qui tu es à ta place.

Elle marqua un silence puis ajouta avec une franchise brute.

Du moment où c'est pas un mariage arrangé entre nous je peux tout accepter comme nouvelle. Eurk, ça serait limite de l'inceste, non?

Espèrant détendre l'atmosphère et le faire rire un tant soit peu, Thylas attendit tout en lui offrant un espace sûr.


Bienfaiteur du WHP
[Avatar]
Serdaigle
2e année
Titre : Re : Lever le voile sur la réalité
Créé : 07/12/2025 à 17:38:15

Ah, Jade est... un peu difficile et envahissante, n'est-ce pas ? Mais il faudra bien qu'elle remette les pieds sur terre à un moment.

Attendre comme le couperet tombe.
Lemony a l'image très exacte de cette expression, juste derrière ses yeux.
Le restaurant fancy, aux bougies flamboyantes, au feu inévitablement jaune couleur de la traîtrise.
Et un couperet. Une lame d'acier en diagonale, tranchant net la nuque. Une Guillotine.
Est-ce la mémoire de ses ancêtres ?
S'il avait vécu durant la Révolution Française, aurait-il été tué ou épargné ? Il n'a pas encore de Don. Mais ses moeurs suffisent sans doute à le mener à l'échaffaud.

Lemony Parlambre est né au XXIème siècle ; la peine de mort a été abolie en France, il ne risque plus d'être emprisonné pour son inversion au Royaume-Uni depuis 1967–
A pleine plus de cinquante ans.
Ce qui était infligé aux hommes comme lui, avant ?
La prison, après la Seconde Guerre Mondiale. Avec bien sûr, les sévices que l'on fait subir—
Et avant, pire encore. Le bagne. Ou l'isolement. Deux ans sans le moindre contact.
Comment le sait-il ?
Parce que Lemony a beau refuser d'aborder le sujet, celui-ci est toujours dans son esprit.
Chaque seconde.
Chaque moment où ses muscles bougent. Où il redoute que sa voix ne monte dans les aigus. Chaque sourire qu'il redoute de voir se muer en gloussement. Chaque regard qui risque de s'attarder et de le trahir. Chaque goût pas assez viril.
Lemony a fait des recherches frénétiques à ce sujet, la nuit, parcourant le Domaine, quittant le domicile pour partir au Manoir frontal, au Chalet du Huilt-Clos, au Jardin d'Hiver, n'importe où pourvu que la bibliothèque ou le grenier comporte des traces de ce qu'il risquait, de ce que les autres avaient vécu.

L'enfant ne se rend pas immédiatement compte de ce qui s'est produit lorsqu'il regarde Thylas, et qu'ils ne sont plus à table mais dans les toilettes.
Ils pourraient-être n'importe où. Il pourrait s'être écoulé des heures.
La peur lui coupe les jambes, l'instinct de survie le force à se rattraper au lavabo derrière lui. Son dos heurte la porcelaine, il devine l'ecchymose qui s'étendra le long de sa peau dans les jours à venir.
— Thylas, inspire-t-il, terrifié. Je– Nous sommes toujours... Accorde moi un instant.
Le garçon entrouvre la porte. Il trouve l'auberge inchangée et l'heure, avancée d'à peine cinq minutes.
— Oh, déesses, ayez pitié de moi. J'ai dissocié. J'ai perdu le contact avec la réalité. Tu–
Lemony regarde sa meilleure amie. Elle l'a entraîné ici. Quelle excuse a-t-elle pu donner ?
Il lui doit sa dignité, sa santé mentale, et le fait d'être en train de respirer actuellement plutôt que d'hyperventiler.

Thylas l'enserre, peut-être plus fort qu'elle ne l'a jamais fait. Une promesse d'éternité. Non, elle ne le lâchera pas.
Il ne peut pas en dire autant de lui-même. Pas envers Thylas, bien entendu, mais il vient de se couper de la réalité sans s'en rendre compte et ça le terrifie.
— Lemony… s’il y a quelque chose que je dois savoir, je veux que ce soit toi qui me le dises, pas Jade, ni quelqu’un d’autre.
Lemony explose en sanglots hystériques qui sont également un rire tout aussi incontrollable.
— Mais comment puis-je le savoir moi-même ? Emerald... Ma soeur a renié les Parlambre. Nous ne déshéritons jamais les nôtres, jamais, et ma soeur... Elle a brûlé les ponts, peut-être utilisé des rituels magiques et je n'en savais rien. Morgane, Viviane, toutes les divinités d'Avalons réunies, comment puis-je savoir ce que recèle notre famille. Je n'étais pas au courant. Ma soeur... Ma soeur est partie.
Et peut-être parce que Thylas a toujours détesté ses masques, ou peut-être parce qu'il n'en peut plus, Lemony laisse son corps agir pour lui.
Il ne résiste pas lorsque ses jambes se dérobent sous lui et qu'il tombe sur le carrelage immaculé des toilettes visiblement équipé d'un sortilège auto-nettoyant. Et il se met à sangloter, serrant ses bras contre son torse, sachant parfaitement que Thylas lui fera un câlin s'il le lui demande...
... mais que parfois, et peut-être cette fois, ce ne sera pas assez.

Lemony se balance, et c'est familier mais cette fois, indéniable. Son corps entier est pris dans un balancement, il y trouve son équilibre, se serrant malgré lui parce qu'en l'occurrence, la personne dont il veut un câlin...
— Elle est partie.
Sa voix est rauque de sanglots, mais son esprit est étrangement clair, et ses paroles, intelligibles.
— Emerald est partie. Elle m'a abandonné. Elle est partie depuis longtemps, Thylas. Depuis cinq ans. Depuis son entrée à Poudlard. Elle s'est brusquement éloignée de moi, m'a fermé des portes au nez... Il m'ont fait Héritier à mes neuf ans. Qu'importe la version officielle. Je suis le par défaut. Parce que l'Héritière en tête eloped. Avec en marié, des idéaux, ou la trahison en personne.

La douleur de Lemony concernant que la distance que sa soeur a mise entre eux n'est pas nouvelle.
Combien de fois, dans combien de recoins du Manoir Darkflare, a-t-elle enflé jusqu'à prendre toute la place dans la pièce, justement ?
Et justement, le Jardin d'Hiver comme le Solarium, lors des vacances, n'ont-ils pas recueilli Thylas qui caressait doucement le dos de son meilleur ami après avoir assisté à... rien.
Que peut-on reprocher à quelqu'un qui ne vous fait rien ?
Qui vous maintient juste à distance ? De la cordialité, aucune intimité.
Rien. Adelphe, ami, inconnu. Nul ne vous doit rien.

Lemony se sent glacé de l'intérieur.
— Ils ne m'ont rien dit. Ils m'ont vu me morfondre, ils ont vu un petit garçon ne rien comprendre et souffrir... et ils ne lui ont rien dit. Pas même... que ce n'était pas sa faute.
Ses yeux à la couleur indéfinissable sont braqués sur Thylas, remplis de larme et d'incrédulité, le choc ayant coupé les sanglots, et anesthésié le chagrin.
— Quartz a huit ans. Et dès qu'il souffre... dès qu'il me laisse faire... je le cajole. Je chercherai des solutions pour lui. Je ne le laisserai jamais seul. Jade... Jade a toujours si bien manié les relations avec les enfants. Elle est bienveillante avec eux, avec plus d'intérêt pour eux que n'en aura jamais mon oncle, qui ne les considère pas encore comme des individus... Et mon père— Jade est bienveillante avec les enfants. Mais elle m'a laissé souffrir ? Pourquoi ? Et elle m'a nommé Héritier, alors qu'elle savaient, qu'ils savaient tous...
Malgré la chaleur de fin de printemps, Lemony est gelé jusque sur sa peau.

Des années qu'il se torture pour comprendre pourquoi, alors qu'il n'est peut-être pas de sang Parlambre, alors qu'il ne porte pas le nom d'une pierre, alors que les filles sont souvent priorisées sur l'héritage dans leur famille, alors qu'il est le dernier candidat souhaitable, il a été fait Héritier lors d'une cérémonie particulièrement marquante...
... parce que la magie était impliquée, comprend-il soudain.
— Le Yule de mes neuf ans... t'en souviens-tu ? Yule, c'est la mort du Roi Houx, la renaissance... Le Houx a brûlé, tout était de chêne, Morgane, je portais du chêne... Ils ont relâché Emerald. Le titre d'Héritier n'est pas– ils ont impliqué la magie, et ils ne m'ont rien dit. Je– Je crois–
Lemony se relève tant bien que mal pour tituber jusqu'aux lavabos, soulevés de hauts-le-coeur. Mais son estomac a besoin de cette nourriture, donc elle reste dans son corps. Une migraine commence à pointé.

Il est perdu.
Parce que juste avant, il a également compris que Jade l'aimait profondément.
Inconditionnellement ?
Cela reste à voir. Mais de tous les livres que j'ai lu où la mère aime son enfant plus que tout au monde... C'est ça, que Jade éprouve.
Ce qui n'a pas empêché une grave trahison.
Combien d'autres ?

Lemony est perdu.
Et lorsqu'il est perdu, il a toujours le même mouvement réflexe.
Prendre la main de Thylas. S'ancrer dans ses yeux.
Et la supplier de l'aider à traverser encore cette nouvelle crise.

***

Et comme toujours, Thylas lui offre une porte de sortie.
Elle évoque l'allergie aux betteraves de sa mère qui ne supporte visiblement d'avoir les doigts roses.
— La plupart du sucre est fait avec de la betterave, non ? Ne devrait-elle pas également être allergique au sucre si c'était le cas ?
Oui, la phrase de Lemony lui échappe toute seule, absurdité peut-être parmi le à la Alice aux Pays de Merveille de Thylas, mais quel est le plus absurde ? Discuter de choses bizarre que font les parents, ou laisser son enfant souffrir pendant des années en lui dissimulant une information primordiale ?
Lemony est à peu près sûr que leur discussion, au moins, est dans la norme de ce que sont censés faire les enfants.
Le lieu, bon.

Il cille à plusieurs reprises.
— Je commence à comprendre, soupire-t-il. Les autres sont des enfants, des adolescents. Moi je n'ai toujours eu en tête que la politique.
Ses sourcils se fronce.
Il songe à Gwendolyn Jenkins. Leurs conversations l'ont passionné, pourtant.
Il songe à Moïra, à Luyana. C'était... différent.
Inspirant profondément, incommodé par l'odeur qui reste celle de toilettes. Propre, mais grâce à des herbes aromatiques ou des fleurs.
Rester à Poudlard avec ces nouveaux codes, est-ce faisable ?
Non. Ses soucis relationnels ne sont qu'une partie du problème.
Le bruit constant. L'impossibilité d'être seul. Devoir constamment se surveiller. Pas le moindre répit.
Et quelque chose lui dit... que même dans des conversations banales, il échouera. Parce que cela s'est déjà produit. Les blancs, alors qu'il n'a rien dit de hors-sujet, ni d'alarmant. La gêne palpable. Ou l'impossibilité de placer une seule phrase, quoi qu'essayant à plusieurs reprise.
—Ca ne change rien, Thy', dit-il à regrets. Nous avons tous la même éducation, mais vous semblez comprendre aussitôt les nouveaux codes... alors que j'aurais besoin de cours pour les intégrer. Et– toi comme moi savons que je ne veux plus jamais avoir affaire à un Précepteur.
Il désigne les lignes blanchâtres entrelacées sur ses bras dénudés. Ce n'est pas la première fois qu'il est en manche courtes devant Jade, évidemment, mais ses bras ? Elle ne bronche jamais face à eux.
Elle ne semble pas remarquer les cicatrices les plus fraîches. Celle sur l'os de son poignet qui est toujours rose, malgré un tour complet de la terre autour du soleil, ou presque.

— Soit ta nourrice ne savait pas choisir les nuances de jaunes qui t'allaient... soit les tenues de ton armoire n'étaient pas adapté,riposte Lemony en prenant doucement une mèche de cheveux rebelle de Thylas et en la replaçant derrière son oreille. Avec ton teint, le jaune te donne l'air malade, mais il suffit d'en prendre un aux teintes plus orangées, ou plus dorées. Oh. Te souviens-tu de cette petite robe aux manches bouffantes... et à la jupe plus encore ? C'est la première fois que tu avais une cage et des paniers... Et tu n'as pas arrêté de protester que c'était une punition infligée aux Lady pour les empêché de courir, et toi particulièrement. C'est vrai que tes parents te voulaient dans cette soirée... et c'est vrai que nous n'avons pas pu nous éclipser. Indéniablement, il y a du vrai là-dedans. Mais comme elle était jaune vif...
Lemony sourit au souvenir agréable.
Et puis, peut-être que c'est à son tour de dire certaines choses à Thylas.
— Tu as toujours porté trop de noir. Ce n'est pas sain, pour un enfant. La couleur du deuil. ou la couleur pour se fondre dans les murs d'un manoir trop sombre.
Les vêtements de Thylas n'ont jamais fait que confirmer à Lemony que la petite fille en face de lui était intrinsèquement seule.

Encore à présent, il le discerne dans ses yeux, parfois. Cette peur de rentrer chez elle.
Ce manoir qui la hante, même à Poudlard. Une petite fille seule, ayant trop froid.
Il se plaint d'être l'Héritier par défaut ? Morgane, lui au moins a toujours été entouré. Utilisé comme un trophée peut-être, mais avec des adultes qui se soucient qu'il soit là. Qui vérifie qu'il est là. Qu'il a des choses à dire.
Parfois, Lemony se demande si les parents de Thylas ont désiré sa naissance. Ou s'ils voulaient juste une Héritière et qu'à présent qu'ils l'ont, bah. Elle peut bien être posée dans un coin en attendant qu'ils en aient besoin.
Il n'a jamais osé poser la question. Peut-être aurait-il dû se heurter aux Darkflare comme son amie le fait aux Parlambre pour lui. Et pourtant... Veut-elle vraiment entendre la réponse ? Veut-elle savoir qu'il se pose la question ?

— Je n'ai pas à endurer ça seul face à Jade parce que tu es là. C'est... Ca a toujours été la signature des Parlambre, le prix des Parlambre. Aucun secret entre nous, afin de pouvoir contrer tous ensemble nos ennemis ou les traîtres proches de nous. Avoir une même version. Nous savons quoi dire à certaines questions très précises. Des secrets non secrets mais tabous, les Parlambre n'ont que ça. Ils n'ont jamais eu que ça.
Certains aspects du commerce pas très légal d'Onyx, quelques acquisitions d'animaux payées avec pot de vin. L'intervention de Jade pour couvrir les conneries de son frère chaque fois. Leur lien trop fusionnel, et pourtant rempli de haine, explosif et dangereux.
— Mais le cas de ma soeur ? Nous aurions dû le savoir. Mes cousins et moi. Je suis certain que les adultes savent. Le seul et unique véritable secret des Parlambre... je te l'ai confié. Je ne sais pas même s'il est réel. Je le sens juste peser sur ma poitrine.
Même s'ils sont dans un lieu où personne n'est venu —et Lemony soupçonne Jade d'avoir créé une barrière de sécurité. Depuis le temps, elle aurait pu les ramener si elle l'avait désiré— ce sont des mots dangereux.
Des mots trop lourds également.
Il étreint Thylas, pour lui souffler à l'oreille et lui rappeler sa question taboue.
— De qui suis-je le fils ?
Les larmes sont passées. Mais comme chaque fois, la lourdeur de la certitude, sans preuves, si ce n'est une intuition d'enfant qui a absorbé sans le savoir des conversations d'adultes à un âge où il était encore dans un transat.
— Mais en vérité, ce n'est peut-être pas un secret de famille. Il est possible qu'une seule personne soit au courant. Il y a bien un schéma possible après tout.
Si Jade a rompu ses voeux de mariage, qui d'autre qu'elle pour le savoir ?

Le reste...
Quels sont les autres secrets que garde sa famille ?
Jade et Onyx ont un mantra.
"Les enfants ne doivent pas pouvoir apprendre la vérité d'une autre bouche que la nôtre. Ils doivent tout savoir, et nous devons leur faire confiance. Les secrets de famille brisent et les familles, et les individus."
Et pourtant, depuis quatre ans au moins, cette promesse a été brisée chaque jour.

Mais à présent...
Malgré la douleur vive, Lemony est censé se remettre rapidement. Sa mère attend qu'il parle. Et si elle n'intervient pas, c'est parce qu'elle lui laisse tout le temps du monde pour parler avec sa meilleure amie.
Ils pourraient être en train d'échaffaudeur dix complots différents que cela laisserait la femme de marbre. Jade est douée. Et elle sait qu'ils ne vont pas s'enfuir : Lemony l'a fait venir.
Quoi qu'ils fassent, elle rattrapera. Ou bloquera.
"S’il y a quelque chose que je dois savoir, je veux que ce soit toi qui me le dises, pas Jade, ni quelqu’un d’autre."

Il sait qu'elle ne l'obligera pas à parler.
Mais Jade, si.

***
Lemony se détourne de sa meilleure amie, les bras croisés dans une posture si défensive qu'il paraît impossible de passer outre.
— Je t'ai menti.
Ses dents sont si serrées qu'il siffle semblable à un serpent.
— Je–
Ca ne devrait pas être si dur.
Il l'a lu, ce foutu bouquin que sa soeur lui a offert à Noël. Il sait parfaitement quel langage les Moldus utilisent. Si l'un des deux personnages a eu une petite crise existentielle, aucun d'entre eux n'a souffert de cette honte poisseuse et écoeurante.
Emerald est partie, et ce livre, comme chaque intervention qu'elle fait auprès de lui, est destiné à le faire venir avec elle. Emerald a rendu très clair ce qu'elle pensait : on s'en fout.
— Je–. Les marques sur mes bras. Ce n'était pas uniquement parce que je bougeait trop, Thylas. La cicatrice sur l'os ? Il m'a frappé parce que mon poignet s'est cassé. Les liens, c'était pour m'empêcher de grandir de façon trop équivoque.
Ca ne sert à rien qu'à gagner du temps. Il connaît sa meilleure amie. Sans les mots crus, elle risque de se méprendre, voir de détourner la conversation. Et pour le coup, il va falloir être cru.
— Je suis très clairement ce qu'on appelle vulgairement une tapette. Je suis une folle, et je ne pourrais jamais avoir d'enfants avec une femme, parce que mes préférence, c'est la gent masculine.
Dans un mélange de niveau de langues différents, les mots sortent enfin.
Cette fois, Lemony vomit.
Il n'a mangé que de la soupe et du jus d'orange. Les reflux font clairement mal à son corps déjà mis à mal. Il devine que Jade le refera boire, ensuite.
— Et ils le savent tous. Ca a... ça a échappé à mon cousin, un jour où nous n'étions que tous les deux. Je voulais l'aider mais il était blessé et il a mordu en retour. Simplement, jusque là, j'ignorais que c'était anormal. Mais tout le monde était déjà au courant. TOUT LE MONDE. Mon oncle Onyx, avec son petit sourire satisfait parce que lui, ses fils sont virils et qu'il surpasse sa soeur. Mon père, et le dégoût que je discernais chez lui depuis plusieurs mois a soudain fait sens. Ma tante, un peu désintéressée. Et Jade. Morgane, Jade ! Son regard inquisiteur et soucieux. Ils le savaient tous. Et malgré tout, ils m'ont fait Héritier en sachant que je ne pourrais jamais tenir mon rang, que mon enfant de mariage serait forcément un bâtard ?
Lemony est de nouveau soulevé par des hauts-le-coeur. Il déteste gâcher de la nourriture.
— Ce que je suis me fait vomir autant que ça fait vomir mon père. Mais ma mère ? Déesses d'Avalon, ça lui est égal. Elle m'aime malgré ça. Elle veut que j'accepte, et je ne veux pas. Je veux juste quitter Poudlard, qu'elle m'enseigne. Parce que malgré tout, c'est mon adulte responsable. Elle m'aime.
Il s'attend à moitié à ce que Thylas soit partie lorsqu'il se retourne vers elle.
— As-tu envie de t'enfuir, ou de te venger ? Je te fais le serment de ne jamais t'engager dans le moindre mariage. Tu es tellement, tellement importante. Le mariage nous détruirait, notre lien est bien plus précieux. Et s'il y avait quoi que ce soit de prévu en ce sens... je te fais le serment de le défaire. Quoi qu'il m'en coûte.

Il ne fait pas exactement confiance aux Darkflare pour ne pas avoir tenté une approche à ce sujet.
Il ne fait absolument pas confiance à son propre père, qui accepterait aussitôt.
Lemony déteste peut-être ce qu'il est, mais il est prêt à le crier au monde entier pour défaire Thylas d'une telle prison, au besoin.

Pour le moment, elle a juste besoin de calme.
De se remettre.
Il a parlé longtemps. Il s'est effondré à propos d'Emerald et ensuite, la violence de tout ce qu'il traverse les a secoués tous les deux. Lemony n'est pas stupide. Il sait à quel point la jeune fille est sensible. ELle aura besoin d'un peu de temps.
— Reste. Je t'en prie.



Livre – Fanfiction
Une Lueur dans l'Ombre
Chroniqueuse VIPère
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Serpentard
2e année
Titre : Re : Lever le voile sur la réalité
Créé : 28/12/2025 à 02:02:51

Et hop, encore plus de non dits et d'imcompréhension entre les deux mdrrr
Pendant quelques secondes, Thylas crut que l’air lui manquait. Le silence s’installa lourd et presque oppressant comme si les murs eux mêmes retenaient leur souffle. Elle avait posé une main sur l’épaule de Lemony, un geste simple et familier qu’elle faisait depuis l’enfance sans même y penser. Ce contact la rassurait d’ordinaire, l’ancrait mais cette fois, il ne suffit pas.

Quand Lemony parla, elle l’écouta jusqu’au bout sans l’interrompre. Elle entendit les mots, distinctemen, mais ce ne fut qu’après qu’ils eurent quitté ses lèvres que leur sens la frappa de plein fouet. Son esprit se vida d’un coup comme si quelqu’un avait brutalement soufflé une bougie dans une pièce close. Son corps réagit avant même qu’elle ne comprenne et sa main glissa hors de son épaule et retomba le long de son bras, ses doigts soudain engourdis. Elle recula d’un pas, les yeux fixés sur lui et incapable de masquer sa stupeur.

Les souvenirs s’imposèrent à elle sans prévenir.

Les après midis au manoir, les portes fermées, les voix feutrées qui baissaient encore d’un ton quand un enfant passait trop près... Sa tante, toujours droite et toujours impeccable, parlant d’une voix basse mais ferme, entourée de ses amies qui hochaient la tête avec une gravité presque solennelle. Les mots revinrent tels quels, inchangés et gravés dans sa mémoire..."une maladie, une perversion, une chose qu’il ne faut jamais approcher" et surtout cette phrase, dite un jour directement pour elle, comme un avertissement déguisé en conseil, "Même rester près d’eux est dangereux. Ils finissent toujours par mourir dans la douleur."

A l’époque, Thylas n’avait pas posé de questions et elle avait hoché la tête. Puis il y avait eu cette autre histoire. Celle dont on ne parlait jamais devant les invités. L’oncle dont le nom ne revenait qu’à demi mot, entre deux tasses de thé. Il était comme ça, avait elle entendu un jour. Les voix s’étaient faites encore plus basses puis, plus tard, avec ce soulagement presque fier, "il a été soigné, il est redevenu normal."

Thylas se souvenait de lui, pourtant. Des rares fois où elle l’avait vu lors de grandes réceptions. Il était vivant, oui mais pâle et toujours fatigué, le regard fuyant et le sourire fragile comme s’il risquait de se briser au moindre mot de travers. Elle se souvenait avoir pensé, enfant, qu’il avait l’air malade en permanence. Elle avait cru que c’était ça, être guéri.

Alors est-ce que c’était un avertissement? Est ce que sa tante savait pour Lemony? Thylas avait grandi avec ces certitudes sans jamais les remettre en question. Elle n’y avait jamais réfléchi, parce que cela ne la concernait pas...Jusqu’à maintenant parce que cette fois, ce n’était pas un inconnu. Ce n’était pas une rumeur. Ce n’était pas une silhouette abstraite évoquée à voix basse. C’était Lemony. Lemony qui tombait des arbres pour elle. Lemony qui riait trop fort quand il était nerveux. Lemony qui avait toujours été là.

Son cœur se mit à battre trop vite, trop fort et une peur brutale lui traversa la poitrine, une peur presque physique. Elle ne parvenait pas à imaginer Lemony souffrant, rejeté, ou pire encore… condamné. L’idée qu’il puisse lui arriver quelque chose simplement pour ce qu’il était lui sembla soudain insupportable.

Elle s’avança de nouveau vers lui, comme attirée malgré elle, et posa ses deux mains sur ses épaules cette fois avec plus de fermeté qu’elle ne l’aurait voulu. C’était un geste instinctif et presque désespéré comme si le retenir ainsi pouvait empêcher le monde entier de lui tomber dessus.


Non, murmura t-elle. Tu ne peux pas être ça.

Ses doigts se crispèrent légèrement sur le tissu de ses vêtements. Elle ne le lâchait pas des yeux comme pour s’assurer qu’il était bien là vivant et réel.

J’avais un oncle… il était comme ça, ajouta t-elle précipitamment, la voix tremblante. Mais… mais ils l’ont soigné et il est redevenu normal. Je peux demander à mon elfe de maison. Je peux… je peux t’aider, Lem’.

Elle ne mentionna pas sa tante. Elle ne parla pas des salons feutrés ni des rires faux. Tout cela restait enfermé en elle, confus et mêlé à une peur presque enfantine. Elle ne savait pas comment penser autrement que ce qu’on lui avait appris, et cette ignorance la terrifiait autant que la confession elle même.

Ce n’était ni un reproche, ni une accusation. C’était une supplique maladroite, dictée par l’angoisse. Thylas ne savait pas quoi faire de cette vérité nouvelle. Elle ne savait pas comment l’aider sans risquer de le perdre. Alors elle resta là, les mains toujours posées sur ses épaules, incapable de les retirer comme si ce simple geste pouvait encore le protéger de tout ce qu’elle redoutait.

Bienfaiteur du WHP
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Serdaigle
2e année
Titre : Re : Lever le voile sur la réalité
Créé : 29/12/2025 à 00:56:59

Et on saupoudre tout ça de plus de drama encore dans un huit-clos étouffant, avec Jade en rapace qui veille sur ses proies. (Ils vont jamais s'en sortir indemnes)


Le fait que Thylas ne prenne pas ses jambes à son cou pour quitter le restaurant est, d'après Lemony, un net progrès.
Le fait qu'elle ne tente absolument pas de changer de sujet avec une blague lui paraît tout aussi encourageant.

Jusqu'à ce qu'il sente la main qui l'aidait à se maintenir debout quitter son épaule.
Il l'entend retomber dans un mouvement si mou que le bruit résonne dans les toilettes et se répercute jusque dans ses tympans, dans son esprit où déjà l'horreur a commencé à tourbillonner.
L'endroit où la paume tiède de Thylas le maintenait au chaud lui paraît glacé. Et il sent que son sent refroidit également dans ses veines.

Recul.
Dégoût ?
Stupeur.
Lemony ouvre la bouche, à peu près aussi éberlué qu'elle.
Morgane, que se passe-t-il ? Thylas...
Il se sent étouffer, soudain.
Thylas se perd dans ses souvenirs, ça ne dure pas très longtemps et c'est pourtant suffisant pour que Lemony en oublie comment respirer. Il essaie, mais il s'étouffe, il ne parvient pas à le faire correctement.
Ca n'a rien à voir avec les moments où l'air ne rentre pas assez fort, assez vite dans ses poumons. C'est que là, il ne rentre pas du tout.
Les poignets du garçon tremblent.
— Non. Tu ne peux pas être ça.
Lemony éclate d'un rire hystérique.
— Mais que veux-tu que je sois d'autres ? Morgane, Thylas, regarde-moi ! Tu m'as vu grandir ! Tu m'as vu marcher, tu as vu mes manières ! Pourquoi crois-tu que je me sois éloigné de toi ? Je te l'ai pourtant dit : j'étais terrorisé parce que tu savais... je pensais que tu le savais. Et je ne pouvais pas supporter que tu le saches, demeure à mes côtés en me voyant tous les jours et... Bien sûr que nous nous sommes éloignés pour bien des raisons. Mais je pensais que tu savais.
La réalisation le frappe de plein fouet, si fort qu'il se redresse, épaules droites. Il n'a pas pris un centimètre ; il a beau avoir douze ans et demi, Thylas le dépasse d'un peu moins d'un pouce, à présent.
Depuis toujours, Lemony était persuadé que Thylas savait.
Il s'est persuadé qu'elle l'avait cru le jour où il avait balayé son argument d'un "je suis normal, j'aime les filles", mais il réalise brutalement qu'en réalité, il n'a jamais considéré l'avoir convaincue.
— Je croyais que tu savais. Je croyais que tu savais depuis... mes huit ans ? Mes six ? Oh, par Avalon, j'ai compris que j'étais anormal à dix ans, mais à huit ans je savais déjà ce que j'étais et pour moi... Déesses, pour le petit garçon de huit ans tu savais forcément... parce que je ne l'ai jamais dissimulé, et que nous partagions tout. Il n'y a qu'à partir de mes dix ans que j'ai tout renfermé.
L'incrédulité lui fait répéter les mêmes choses, tourner en rond.

Thylas ne savait pas.
Toutes ces fois où il l'a suppliée de ne pas l'obliger à dire la vérité à voix haute... Et elle est passée à côté de l'allusion, pas par refus de s'attarder sur un sujet douloureux, mais parce qu'elle n'avait aucune conscience qu'il existait.

Le poids de la main qui glisse de ses épaules ne cesse de se rejouer. L'endroit où la jeune fille pressait n'est plus ni chaud, ni glacé. En revanche, Lemony a l'impression que la peau y est à vif. Il sent le tissu de sa robe l'y gratter, le brûler, douloureux.
Il veut cette main sur son épaule. De nouveau.
Lemony sait très bien ce que veut dire la réaction de sa meilleure amie.
C'est du rejet.

Et la bulle de douleur explose dans sa poitrine, assez puissante pour le plier en deux–
– sauf qu'il ne bronche pas. La violence du choc coupe son souffle, oui.
Mais il a récupéré son masque et demeure digne, qu'importe qu'à l'intérieur, il ait l'impression qu'un poignard ait pénétré dans son coeur.

Et puis elle parle de son oncle et Lemony ferme les yeux, longuement.
— J'ai toujours pensé que ton oncle était séropositif. Qu'il avait le virus du VIH. Le SIDA.
Il doit être précis, se répète-t-il comme un mantra.
— Son teint blafard, sa tristesse... Je sais parfaitement ce qu'il est, je ne peux pas te l'expliquer. Même si le SIDA ne touche pas que la population des invertis. Son apparence et sa solitude... il est meurtri.

***
Alors les mains de Thylas se posent sur ses épaules.
Le garçon ferme les yeux de nouveau pour sentir la chaleur de sa meilleure amie.
Elle est là, et elle incarne son espoir et son ancre.

Jusqu'à ce qu'elle lui promette de le soigner.
Cette fois, c'est lui qui force les mains à retomber. Il fait un pas en arrière, suffisament grand pour voir les bras retomber. Et sa voix est glacée :
— Ca ne se guérit pas. Je ne sais pas ce qu'ils lui ont fait, mais ce dont tu parles, ça s'appelle des thérapies de conversion et, sorcières ou moldues, elles n'ont jamais marché. J'ai cherché, Thylas. J'ai eu deux ans avant d'entrer à Poudlard pour prendre compte de l'abomination que j'étais. J'ai lu tous les livres que j'ai pu trouver sur le sujet. Ca ne se guérit pas. C'est une inversion. On ne peut pas changer ça. Ce que va faire ton elfe...
Lemony revoit des schémas atroces.
Des schémas qui ne concernent pas les thérapies de conversions pour sodomites (parce que c'est le mot utilisé dans le livre que son père a fait en sorte qu'il trouve, et où il y a les méthodes).
Non, il revoit tous les livres où les parents sorciers tentent de forcer la magie dans leurs enfants Cracmols.
— Tu auras autant de résultats qu'avec une thérapie de conversion pour Cracmols, déclare-t-il d'une voix creuse qui n'a plus aucune émotion.
Aussi vide qu'il se sent.
— Je suis mineur. Ton oncle était adulte. Certaines de ces thérapies impliquent de montrer des images de femmes nues aux hommes et de les soumettre à un sortilège d'allégresse. Ensuite, des images d'hommes nus pendant qu'ils sont soumis au Doloris. Si ce n'est pas cet impardonnable, c'est un autre sort provoquant l'inconfort. Et ça ne fonctionne pas.
Vide. Creux. Comme s'il n'éprouvait plus aucun amour pour Thylas. Ni pour personne, d'ailleurs. Sa voix est semblable au néant.

A la dernière seconde, la pulsion de vie le ranime, comme un électrochoc, ô, l'ironie.
— Regarde-moi, ordonne-t-il. Regarde-moi marcher au naturel, sans artifices, sans que je ne contrôle mes mouvements. Re.Gar.De.Moi.
La rage bout dans son ventre.
Un aller retour suffira.
Lemony lâche prise, si rapidement que sa tête en tourne : à Poudlard, il a peu d'endroits où cesser de masquer ainsi malgré son besoin.
Son bassin ondule, il marche avec des mains dont les poignets sont cassés à 70°, des mains qui ressemblent à celles de vélociraptors. Il est déhanché, ses coudes bougent, ses chevilles fluides aussi.
Lorsqu'il s'arrête, il a une jambe tendue avec une hanche plus haute que l'autre, les mains dans des positions équivoques et un sourcil levé qui a beau être une habitude snob, le rend particulièrement cliché et folle.
Mais c'est exactement la démarche que Thylas lui a connu toute sa vie, assurance adolescente en plus. Avant qu'il n'ait dix ans et qu'il décide de dissimuler tout, de devenir rigide dans ses articulations et de marcher lentement en déguisant le fluide sous forme d'agilité.
— Je ne marche pas comme un garçon devrait. Je suis efféminé. Et si ton oncle ne me ressemble pas, c'est parce qu'il a beau être inverti, il n'a pas les manières de folle que j'ai. Ce n'est pas systématique, sauf que ça reste un bel indicateur.
La rage bout plus fort encore, mais plus envers Thylas. C'est la honte qui l'emporte, face à la jeune fille. Se mettre complètement nu aurait été préférable et moins intime.
Il ne veut pas voir son regard.
De plus, il a un compte à régler.

***
L'Héritier Parlambre claque la porte des toilettes et il se dirige vers la table où Jade est assise, donnant parfaitement le change comme s'il avait été prévu que ses invités s'éclipsent, quoi que montrant quelques subtils signes d'impatience et d'irritations.
— Pourquoi ? crache le garçon. Pourquoi avoir forcé le sujet. Pourquoi ne pas m'avoir écouté. Pourquoi est-ce que ça ne peut jamais être selon ce que MOI je veux, selon MES termes ?
Sa voix n'est pas en train de muer. Elle monte dans les aigüs comme celle d'une femme hystérique, mais c'est ce qu'est Lemony, n'est-ce pas ? A peu de choses près ?
Alors il se comportera comme tel.
— Je ne t'ai pas faite venir pour cela. POURQUOI ? M'HUMILIER ? ME TENIR ? POURQUOI ?
— Assieds-toi, Lemony.
La chaise, vide, à la gauche de sa mère, est tirée par magie. Il refuse d'obtempérer. Les yeux perçants de Jade suivent les contours de ses bras, de son cou, de sa mâchoire, puis rencontrent ses yeux.
Ca fait trop mal pour que Lemony parvienne à soutenir le regard vert ; il ne peut pas. Dès qu'il y lit la moindre émotion, son estomac se retourne et il détourne les yeux.
— Parce que j'en ai assez de te voir te morfondre sur un sujet qui n'a pas lieu d'être. Parce qu'être convoquée par mon propre neveu pour m'avertir que tu vas mal, et m'apercevoir que tu refuses tellement ton homosexualité que tu as cessé de te nourrir...
De nouveau, le beau visage de Jade devient autre chose. Dangereux.
— Tu es tellement persuadé d'être homosexuel, Lemony, que tu ne t'es pas même posé la question. Tu es maniéré, certes, et le jour où tu l'as compris, tu as décidé que cela te condamnait. La virilité et l'attirance pour les femmes ne sont pas liées, et il est grand temps que quelqu'un te le dise. T'es-tu seulement attardé sur le sujet, sur ce que tu ressentais véritablement, sur qui attirait ton regard, ou ton coeur ?
A cet instant, Lemony se demande s'il ne préfère pas Thylas.
La violence dont elle fait preuve est un terrain connu et rien qu'il n'ait pensé des centaines de fois.
Ce que Jade lui envoie en pleine figure ?
Il pose une main sur la table, qui tremble tellement qu'il manque de tout faire basculer. Ses jambes paraissent faites de coton.
Il tombe, plus qu'autre chose, sur la chaise que sa mère a décalée pour lui.

Il regarde les toilettes. Et il espère que Thylas a entendu. Lui répéter ce discours-là est au-dessus de ses forces.
— Tu m'enlèves jusqu'à ma propre pensée, lâche-t-il d'une voix dangereusement blanche.
Qu'est-ce qui l'empêcherait, là tout de suite, de décider que puisque parler avec Jade lui fera certainement perdre Thylas et qu'ils n'iront pas au sujet primordial, de courir jusqu'à la Gare de Pré-Au-Lard et d'espérer que le train passe juste au moment où il touche les rails ?

Deux yeux bleus et un miaulement suppliant.
C'est tout ce qui le rattache à l'endroit où il est.
Tellement faible, et pourtant tellement fort, comme fil.
Ostara. La détresse dans laquelle elle serait s'il l'abandonnait, et qui est plus douloureuse encore que l'idée de continuer à vivre et de faire face aux conséquence de ses coups d'éclats.

— Vais-je devoir réexpliquer à la jeune Lady ce à quoi elle s'est engagée ? demande Jade en haussant les sourcils, d'un ton si désintéressé que Lemony explose.
Ou plutôt, les verres explosent, la carafe file s'éclater en mille morceau contre le mur, sans oublier de frapper Lemony au passage ; d'un geste vif et leste, Jade les protège des éclats de verres volant en tout sens. Et particulièrement à vrai dire, vers son fils.
— Réfléchis-y, Lemony. ES-tu véritablement attiré par les garçons, ou tout le monde ayant décidé que tu l'étais de par la façon dont tu te comportes, tu t'es montré passif ?
Le monde de l'enfant semble s'écrouler.
— Ce n'est pas à propos de ça que je désirais te parler. Ca n'a jamais été à propos de ça, et tu le savais puisqu'ainsi que tu le formules... je suis persuadé de ce que je suis et je vis avec depuis toujours. J'avais besoin de toi, de façon urgente, et mon absence de nutrition solide est dénuée de liens avec mon inversion.
Les larmes s'écoulent, seules, tandis qu'il se lève parce que malgré la boule de sentiments mal démêlés, voilà trop de minutes que Thylas est seule. Il l'a suppliée de rester, puis il s'est enfui. Certes, pas hors de l'auberge. Certes, pas consciemment.
Il a éprouvé une rage aveugle envers sa mère et son corps a bouge à sa place.
Mais il n'en a pas moins laissé Thylas seule.
— Je suis navré, Mère, mais je suis véritablement perverti. Les Vélanes mâles me font perdre mes mots ; il y en a un à Serdaigle et chaque fois que je le vois, je sens... tout ce qui me révulse, mais qui se met en marche malgré moi. Et il y a eu ce garçon, lors d'un voyage, envers qui j'ai eu un intérêt romantique.
— Soit, tu aimes les garçons. Mais tu ne t'es pas posé la question pour les filles, mon enfant. Tu peux être bisexuel. Je passerai sur bien des choses, mais je ne veux plus entendre de tels mots de ta part. Ils datent du début du siècle dernier, et ce n'est pas en t'insultant que tu iras mieux.

Sauf que.
Lemony a déjà quitté la table.
Son ouïe fine lui permet d'entendre les derniers mots de Jade sans qu'il n'en fasse grand cas.
Il est barbouillé, migraineux, et il va retrouver Thylas dans les toilettes.
— Navré. J'avais des choses à dire à Jade. Thylas...
Le garçon a fermé les yeux. Il n'ose pas les rouvrir, de peur qu'elle soit partie. Qu'elle l'ait abandonné.

Il essaie de se mettre à sa place.
Si Thylas lui avait dit être attirée par la gent féminine, quelle aurait été sa réaction de jeune homme viril et normal ?
Lui proposer de l'aider.
Ce que sa meilleure amie a fait.
Lui proposer de sortir avec lui, lui promettant d'être profondément doux, de faire en sorte qu'elle cesse d'avoir peur des hommes, de lui montrer que la masculinité n'avait rien de violent, qu'elle pouvait aimer en toute sécurité.
Mais cela ne fonctionne pas en ce qui concerne la féminité. Je n'ai aucunement peur des femmes, je les respecte, elles sont mes égales. Et la violence de certains hommes n'a jamais empêché mon attirance. Les jurons de Carter Spall rompent le charme vélanique, sans que je cesse pour autant de regarder–
— Déesses, qu'est-ce qui ne va pas chez moi ? Je hais ce que je suis, or dès qu'on me suggère que c'est peut être une ineptie, je suis furieux.
Ses yeux sont toujours clos, quoi que rouges et gonflés de larmes qui trouvent leurs chemins au-dehors.

— Thylas ? Je... Eh bien, il semble que cette fois, je sois celui qui ait fui. Tu déteins de nouveau sur moi.
Et pas qu'un peu, vu comme il tente de plaisanter pour changer le sujet, pour la ramener à lui.
A cause des larmes trop nombreuses, il distingue mal les toilettes. Il ne sait pas même si sa meilleure amie est encore là.

Elle l'a rejeté.
Une seconde, juste avant de le récupérer et de lui promettre de l'aider.
Mais ce rejet a brisé la promesse d'être toujours là, et l'espace d'un instant, Lemony n'a plus rien senti pour personne, Thylas comprise.
L'amour est revenu, intact.
Et Lemony ignore si c'est une bonne chose.
Parce que sans Thylas, son monde s'effondre.
C'est tout le problème, c'est la raison pour laquelle il a fait appel à une adulte. Pour laisser sa meilleure amie respirer.
Il glisse sur le sol des toilettes où il s'allonge comme jadis ils l'avaient fait dans l'herbe.
— Trop souvent j'aurais aimé m'arrêter sur un unique sujet et parvenir au fond du problème pour trouver une solution. En cet instant, je voudrais que tu m'emmènes loin de cet enfer, et c'est l'unique fois où c'est impossible.

***
Parce que Jade guette.
Et qu'elle ne laissera sortir ni Thylas, ni Lemony, sans s'être entretenue avec eux avant tout.
Sans avoir eu le dernier mot.



Livre – Fanfiction
Une Lueur dans l'Ombre
Chroniqueuse VIPère
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Serpentard
2e année
Titre : Re : Lever le voile sur la réalité
Créé : 29/12/2025 à 15:46:45

Quand Lemony recula, ce fut comme si quelque chose se brisait net à l’intérieur de Thylas. Il n’y eut pas de cri, ni de geste brusque, juste cette distance soudaine et ce pas en arrière qui lui donna l’impression familière et atroce qu’on s’éloignait d’elle sans se retourner. Son esprit ne suivit pas immédiatement. Ce fut son corps qui comprit le premier. Sa poitrine se serra, son estomac se noua et une image surgit, violente, incontrôlable... le dos de ses parents quittant une pièce, une porte qui se refermait trop doucement pour faire du bruit et l’habitude ancienne de rester seule sans qu’on lui dise pourquoi. Elle resta immobile, figée et incapable de retenir cette peur primitive qui remontait de l’enfance. Il part...Comme eux...toujours comme eux.

Les mots de Lemony lui parvinrent ensuite, teintés de cette froideur qu’elle ne lui connaissait pas et cette retenue distante qui lui faisait plus mal que n’importe quel reproche. Elle entendit sans réellement comprendre, trop occupée à lutter contre cette certitude absurde et écrasante qu’elle venait de le perdre pour de bon. Lorsqu’il quitta les toilettes, la porte claqua et le son résonna longtemps dans sa tête, bien après que le silence fut revenu.

Alors ses jambes lâchèrent. Thylas glissa jusqu’au sol et s’y écroula sans élégance et sans retenue. Elle se couvrit le visage de ses mains comme pour se protéger d’un monde devenu soudain trop vaste et trop vide. Un mélange d’émotions l’envahit... peur, honte, culpabilité, colère sans qu’elle soit capable d’en distinguer une seule clairement. Elle ne savait pas quoi faire. Elle ne savait pas quoi penser. Elle ne savait même pas ce qu’elle aurait dû dire.

Des souvenirs remontèrent malgré elle. Le manoir trop grand, les couloirs silencieux. Elle enfant, apprenant très tôt à ne pas déranger, à sourire quand on la regardait, à se taire quand on l’oubliait. Cette sensation ancienne d’être remplaçable, secondaire et toujours un peu de trop. Elle serra les dents, étouffant un sanglot qu’elle refusa de laisser sortir. Elle n’avait pas le droit de s’effondrer, pas maintenant.

Le temps passa sans qu’elle en ait conscience puis, lentement, Thylas reprit le contrôle. Elle inspira profondément, essuya son visage du revers de sa manche et se releva. Ses gestes redevinrent précis et maîtrisés. Elle redressa ses épaules, lissa sa robe et recomposa son expression avec ce soin presque mécanique qu’elle avait appris très jeune. Le masque se remit en place, lisse et impeccable. Elle se prépara à retourner à table, à saluer Dame Jade, à s’asseoir et écouter sans faire de vagues. Elle se répéta qu’elle pouvait le faire, qu’elle avait toujours su le faire.

Lorsqu’elle fut sur le point de sortir des toilettes, elle vit Lemony revenir. Son cœur manqua un battement. Il avait l’air fatigué et trop fragile pour quelqu’un d’aussi brillant et quand elle le vit glisser au sol à son tour, quelque chose vacilla dangereusement sous son masque parfaitement ajusté. Elle s’arrêta une fraction de seconde et hésita, sentant les vieilles blessures tirer sous la peau, prêtes à se rouvrir mais elle n’était pas prête à le perdre et elle n’était pas prête non plus à se perdre elle même. Alors elle sourit. Un sourire doux, familier et presque malicieux, celui qu’elle utilisait pour survivre. Elle tendit la main vers lui, sûre et élégante, comme si son monde intérieur n’était pas en train de vaciller.


En effet, je déteins sur toi. A ce rythme, tu vas bientôt porter du jaune poussin sans même t’en rendre compte.

Elle l’aida à se relever sans commenter ce qui venait de se passer. Elle garda ce sourire, le maintint avec une discipline presque cruelle et le guida doucement hors des toilettes. Ensemble, ils retournèrent à la table. Thylas s’assit droite et parfaitement calme en apparence.

Dame Jade, je vous remercie de votre sollicitude et de votre franchise. J’entends que certaines vérités nécessitent du temps et je ne doute pas de vos intentions. Simplement… j’aimerais savoir où tout cela nous mène. Lemony et moi ne pourrons pas demeurer indéfiniment hors du château et il me semble important d’anticiper la suite avec clarté.

Elle porta sa tasse à ses lèvres tout en souriant avec douceur.

Je préfère toujours savoir à quoi m’attendre.

Bienfaiteur du WHP
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Serdaigle
2e année
Titre : Re : Lever le voile sur la réalité
Créé : 01/01/2026 à 00:41:10

Thylas !
Lemony n'a pas osé écouter, il s'est volontairement concentré sur le sang battant à ses tempes.
Elle n'a pas quitté les lieux.
— Oh, Morgane, merci... Merci, murmure-t-il, un peu hagard.
Et il veut prolonger les phrases sans queues ni tête, même s'il n'a absolument pas les aptitudes humoristiques de Thylas, la capacité à mettre à l'aise en changer pour un sujet plus léger.
Lemony est un excellent hôte de Gala parce qu'il sait vous faire sentir important sous ses yeux, qui sont les yeux que vous recherchez si vous désirez l'aval des Parlambre.
En revanche, pour tous ses pairs qui n'ont que faire des rangs, qui sont simplement des enfants et des adolescents ?
— Impossible que je porte du jaune poussin. Je suis condamné à l'ambre, te souviens-tu ? Sans compter qu'avec mes cheveux, j'aurais l'air d'un Gryffondor, ou d'un supporter d'un match pour Gryffondors, et tu sais quel est mon intérêt pour le Quidditch.
Modéré. Officiellement.
Absolument inexistant, en réalité, néanmoins au vu de l'importance qu'y accordent tous les sorciers et de la fierté des Sangs-Purs, impensable de le préciser.

Thylas tente de le relever, mais avant qu'elle n'y parvienne, Lemony s'accroche à elle. Il s'accroche à son épaule et sanglote, tournant en rond, l'esprit semblable à une bouillie et la migraine l'empêchant de réfléchir convenablement.
— Tu ne savais pas. J'étais persuadé que tu savais. Que tu– Morgane, tant que nous n'en parlions pas ce n'était pas réel et je n'avais pas à être comme ça. J'étais juste Lemony. Sauf que tu ne savais pas. Je croyais que tu savais. J'étais persuadé que tu savais.
Mais sa meilleure amie voit bien, elle, qu'il ne peut pas rester allongé, que ce repas doit prendre fin un jour. Elle le relève là où lui resterait bien allongé loin de Jade.
Et, ô Avalon, il y a déjà tant de sujets à aborder, et celui-ci n'est pas terminé.
Il vient s'ajouter à la longue liste de l'année. Lemony refuse, sauf qu'il est une poupée de chiffon dans les bras de sa meilleure amie.

Il oppose néanmoins une résistance lorsqu'elle désire sortir des toilettes. Malgré le trop plein d'émotions, malgré l'altercation violente avec Jade, malgré tout ce qui lui tombe dessus...
<< Tu ne t'es pas posé la question pour les filles, mon enfant.>>
Lemony n'est pas du genre à fuir. Il reste, il fulmine, il regarde, il réplique, il encaisse, il se défait des situations inextricables en se repentant ou avec les codes des Galas, car il n'est jamais piégé que dans sa propre famille.
Lorsque les autres enfants de onze et douze ans vous trouvent snob ou insupportable, ils s'en vont. Point. Ils vous tournent le dos comme si vous n'existiez pas, parfois ne vous adressent plus jamais la parole.
Au fond, à Poudlard, ce n'est pas en cours que Lemony a le plus appris.
Il ne connaît rien des autres, rien en dehors de l'autarcie Aristocrate.
Ainsi, Lemony n'est pas du genre à fuir, mais lorsque Jade lui a envoyé en pleine figure tous ces mots, crus, qu'il rejette de toute son âme et dans lesquels il ne se reconnaît pas... la violence lui a coupé le souffle. Et sa mère a insisté, comme s'il était normal de dire à son enfant "Très bien, tu te penses homosexuel."
Le mot le brûle.
Il l'a déjà lu, bien sûr. Dans des livres médicaux, dans des traités sociologiques. Mais même dans le livre qu'Emerald lui a offert à Noël, les personnages ne l'utilisent pas, du moins pas en entier bon sang ! Gay. Homo à la rigueur. Bi. Queer. Mais pas...
Chaque fois, son visage brûle comme s'il avait été fouetté par une liane de feu.

Ce que Lemony est n'est pas acceptable et la réaction de Thylas, Thylas parmi toutes les personnes au monde, Thylas qui le soutient jour après jour, qui se fond dans les étudiants Pédouzien avec agilité et facilité, le prouve.
Les invertis sont des pervers, et même en côtoyant leurs pairs non-aristocrates, Thylas déteste ça.
Alors la nonchalance de Jade Parlambre sur le sujet, ses haussements d'épaules, qui soudain sont devenus des mots clairs, nets, comme si de rien n'était...
Bien sûr que Lemony s'est enfui.

***
Mais malgré ça, il bloque un instant la sortie des toilettes. A peine ; il ne désire pas effrayer son amie.
Sauf que, à vif comme il l'est, il ressent tout.
Et le jeune Héritier n'est pas exactement replié sur lui-même. Dès que Thylas est proche, une partie de son esprit veille sur elle. Il la sait fragile.
Un des nombreux sujets dont ils n'ont jamais parlé.
Lui a ses cicatrices sur les bras qui ont horrifié la Serpentard. Thylas a autre chose. Quelque chose qui n'apparaît que dans les placards du Manoir Darkflare ou dans les caches du Domaine Parlambre. Elle le laisse à peine entrevoir ; ça ne veut pas dire qu'il ignore.
Lui aussi sait ce que c'est que d'avoir des portes closes proches de son cœur et de refuser que mêmes ceux que vous aimez le plus au monde s'en approchent.
A raison. La stupeur me bouleverse et me force à porter un autre regard sur ces années, mais sa réaction immédiate de refus... ce besoin de me changer... Pourtant, elle n'a pas eu une parole violente, pas un geste physique pour me repousser. Elle a aussitôt voulu m'aider. Elle reste là. Je n'ai pas outrepassé ses limites... Mais pour elle, quelles sont mes limites ? Je pourrai tout accepter de sa part... je crois... non ? ... si, je n'arrive pas à penser à quelque chose...
— AH !
La migraine est si aiguë que la nausée revient, sauf que dans leurs positions... Lemony ravale la bile. Il tangue contre le chambranle de la porte, sans céder, s'arque-boute pour tenter de happer une seconde les yeux de la jeune fille.
— Attends. Qu'est-ce qu'il y a ? Tu n'es pas... tu es... ça ne va pas.

Bien sûr que ça ne va pas ; elle vient d'apprendre ce qu'est réellement son meilleur ami.
Mais ce n'est pas ce que Lemony veut dire ; excepté qu'il est véritablement embarqué à table et qu'il reprend une contenance comme il peut.
Thylas ne voudra pas le mentionner.
Il est déjà presque impossible de lui soutirer des mots là-dessus en temps normal.
Quand ils ne sont pas en Gala.
Quand ils n'ont pas onze et douze ans.
Quand elle n'est pas sur la défensive, ni en situation de fuite.
— N'empêche que j'ai vu, Thylas, marmonne Lemony contre son dos tandis qu'il tient son rôle galant et tire sa chaise pour que la damoiselle s'assoie.
Elle ne parlera pas, mais il lui signale quand même. Au cas où. Sa douleur n'est pas passée inaperçue.

***

Le regard de Jade sur la jeune Darkflare est féroce.
Toujours sous protection, mais elle a intérêt à au moins respecter le tabou.
Lemony ruisselle de sueur, à cause des vomissements, de la migraine, de tout...
— Bois, ordonne Jade en désignant son verre.
Son estomac ne résistera jamais à l'acidité du jus d'orange.

Sauf que son verre est rempli d'eau. A travers les points de la migraine, Lemony plisse les yeux.
Jade a mis quelque chose dans son verre.
Ce ne serait pas la première fois. Et il ne se souvient pas d'une seule occasion où ç'ait été un piège.
L'arrière-goût est si familier qu'il le reconnaît aussitôt et manque de fondre en larmes de soulagement.
Parfois, le monde est trop pour Lemony et regagner sa chambre lui paraît trop loin.
Alors, ce goût apparaît dans son verre et son rythme cardiaque s'apaise. Tout ce qui semble atroce devient soudain moins vital. Ses pensées ralentissent.
— Un Philtre Calmant.
Sa voix est basse, uniquement destinée à Thylas, une description de ce qui se joue. Pour qu'elle puisse suivre.
— Parfois...
Sauf qu'il ne termine pas sa phrase.
Une main tiède le lâche et tombe loin de son corps.
Son ancre dans le monde n'existe plus.

Ca a beau n'avoir duré qu'un temps infime, Lemony ne peux pas prendre le risque de le souffrir de nouveau. Entre être inverti et ne pas être apte à endurer un repas sans potions calmante, il n'est pas certain que Thylas accepte mieux le deuxième.
C'est forcément lié au premier, n'est-ce pas ?
Il est plus faible qu'une femme ayant ses vapeurs.
Il le sait.
Avec l'arrière-goût mentholé du Philtre vient toujours cette phrase. Martelée par le Précepteur.

***
A ses côtés, Thylas est si mondaine, si efficace à reprendre la situation en main que le Serdaigle a la confirmation que tout l'amour qu'il éprouve pour elle n'a pas bougé. Il est à sa place, aussi puissant et admiratif qu'avant.
Pourtant, il va falloir qu'ils parlent de cette douloureuse vérité.
Pourtant, quelque chose tire.

Mondaine. Parfaite. Remerciant Jade.
Les pensées de Lemony commencent à s'éclaircir.
Ce n'est pas Thylas. C'est l'Héritière Darkflare avec son sourire qui n'a jamais pu être moins que parfait et son masque derrière lequel il n'est pas certain que soit son amie.
Elle se souviendra de la conversation, certes.

Mais sa Thylas s'est retranchée loin, barricadée derrière des portes fermées. Des portes grandes ouvertes avant qu'il ne fonce comme un hippogriffe pour hurler sur sa mère.
Viviane ! Morgane, aidez-moi ! Que s'est-il passé dans ces toilettes, que s'est-il passé en mon absence ?

***

Jade Parlambre est une femme d'affaire.
Comme chaque être, elle a ses points faibles. Emerald en fait partie, mais en l'occurence il lui est facile de mettre sa fille aînée sur le côté et de laisser sa mesquinerie agir.
Après tout, l'enfant est presque majeure et a brûlé les ponts. Protection des Parlambre oui, et encore.
Lemony se trouve devant elle.
Le visage creusé. Les os de ses pommettes proéminents mais pas parce qu'il a grandi et perdu ses rondeurs d'enfants. Non. Parce que ses yeux sont creusés de noir et que la chair a disparu de ses joues.
Ses vêtements flottent sur lui, elle le devine. Les os de son cou saillent.
Emerald n'a pas daigné les prévenir du danger que courait son frère.
Et qu'importe son avis sur les Parlambre. La jeune fille n'a pas prévenu un adulte responsable. Soit. En ce cas, elle aurait du devenir cet adulte responsable, mais elle a abandonné l'enfant.
Sous prétexte qu'il n'est pas encore sous la forme liquide où elle le veut, extirpé du moule familial.

Jade sent ses phalanges se crisper.
Lemony... tous deux ont un lien spécial. Il remonte à...
Quelques souvenirs flashent devant les yeux de la mère, menaçant de l'embarquer. Le bébé dans le berceau à côté d'elle, et l'absence de lien complet, alors qu'elle l'avait ressenti pour sa fille.
Elle le ressentait dans son ventre, mais ce bébé soudain... elle l'a aimé si fort au moment où il a été posé sur sa peau nue après l'accouchement.
Sauf que là, elle ne ressent plus rien. Que du vide.
Et du désespoir. De l'agonie, de la culpabilité.


Douze ans après, la douleur est encore là.
Ce sont leurs proches Cracmols qui ont gentiment suggéré la piste du Post-Partum. La magie n'explique ni la chute des hormones, ni la psyché. Ces amis ont sauvé Jade et Lemony, probablement Emerald également. Elle a été suivie.
Mais la douleur d'une Dépression Post-Partum reste. Dans le creux de son estomac, Jade la ressent comme si elle n'avait jamais guéri. Une douleur fantôme.

Nul n'a jamais su, en dehors d'Onyx et de leurs amis. Pas même son propre époux. Il a vu Jade ne pas s'occuper du bébé et ne le tenir que très peu, mais après tout, pourquoi ont-ils des domestiques et des elfes ?

Malade, Jade prenait Lemony dans ses bras et pleurait tout son soûl en s'excusant de ne pas être assez bien.
Guérie, Jade a toujours pris Lemony contre elle. C'était une habitude. Ils en avaient besoin.

Est-ce qu'Elijah la blâme pour l'inversion de leur fils ?
Complètement et entièrement. Si elle ne l'avait pas tant cajolé, dorloté, jamais l'enfant n'aurait été si délicat et féminin, jamais...
Est-ce qu'Elijah va devoir accepter leur fils comme il est ?
Parfaitement. Il n'a guère le choix.
Une fois encore, la femme maîtrise ses émotions comme elle le peut.

Emerald irait peut-être mieux si Jade l'avait tout autant cajolée, enfant.
Lemony est Lemony ; il est né ainsi, il a grandi dans toute la latitude qu'elle lui a laissé, sans se poser de questions.
Jusqu'à ce qu'il se referme. Jusqu'à ce qu'il se mette à utiliser des insultes et des mots tels que Jade sentait sa baguette la démanger, et le "Recurvite" pour lui laver la bouche trop proche.

Aucun des jumeaux Parlambre ne lèvera jamais la main sur leurs enfants.

Jade observe Thylas, qui semble agréablement plus décidée à aider qu'auparavant. Elle reprend les rênes le temps que Lemony reprenne pied, se montre bien plus respectueuse –non pas que Jade lui eûsse causé du tort si elle avait continué sur sa lancé. Elle a été à la place de cette jeune Serpentard, furieuse et seule avec sa rage.– et leur permet enfin d'avancer.

La femme sourit devant la position très adulte soudain, tasse de thé portée aux lèvres... Elle décide de jouer le jeu le temps que sa décoction fasse effet.
— J'ai bien peur qu'avec l'impulsivité qui est vôtre, et vos convictions impossibles à réprimer, vous ne puissiez jamais véritablement savoir à quoi vous attendre. Vous êtes un élément chaotique.
Jade est semblable à son fils en ce qu'elle voit régulièrement défiler derrière ses rétines des scènes du passées.
Cette fois, ce sont des anniversaires immuables, des soirées où l'on attendait sa grandeur, des repas silencieux.
— Bouleverser les situations n'est pas un mal, mais il faut savoir endurer les conséquences, jeune Thylas. Maintenir votre position.
Oh, Jade se doute que l'adolescente n'appréciera absolument pas ses conseils ; elle est pourtant sincère. La fuite ne dure qu'un temps, et parfois les adversaires se prennent du plaisir de la chasse.
Cela, elle ne le dira pas à une fillette de onze ans. Déesse, elle est plus jeune encore que Lemony ! De quelques mois à peine puisque son enfant est né en novembre, mais tout de même.

— Pour répondre à vos questions, bien que je vous aies laissé la possibilité d'entendre ce qui s'est dit en votre absence, cela mène à ce que je ne sois plus jamais appelée ainsi en urgence pour trouver mon enfant dans un tel état. J'ai trop longtemps laissé la situation s'aggraver, laissé Lemony se convaincre que ses manières définissaient entièrement sa personnalité.
— Le sujet est clôt, grince Lemony entre ses dents. Vous vouliez en parler cartes sur table ? Oui, je suis faible car je suis efféminé, non je ne peux pas endurer les mêmes choses que les autres à cause de mon inversion, et oui, je sais que ma perversion–
— Ô, Dame du Lac, qu'ai-je fais pour avoir deux enfants aussi bornés l'un que l'autre ? Mettons-les choses au clair, Lemony. Ce n'est pas une inversion, c'est une orientation amoureuse. Un goût, si tu préfères. Quant à ta façon d'être, elle se rapproche des femmes, et cela te rend méprisable, n'est-ce pas ? Qui donc t'a enseigné une telle ineptie ? Puis-je savoir ce qu'il y a d'insultant dans le féminin ? Tu aimes Thylas, penses-tu qu'elle soit plus faible que tous les autres ? Tu m'as choisie pour venir plutôt qu'Onyx ou Elijah, et pourtant je suis une femme, je ne dois pas être si démunie et méprisable, n'est-ce pas ? Et– non tais-toi, mon enfant– la seule réponse que je veux est : qui donc t'a appris ce panel d'insultes et pourquoi penses-tu que tu es un pervers dépravé, alors qu'à dix ans, tu n'avais certainement pas assez de connaissances pour même savoir ce qui se cachait derrière ces mots !

Et si je le puis, tu continueras à en ignorer la majeure partie durant des années.

Heureusement que Jade a pris l'initiative du philtre, car l'enfant est blême et semble prêt à s'évanouir... Où à lui sauter à la gorge.
Or, Jade elle-même sent qu'elle ne maîtrise plus la situation. Elle est censée l'aider, il l'a faite mander. Elle.
Dans ses bras, Lemony a toujours été en sécurité.
Sauf chacun de ses mots le blesse. Elle le voit se rapprocher de Thylas. Elle perçoit la fêlure.
— Nous en reparlerons. Je reviens, à mon tour, et lorsque ce sera le cas... Je veux que tu me dises ce que tu n'as pas réussi à formuler du repas. Par ma faute, ma mauvaise interprétation, quoi que, Déesses, Lemony, ton hostilité sur ce sujet ne me rend pas les choses faciles et tu ne peux me blâmer d'avoir voulu briser cette bulle de verre afin que tu respires.

Tais-toi, Jade, ordonne la voix d'Onyx à son oreille.
En effet.
Se taire. Croire son enfant lorsqu'il assure que ce n'est pas à l'origine de son état actuel.
Est-on damnés à reproduire les schémas parentaux ?
Lorsque Jade a eu le plus besoin de ses parents à cause de symptômes éparses, elle n'a pas été écoutée. "Grossesse" ont-ils décidé. "Pensionnat en Suisse."
Vient-elle de le faire souffrir de façon semblable ?

En ce cas, elle ne peut que laisser Thylas réparer les dégâts.

***
Lemony regarde sa meilleure amie.
Il est trop épuisé pour que toutes les nuances du discours de sa mère aient pénétré dans son esprit.

Ce qui est sûr, c'est que le discours sur le mépris de ce qui est lié aux femmes lui fait l'effet d'une poêle chauffée à blanc sur son visage.
Certes, le garçon est livide et proche de tourner de l'oeil, mais la honte le rend également écarlate.

— Je.
Le sexisme de toutes ses pensées, tout son discours, sur les vapeurs, sur l'hystérie, sur sa faiblesse parce qu'il ressemble à une femme...
— Je te présente mes excuses. Je n'ai jamais fait le lien. J'ai toujours... Thylas, tu sais que tu es la personne que j'admire le plus au monde, n'est-ce pas ? Tu es forte, tu es brillante, et tu es ce que– tu es ce que j'ai de plus précieux– je veux dire– tu es... jamais je ne t'ai méprisée.
Il regarde sa meilleure amie avec un oeil nouveau. Ses traits, ses longs cheveux qu'il envie (ce n'est pas pour rien qu'il laisse pousser les siens depuis septembre), ses vêtements...
— Tu es belle. Et Jade... bien sûr que... tout ça n'a plus aucun sens. Tu n'es même pas maniérée comme moi. Je ne connais aucune jeune fille qui me ressemble exactement et... j'entends depuis mes six ans que je suis effeminé. Je n'ai jamais vu... la violence que ça représentait envers les femmes. Le souci, c'était moi, mes manières, mes désirs, mon comportement. Je n'ai jamais relié ça consciemment...
Mais d'autres l'ont fait.
Lemony est assez éduqué concernant le sexisme et la misogynie pour savoir que son comportement est honteux parce qu'associé aux femmes.
Ce sont des hommes qui le lui ont assené.
Des hommes qui ne peuvent que mépriser les femmes, qu'ils l'admettent à voix haute ou non.

Il respire, lentement.
Tente de séparer les choses.
— Je –te l'ai dit– ces manières sont un indicateur mais– elles ne t'ont jamais dérangé, parce que– c'est juste moi.
L'air se coince dans sa gorge.
Pourtant, sa cage thoracique se desserre.
Il a devant lui des nuits d'insomnies ; pour autant il va pouvoir séparer et compartimenter.
— Pourtant, je suis bel et bien comme ça. Est-ce que tu voudras toujours de moi à tes côtés ? Même si je resterai ainsi à jamais ? Est-ce que... mon contact te révulse, désormais ?

Dire la vérité à Thylas avait été dur parce qu'il fallait énoncer des mots qu'il refusait vrais. Au moment où il était convaincu qu'il ne lui apprendrait rien, simplement que désormais ils ne pourraient plus faire semblant.

Poser ces deux questions ?
Lemony a l'impression qu'il pourrait gagner sa répartition à Gryffondor juste là, tout de suite.
Parce qu'il n'a jamais eu à rassembler autant de courage et de force pour poser ces deux questions.
Et il n'a jamais été aussi tétanisé en attendant une réponse.
Pas même celle concernant sa filiation.
Est-ce qu'il a perdu Thylas ?



Livre – Fanfiction
Une Lueur dans l'Ombre
Chroniqueuse VIPère
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Serpentard
2e année
Titre : Re : Lever le voile sur la réalité
Créé : 02/01/2026 à 00:23:15

Thylas resta immobile un court instant, tasse de thé portée à ses lèvres comme si la chaleur familière pouvait contenir le tumulte qui se déchaînait en elle. Sous la porcelaine délicate, ses doigts étaient légèrement crispés. Tout à l’intérieur, s’entrechoquait car les mots de Lemony, les images ramenées malgré elle par sa mémoire, les enseignements trop rigides de son enfance et surtout cette peur nouvelle qu’elle n’avait jamais connue sous cette forme. La peur de mal faire, la peur de dire un mot de trop… ou pas assez, la peur de le perdre parce qu’elle ne saurait pas être exactement ce qu’il attendait d’elle à cet instant précis.

Elle prit une gorgée lente et mesurée, puis une seconde. Son sourire, lui, resta en place pet arfaitement ajusté. C’était le même que celui qu’elle portait depuis toujours et elle s’y raccrocha comme à une bouée. Si elle laissait paraître la confusion, si elle montrait le moindre doute, alors Lemony pourrait croire qu’il avait déjà trop demandé et cette idée lui serra la poitrine.

Elle leva les yeux vers lui attentive et présente en apparence. Elle l’écouta parler, s’excuser, se justifier, chercher désespérément à ne pas être rejeté. Chaque mot la touchait plus qu’elle ne l’aurait admis. Elle sentit très distinctement ce glissement dangereux... et si elle n’était pas capable de l’aider? Et si son silence, ses hésitations, devenaient une preuve qu’elle n’était plus un refuge? Elle se détesta presque de ne pas savoir quoi dire immédiatement, de ne pas avoir une réponse claire, évidente et rassurante.

Elle choisit ce qu’elle savait faire le mieux ou du moins, la version d’elle que tout le monde connaissait.


Tu n’as rien à te faire pardonner, vraiment.

Elle posa sa tasse sur la soucoupe avec un cliquetis discret puis joignit ses mains devant elle. Ce geste précis et élégant était une armure. Entre eux, quelque chose se referma doucement, une barrière invisible, fine et silencieuse. Pas pour s’éloigner de lui, non mais pour ne pas s’effondrer et pour gagner du temps.

Je vais avoir besoin d’un peu de temps, pas parce que tu as fait quoi que ce soit de mal, mais parce que… j’assimile lentement, tu me connais.

Elle parlait vrai, sans tout dire. A l’intérieur, elle se débattait avec cette angoisse nouvelle... et s’il comprenait qu’elle ne savait pas encore comment l’aider? Et s’il décidait que ce n’était pas suffisant?

Tout ce qui est nouveau doit faire quelques détours avant de trouver sa place dans ma tête.

Elle haussa les épaules, cherchant à alléger l’instant et à ramener le terrain sur quelque chose de familier et de sûr.

Et puis, si je comprenais tout immédiatement, ce ne serait plus moi. Ce serait presque suspect.

Un bref éclat de malice passa dans son regard, volontairement placé comme un rideau tiré devant la panique qui menaçait.

Quant à ton contact, rassure toi, je ne me suis pas soudainement mise à craindre une contamination mystérieuse en buvant mon thé. Ce serait très contrariant, surtout que je n’ai pas d’antidote sous la main.

Elle but une nouvelle gorgée, s’accrochant à cette normalité feinte. Faire comme avant, parler comme avant. Tant qu’elle le pouvait, tant que cela le maintenait près d’elle.

Je suis là, Lemony, reprit elle plus doucement. Je l’ai toujours été et je le resterai toujours.

Ce toujours résonna en elle comme une promesse et comme une prière. Elle ne précisa pas ce qu’elle n’était pas encore prête à comprendre, ni les peurs qu’elle enfermait soigneusement derrière ce sourire. Elle ne voulait pas qu’il sache qu’elle avançait à tâtons et qu’elle craignait de ne pas être à la hauteur de ce qu’il traversait.

Pour le reste… on en parlera quand tu voudras. Quand tu te sentiras prêt et si tu préfères parler d’autre chose, je peux aussi te raconter pourquoi ma mère déteste la tarte au citron alors qu’elle la sert à chaque réception officielle. Une vengeance passive très mal exécutée, à mon avis.

Elle inclina légèrement la tête comme pour l’inviter à respirer et à rester.

Quoi que tu choisisses, je te suivrai.

Thylas reprit sa tasse, mondaine, agréable et parfaitement à sa place. Sous cette façade, elle rangeait en silence sa peur la plus récente, celle de perdre Lemony non pas par rejet mais par ignorance, par maladresse et par incapacité à dire les bons mots au bon moment. Alors, pour l’instant, elle fit ce qu’elle savait faire. Elle sourit, elle plaisanta, elle resta et espéra que cela suffirait, le temps qu’elle apprenne comment l’aimer sans le perdre.

Bienfaiteur du WHP
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Serdaigle
2e année
Titre : Re : Lever le voile sur la réalité
Créé : 05/01/2026 à 01:51:39

Parmi les leçons que Lemony a appris cette année, la différence entre la vie au Domaine et la réalité est prédominante.
Les règles des Galas sont bien différentes des codes sociaux, or tous les jeunes Sangs-Purs l'ont compris bien avant lui, s'y sont adaptés sans difficulté.
Quoi que. Un instant, il songe à Gwendolyn. Non, la jeune Lady Jenkins n'a pas encore eu cette réalisation. Pour autant, être relativement isolée ne semble pas l'affecter et elle n'a pas cette capacité à provoquer des blancs dans les conversations que Lemony semble posséder.

Ce qui ramène Lemony au Domaine, sans cesse, c'est ce souvenir des Galas, cette facilité à se glisser dans toutes les festivités, à savoir exactement où se trouve sa place, à mettre ses interlocuteurs à l'aise...
Toutes les tâches mondaines ne lui plaisent pas, et son enfance entre les périodes fusionnelles de Jade et Onyx et celles où les jumeaux se déchiraient, emportant avec eux destruction et semant la violence n'ont pas été idylliques.
Les Précepteurs... A présent que Jade a quitté la table, l'Héritier Parlambre caresse d'un doigt la plus longue cicatrice blanche, la plus vieille, celle qui s'est étendue sur sa peau de bébé dès ses quatre ans et crée des stries en grandissant.
Sous ses doigts, il sent aussitôt os et tendons. La peau blêmit et marque trop longtemps. Morgane, qu'il a été stupide de prier pour que Jade ne remarque pas. Il n'a pas réalisé à quel point le gras a quitté sa chair. Et, contrairement à ses camarades, il n'a pas grandi.

Lemony ne désire pas retourner au Domaine par facilité. Il sait que le prix à payer sera lourd, il sait qu'il sera loin de Moira et Luyana. Il sait qu'au quotidien, il n'aura plus Thylas, alors qu'ils ont tous deux plus besoin l'un de l'autre que jamais.
Il doit y retourner pour survivre. Même sous l'emprise du Philtre Calmant, l'idée de passer encore six ans dans le Château le tétanise et accélère ses battements de cœur. Chaque soir, mettre un pied dans la Tour des Serdaigle, pas si bruyante au quotidien mais devenant atrocement douloureuse après une journée bousculé, après la Grande Salle, après les cours, le met en sueur.
Combien de nuit a-t-il passé dans l'enclos d'Ostara ? Trop.
Cela, Thylas n'en sait rien... et il va devoir le lui dire avant que Jade ne revienne.

Seulement, le garçon n'est plus sûr que ce soit possible.
Parce que si Lemony est aussi épanoui lors des Galas, c'est qu'il excelle à ses codes. Il les connaît par cœur. Il les adore : ils sont fascinants à décrypter, il a lu tant de livres, étudié la sociologie, voire les compte-rendus des plus célèbres, comme ceux des Mangemorts pour recruter ; ceux des deux branches de la famille Black... jusqu'à ceux de l'ère Elisabéthaine où les complots se nouaient à tout de bras.
En bref : Lucifer connaît chaque geste, chaque signification.
Et Thylas ne va pas bien.
Thé porté aux lèvres trop souvent : se donner une contenance. Doigts crispés, visible à la peau trop blanche autour de la anse, quoi que pas assez pour briser la tasse.

Il a déjà vu sa meilleure amie dans cet état.
Au Manoir Darkflare, lorsque ses parents s'adressaient à elle.
Au Domaine Parlambre, lorsqu'elle redoutait de déclencher un incident diplomatique, malgré le nombre infini de fois où Lemony lui expliquait que cela ne risquait pas d'arriver.
Les enfants sont de tels facteurs aléatoires que, pour que les Parlambre se déclarent outragés par l'attitude de l'un d'entre eux, il faut une faute vraiment grave.
Certains des plus grands noms ont renversé leurs plats en sauce sur les robes de Jade et d'Aliénor sans qu'il n'y ait absolument aucune conséquence ! Les dames ont même réconforté les enfants les plus tremblants.
Quelques petits imprudents ont tenté de s'introduire dans le bureau d'Onyx, et c'est l'unique fois où l'incident diplomatique a été frôlé. Désamorcé par du Veritaserum pour prouver qu'il ne s'agissait pas d'une tentative d'espionnage, mais d'un défi idiot.
D'après les petites phrases pas si anodines de la jeune Lady concernant l'habitude tirée des Borgia d'empoisonner leurs invités, elle a toujours bien plus été en sécurité une fois passé le portail du Domaine que chez-elle.

"Est-ce ainsi que cela va être, à présent ? Tendue par ma présence, prenant sur elle pour dissimuler que je la révulse... Me garder en tant qu'Allié, mais réprimer son écoeurement vis à vis de moi. Déesses, je ne pourrai le supporter."
Sous un calme étrange qui le fait se tenir parfaitement droit, malgré des chevilles trop laxes qui bougent sous la table, masque de marbre indifférent et presque dissocié de ses émotions, Lemony avertit d'une voix factuelle :
— Je ne veux rien d'autre que la vérité. Je te l'ai déjà dit, je ne pourrai me contenter d'une camaraderie de surface. Je ne supporterai pas les miettes d'une amitié perdue. Les fêlures, elles arrivent, elles se réparent, mais la profondeur du temps et de l'amour que l'on porte à l'autre reste. Je ne veux rien de moins que ce que nous avons toujours partagé.
Il s'agite un peu, pliant et repliant ses orteils, secouant légèrement ses poignets. Rien que cela l'agace.
Ce sont les effets secondaires du Philtre Calmant. Un contrôle amoindri sur ses manières, et une langue un peu trop déliée, alors qu'il n'est plus exactement en contact avec ses émotions directes.
Jade a dosé plus fort que d'habitude.

Thylas répond d'un ton incroyablement mondain.
Son jeu avec sa tasse de thé indique à Lemony tout ce qu'il a besoin de savoir.
La façon dont elle joint les mains également.
Ils sont amis depuis qu'elle a trois, quatre ans ? Elle tenait alors à peine sur ses jambes, avait toujours sa démarche un peu maladroite. Ce sont des fragments de souvenirs, mais ils défilent suffisamment rapidement dans l'esprit du jeune Parlambre pour former un tout.
Si Thylas croit qu'il ne connaît pas au moins la moitié de ses ressors protecteurs, alors les huit mois passés à part ont véritablement altéré sa mémoire.
Elle a pleuré sur son épaule durant des heures parfois, l'oublie-t-elle ? Il a caressé ses cheveux tandis qu'elle se renfermait et prétendait que tout allait bien, jusqu'à ce qu'elle se détende enfin et lâche quelques mots qui pouvaient permettre à Lemony de l'aider au moins un peu.
— Si je n'ai rien à me reprocher, pourquoi es-tu plus distante que... Morgane, tu parles de mes masques mais je pouvais au moins les laisser glisser pour te laisser voir ma sincérité ! Tu refermes toutes les prises, toutes les failles de ton armure. Je n'ai "rien à me reprocher", mais tu ne me laissera pas te toucher.
L'amertume est perceptible dans son ton, dans sa voix.

Mais, ô, heureusement pour tous deux, la réponse de Thylas dissipe la terreur du rejet de Lemony.
Il savait qu'elle mettrait du temps à encaisser : il s'attendait à ce que ce fut par rapport aux non-dits qui explosaient... Mais elle découvre un nouveau pan de lui. Qu'elle soit perturbée n'a rien d'étonnant.
Au contraire, c'est si familier, si Thylas, que le visage de Lemony s'illumine et qu'un gloussement heureux lui échappe.
Ce dernier est uniquement dû au Philtre qui anesthésie ses propres barrières, mais les yeux du garçon pétillent de joie, de soulagement.
Ils sont en terrain familier. La tension après une dispute, les blagues pour alléger l'atmosphère, la promesse de jours plus doux à venir.

***
Si le sujet en question n'avait été aussi douloureux, Lemony entraînerait volontiers Thylas vers un autre sujet, comme il sent qu'elle en a besoin.
Mais il fait lui-même face à ses propres peurs, à la honte poisseuse qui lui donne envie de se gratter la peau jusqu'à l'arracher...
Et le besoin, nouveau, de parler. Enfin. De raconter à quel point il souffre au quotidien de cette douleur étouffante, du dégoût qui l'empoisonne, des mensonges.
De la peur irraisonnée que n'importe quelle jeune fille à laquelle il s'adresse soit séduite par lui, de la peur irraisonnée d'être séduit par n'importe quel jeune homme.
De la façon dont la tête lui tourne lorsque cela se produit. Du jeune homme rencontré en Australie, l'hiver dernier.

La façon dont ils s'étaient identifiés l'un l'autre comme invertis en un regard. La façon dont ils s'étaient regardés par-dessous leurs cils, le magnétisme qui les attirait.
La journée passée ensemble. Dakota avait été... humain. Plein de promesses de défauts et de qualités, de l'âge de Lemony qui s'était autorisé, quelques heures, à être attiré en prétendant que c'était normal.
Qui avait été perturbé par la façon dont c'était aussi simple. Dakota était un garçon dont Lemony aurait pu tomber amoureux, s'ils avaient eu plus de temps, si Elijah n'avait pas...
Oh, Elijah.
Lemony, qui sirote son propre thé pour ne pas déverser à Thylas une vie d'inversion (quoi qu'en dise Jade), manque d'en lâcher la tasse de porcelaine. Il ne sait comment il la rattrape, mais le thé tiédi se renverse partout, l'éclaboussant sans qu'il n'en ait que faire.
— Mon père... murmure-t-il.
Dire ces mots devant Thylas est toujours particulièrement étrange. Elle sait qu'il doute que l'homme soit véritablement son père. Le comportement de Jade ces dernières heures modifie néanmoins sa perception. De sang ou non, elle est sa mère, qu'elle l'ait ou non adoptée pour sauver le mariage d'Onyx.
— Elijah... m'effraie, Thylas. Je suis navré, je devrais te laisser encaisser mais je dois te le dire car si Jade a décidé de briser ce qu'elle appelle bulle de verre, qui pour prédire où elle le fera ensuite ? Si Aurum et Quartz n'en ont que faire, si Onyx s'en tiendra à un sourire moqueur... Elijah a voulu– lorsque ni Jade, ni Emerald ne sont là... il exsude la violence. Il voudrait me frapper jusqu'à ce que je redevienne normal... ou pas. Il voudrait me frapper rien que pour le plaisir de me faire souffrir parce que je suis maniéré... et inverti.
Il y a une sorte d'urgence dans ses chuchotements vifs et précipités, que le calme du Philtre ne parvient pas à entraver.

Il agit pourtant toujours, car le garçon est capable de revenir sur ce qu'a dit sa meilleure amie avant qu'il ne songe à cet homme dont il commence à redouter la présence.
— Prends tout le temps qu'il te faut. J'ai eu douze ans, et je refuse toujours que ce soit la vérité, je ne peux te blâmer.
L'amertume, c'est une chose mais vraiment, est-ce que ses pensées intimes sont obligées de passer la barrière de sa langue sans son autorisation ?
— Le changement fait peur, réplique-t-il en reprenant une pause bien familière, adossé contre le dossier de sa chaise, jambes croisées, tasse de thé (certes vide) entre les doigts. Tu sembles perturbée par ce mode de fonctionnement pourtant commun à tous les humains. Nous devons tous laisser décanter pour nous habituer au changement, nous avons tous un rejet initial lorsqu'une situation stable et confortable se meut.

La légèreté de Thylas, ses blagues qui suivent une dispute, sont normales.
Mais des clochettes d'alarmes sonnent dans l'esprit de Lemony. En arrière plan.
Elles tintent depuis qu'ils sont sortis des toilettes, et là où il devrait poser sa main sur celle de sa meilleure amie pour lui assurer que, Morgane les protège qu'elle change un jour... eh bien, le passage sur la contamination fait plus mal que prévu car il en a connu, des mères ou des gouvernantes qui lui interdisaient de rester seuls avec leurs enfants plus jeunes, comme s'il allait les pervertir de sa simple présence.

Sauf qu'au moment où il ouvre la bouche pour en parler, les clochettes tintent de plus belle, l'immobilisant.

***
Son esprit va toujours très vite.
Ses pensées s'étaient arrêtées quelque part, plusieurs minutes en amont... ô rage, l'instant lui a échappé.
Pourtant, il s'agissait d'une chose importante. Primordiale. Il doit la retrouver.
Pas Elijah. Pas Jade. Rien à voir avec lui-même.
Thylas, et ce lien qui les relie, qui fait que Lemony est toujours en train de veiller sur elle.
Quelque chose.
La tasse de thé.

Les toilettes.
Oui, il a remarqué que ça n'allait pas. Il lui a dit, même. Il est certain qu'elle l'a entendu, bien qu'elle fasse mine de l'ignorer.
La tasse de thé.
La mondanité envers Jade.
Le fait qu'elle se soit retranchée.

Son affolement sur sa propre situation désamorcé, Lemony est capable de se focaliser un peu plus sur la jeune fille.
"Elle s'est retranchée au fond d'elle-même, et je ne suis pas certaine qu'elle soit réapparue, même avec le départ de ma mère. J'ai devant moi la Thylas mondaine. Elle ne me fait pas confiance pour ne pas la blesser. Et si elle cherche à me faire rire... c'est qu'elle m'aime assez pour tenter de surtout ne pas me paniquer.
Ces derniers mois, je ne suis pas allé la chercher. Notre relation était fragile, j'étais engourdi... pourtant cette fois... Cela tire. Je sens que ce n'est pas une simple souffrance qu'elle peut assourdir le temps de s'habituer. Et je la crois, quand elle m'assure qu'elle va s'habituer. Ce n'est pas de la souffrance de me savoir inverti."


Lemony la laisse déblatérer sur la tarte au citron de sa mère. Oui, elle est délicieuse.
— Ai-je véritablement envie de connaître cette histoire ? Je crains de ne plus jamais pouvoir en manger à présent. Déesses, Thylas, tu as dit que l'on s'empoisonnait après le dessert, pas pendant !
Fichu Philtre.
Son état a dû terrifier Jade, parce que non seulement les effets perdurent, mais sa langue est bien trop déliée et il aborde avec légèreté des choses sur lesquelles il n'aurait jamais su plaisanter autrement.

Dans le même temps, ses yeux sont inquisiteurs. Il ne lâche pas sa meilleure amie du regard, vérifie chacun de ses gestes pour trouver la solution de l'énigme.
Il n'a jamais su décoder l'aigle des Serdaigle ; sauf qu'il trouvera pour Thylas. Elle en a besoin.
"Je refuse de la lâcher. Risque-t-elle de me mordre, de tenter de me blesser si je m'approche trop ? J'ai toujours été l'exception, le seul à pouvoir plonger aussi loin dans ses émotions. Bien que c'eût été avant mon imbécilité de l'année, depuis nous avons trop partagé pour que le lien ne soit pas en partie réparé."
Il se revoit lui confier la vérité sur le Précepteur, lui montrer ses cicatrices.
Il n'en dormait plus, or partager ce poids a aidé. Thylas était choquée, signe que même avec une éducation stricte, c'était anormal. Elle l'a cru sans hésiter. A tout fait pour qu'il aille mieux.
Elle est venue aujourd'hui. Elle semblait aller bien.

Lemony en hurlerait de frustration.
Reprendre. Ecouter.
— Je veux connaître l'histoire derrière cette tarte au citron.
Chez les Darkflare, chaque détail compte. Chaque histoire se lit sur au moins trois niveau, et si l'on cherche, les adultes narrateurs glissent des allusions perverses à la maltraitance ou aux complots au nez et à la barbe de tous, ravis que nul ne comprenne les allusions tandis qu'ils blessent les leurs.
Mais c'est surtout l'occasion de décoder plus encore le langage physique, si mondain, de Thylas.

Ce que voit Lemony, c'est toujours la même chose.
Elle n'est pas exactement là.
Elle laisse la mémoire du corps parler, mais elle s'est retranchée. Il doit y avoir un mot médical pour qualifier la dissociation de l'esprit et du corps comme mesure de protection.
Parce que ça n'a rien de sain, et que Lemony veut que Thylas revienne tout de suite.

Il exhorte son cerveau à trouver la réponse, à comprendre ce qui a pu la blesser au point de la faire fuir.
La jeune fille a mentionné qu'un mariage arrangé entre eux serait semblable à de l'inceste.
Ce n'est pas la première allusion à d'éventuelles épousailles. Ils ne sont pas amoureux l'un de l'autre.
Ah, oui. Quelque chose d'important dont il doit lui faire part :
— Selon Jade, je puis être attiré par les filles et n'y ai jamais réfléchi car l'on m'a trop mis en tête que j'étais... bien trop féminin pour être autre chose qu'une pédale. Son idée ne démérite pas, certes. Mais la raison pour laquelle je suis certain que ma mère se trompe... si j'avais dû tomber amoureux d'une fille, il y a eu plusieurs candidates.
Gwen Jenkins est celle qui achève de le convaincre, car leurs discussions ont toujours été passionnées, avec juste ce qu'il faut de défi chez la jeune Lady qui lui tient tête, tout autant de compassion, et des compliments sur sa personne.
Tout en continuant d'analyser l'Héritière Darkflare, Lemony secoue la tête.
— Pour autant, Thylas... si cela avait été possible pour moi, j'aurais questionné notre lien depuis longtemps. Je me serai demandé comment je pourrai un jour tomber amoureux, puisqu'aucune autre fille ne pourra jamais être toi. Et, Morgane, ce raisonnement– Personne ne pourra être toi. Construire une relation amoureuse sera probablement particulièrement compliqué, car tant que tu seras là, tu feras partie de ma vie, et un partenaire devra s'y faire.
Il songe à Dakota.
A son sourire. A son humanité. Il n'y a jamais eu aucune comparaison avec Thylas. Aucune ressemblance entre un béguin pouvant évoluer en sentiment amoureux, et cet amour puissant et profondément ancré en lui, indélogeable quoi qu'il advienne.
— Je t'aime d'un amour qui ne peut pas porter de nom. Je n'ai de mots ni en français ni en anglais pour y poser une étiquette, un statut. Mais si j'avais été attiré par les filles, nul doute que ce terrain inconnu m'aurait perturbé et que je me serait posé la question. Tu n'as aucune idée de ta véritable valeur, n'est-ce pas ? Ni de celle que tu revêt à mes yeux, ni du fait qu'être né dans le même siècle que toi est simplement... extraordinaire.
Et le lien tire toujours plus fort. Il aurait besoin de son contact, mais malgré toute l'assurance de la jeune fille qu'elle ne flanchera pas, qu'elle n'aura aucun mouvement de rejet... Lemony n'ose pas.
Lui a un mouvement de rejet face aux invertis, et il appartient à leur groupe. Il y appartient tant qu'il s'est mis en colère lorsque Thylas a proposé de l'en retirer (certes, par terreur et parce que les sévices subis par ses pairs se rapprochent bien trop des sévices subis par les jeunes Cracmols) et lorsque Jade a suggéré qu'il n'en était peut-être pas un.
Etait-ce la douleur de ne pas être cru... ou le fait que pour tous ses sentiments, une partie de lui est attachée à ce qui fait son identité ?
— Oh, Morgane... la tête me tourne. Je...
L'hypoglycémie n'a jamais été aussi forte.
Mais tant que Lemony n'a pas résolu ce qui se passe avec son amie, et la raison pour laquelle elle est repliée trop loin de lui, il n'ose faire intervenir aucun serveur pour récupérer du thé ou quelques autres biscuits.
Le bol de sucres le nargue ; par étiquette, il s'abstient d'en lécher un cube. En mettre un dans sa bouche serait une solution s'il ne détestait pas autant la texture du sucre mouillé qui se disperse sur sa langue.

Un étau compresse ses tempes. La lumière mixte entre bougie et journée ensoleillée lui brûle les yeux.
Ses tempes bourdonnent.
— Toi. Je te choisis toi.
Lui dire.
L'atteindre, avant qu'elle décide de fermer plus de portes encore.
— Je te choisis toi, et je sais très bien qu'il se passe quelque chose. Je ne sais pas quoi. J'ai peur que tu te coupes de moi plutôt que de m'en parler. Ne fais pas ça. J'ai fait cette erreur en début d'année. On en a terriblement souffert. Je suis dans un état pitoyable, c'est probablement uniquement ma faute... je n'avais qu'Ostara. Combien de nuit ai-je passé à dormir dans la Valise ? Je ne manger plus dans la Grande Salle... Et je dors sur le coussin de mon chat. Tu ne m'aurais jamais laissé faire, n'est-ce pas ? Alors tu m'as. Ne me coupes pas de toi. Je t'aime tellement. Je serai là quoi qu'il arrive. J'ai déjà–

Il se sent glacé de l'intérieur, à bout de forces.
Vomir a été une catastrophe pour son corps mis à mal.
L'hypoglycémie pousse à trop parler, mais avant que Lemony puisse révéler quoi que ce soit sur ce qu'il a envisagé concernant le futur de Thylas, eûsse-t-elle besoin de se couper des Darkflare, son corps à bout de forces lâche.

***

Combien pèse le petit garçon ?
Jade a observé depuis l'extérieur, déterminée à ne pas intervenir. C'était inutile tant que les deux enfants n'avaient pas mis les choses au clair entre eux.
Thylas et Lemony peuvent être imperméable au reste du monde s'il y a quelque chose qui les perturbe chez l'autre, elle en a déjà fait l'expérience plus d'une fois.

Parfois pourtant, la vie décide à votre place.
Elle a laissé Thylas répondre à son enfant le plus possible, elle a laissé Lemony parler et profiter du Philtre Calmant pour exprimer des choses primordiales.

Au moment où le corps s'apprête à glisser à terre, les mains fermes et expertes de Jade le rattrapent. Elle glisse dans sa bouche une fiole qu'elle n'aurait jamais imaginé utiliser sur son fils.
Une solution de survie, à goulot protecteur, faite pour sauver les vies sur des champs de bataille ou si l'on retrouve des êtres dans des milieux extrêmes. Avalanches, prise d'otage, errance dans le désert...
— Oh, mon amour.
Les pores de la peau sont recouvertes de sueur. Elle sent les os sous ses doigts.
— Nous avons... deux minutes avant qu'il ne reprenne conscience. Ensuite j'irai commander un bouillon et des fruits secs, son ventre devrait le supporter. Je ne te fais aucun reproche, Thylas. Je voudrais savoir depuis quand Lemony est dans ce refus alimentaire, et si c'est parce qu'il se trouve trop gros, parce qu'il refuse de voir son corps changer, parce qu'il redoute d'entamer sa puberté, pour se punir. Tu ne le trahiras pas en me parlant. Tu l'aideras. Et quoi qu'il pense au départ... Il le comprendra. Je ne te demande pas de me transmettre son message, simplement une date approximative... et uniquement ce que tu sais de son trouble alimentaire.
La mère repousse une mèche collée par la sueur du front de son garçon avec une tendresse infinie. Ils sont si longs, ces cheveux que l'été rend roux.
Il n'a jamais eu droit de les laisser pousser. Elijah refusait parce que ce n'était pas viril, Jade parce qu'un Héritier doit être soigné en tout temps.
Et la première chose qu'il a faite en quittant la maison est de les laisser pousser. Si c'est ce dont il a besoin... Elle l'embrasse sur la tempe.
— Personne à Poudlard n'a su l'aider, Thylas. Je suis l'adulte responsable qu'il a appelé à la rescousse. Et je répondrai à cet appel. Qu'importe que tu te défies tes Parlambre. Fais confiance à Lemony... Mes parents m'ont fait endurer de terribles choses. Je serai la mère qu'il faut pour lui.
Le ton de Jade est doux, calme, et ses gestes infiniment aimants. Elle a dressé une bulle autour d'eux qui empêche quiconque de voir ce qui se passe ; personne ne peut y entrer, mais tous peuvent en sortir. Ce n'est pas une prison, c'est une sécurité.
Parce que les Parlambre doivent rester mystérieux, et que nul ne voyant la femme ainsi n'ignorerait plus que Jade est, tout simplement, humaine, et une mère qui n'a absolument rien à voir avec la plupart des mères Sang-Purs.
Elle n'a plus rien de dangereux, et ses yeux posés sur Thylas sont aussi doux que pédagogues. Respectueux, et sans aucune intention cachée.

Jade apparaît à la jeune fille comme elle a maintes fois exigé que Lemony le fasse.
Sans aucun masque. Et avec tout l'amour et la vulnérabilité que contient un être humain.



Livre – Fanfiction
Une Lueur dans l'Ombre
Chroniqueuse VIPère
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Serpentard
2e année
Titre : Re : Lever le voile sur la réalité
Créé : 08/01/2026 à 19:15:55

Thy est à deux doigts de s'enfuir lmao
Thylas n’avait presque pas bougé durant tout ce flot de paroles. Elle avait écouté sans l’interrompre une seule fois, sans chercher à diriger et sans même tenter d’alléger comme elle le faisait d’ordinaire. Sa tasse de thé était restée oubliée entre ses mains, refroidissant peu à peu, tandis que chaque mot de Lemony s’accumulait en elle comme une vague trop grande pour être contenue. Elle avait suivi ses phrases, ses détours, ses peurs et ses aveux avec cette attention tendue qui lui faisait parfois légèrement pencher la tête comme pour ne rien perdre. Lorsqu’il parla de la Grande Salle, d’Ostara et des nuits passées ailleurs, quelque chose se serra dans sa poitrine. Elle ne montra rien et elle se contenta d’inspirer plus lentement et de hocher très légèrement la tête comme pour lui signifier qu’elle entendait et qu’elle retenait. Elle ne savait pas encore quoi faire de ces informations mais elle les gardait précieusement comme on garde un secret confié trop tôt pour être compris...Et puis tout alla trop vite. Le changement fut brutal et presque irréel. La phrase inachevée, la pâleur qui gagna son visage, et le léger vacillement de son corps. Thylas eut à peine le temps de se lever à demi que déjà Jade était là. Les gestes de la mère furent rapides, précis, maîtrisés et infiniment plus sûrs que les siens. Thylas resta figée une fraction de seconde choquée, le cœur battant trop fort et la gorge soudain sèche. Voir Lemony inconscient et si fragile entre les bras de Jade, lui donna l’impression qu’on lui arrachait le sol sous les pieds. Elle recula d’un pas sans même s’en rendre compte, laissant l’adulte faire. Elle observa en silence les mots murmurés et la tendresse évidente. Elle se força à respirer profondément jusqu’à ce que le monde cesse de tourner. Quand Jade s’adressa à elle, Thylas releva le regard. Son expression était sérieuse et dépourvue de toute mondanité cette fois, mais elle ne tremblait pas. Elle prit une seconde puis répondit.

Je… je n’ai pas de date précise, ce n’est pas quelque chose dont il a parlé ouvertement.

Elle chercha ses mots avec soin, refusant de trahir ce qui ne lui appartenait pas, tout en sachant que Jade avait besoin de comprendre.

Ce que je sais, c’est que la Grande Salle le met très mal à l’aise. Trop de bruit, trop de regards et trop de… monde. Il ne l’a jamais formulé ainsi mais je l’ai remarqué. Il mange moins quand il s’y rend, et parfois pas du tout.

Elle joignit ses mains devant elle, un réflexe ancien, mais son regard resta ancré dans celui de Jade.

Je ne pense pas que ce soit une question de poids, ni de punition. Je crois que c’est… une question d’endurance. Tenir debout socialement, émotionnellement et physiquement tout en mangeant là-bas. C’est trop pour lui certains jours, alors il évite.

Un silence passa, chargé mais honnête.

Il n’en parle pas parce qu’il a l’impression que ce serait… un échec ou une faiblesse de plus et parce qu’il ne veut inquiéter personne. C’est tout ce que je sais et je vous le dis parce que je veux qu’il aille mieux, pas pour parler à sa place.

Elle inspira plus profondément, comme pour s’ancrer.

S’il avait pensé que la Grande Salle pouvait devenir un refuge pour lui, il y mangerait. J’en suis certaine.

Elle s’interrompit là, laissant à Jade ce qui lui revenait... les décisions, les soins, le rôle de mère. Thylas resta présente, droite et attentive mais cette fois sans masque. Juste une enfant inquiète, debout à côté d’un autre enfant qui avait enfin cessé de tenir.

Bibliothécaire
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Poudlard
Adulte
Titre : Re : Lever le voile sur la réalité
Créé : 11/01/2026 à 00:20:31

Et c'est l'entrée en scène de Jade. D'un autre côté, vu que Lem' est évanoui, c'était à prévoir. Promis, il revient. Ne t'enfuies pas tout de suite !


Jade a en elle une rage dangereuse, couplée à une puissance minutieusement gagnée à force de compétition avec son jumeau.
Cette rage a eu le dessus plusieurs fois sur Onyx, malgré la force physique de l'homme. Adrénaline pulsant dans ses veines, l'Héritière Parlambre s'est plus d'une fois retrouvée les mains plaquées sur une chair humaine tiède, brûlante ou glacée qu'elle maintenait plaquée contre la surface où elle venait de la projeter.
Dompter son tempérament ne s'est pas fait sans efforts. Tant qu'elle ne manipulait aucune magie, nul ne prenait garde aux explosions de colère de Jade Parlambre. Ses deux années à Poudlard ont plus que changé la donne.
Plusieurs fois, la jeune fille a blessé autrui. Ses connaissances en sciences, bien plus poussées que celle des Sangs-Purs, lui indiquaient où frapper pour atteindre les muscles et enrayer la mécanique des corps. Elle a dû apprendre à réparer.
Personne n'a jamais douté, et ce dès leur naissance, que les jumeaux Parlambre deviendraient létaux. Mais c'était lorsqu'ils étaient ensemble, un potentiel inégalé provenant de Légendes construites après la Révolution, des rumeurs revanchardes, une souffrance d'une lignée éradiquée. Les premiers jumeaux. La renaissance. La revanche. Puissants. Brillants. Létaux.

Jade a-t-elle un jour été létale ?
C'est une réponse que deux personnes sur terre possèdent.
Ce qui est important, précisément en cet instant, c'est qu'elle peut l'être. Et lorsqu'elle a blessé quelqu'un pour la première fois de sa vie sans en avoir l'intention, lorsqu'elle a fait couler du sang, c'est la terreur qui l'a emportée.
Il lui a fallu dompter cette rage qui l'aveuglait. Elle était une mer houleuse qui soudain devenait tempête, les courants chauds qui parcouraient son être rencontraient le reste de sa personnalité et formait une tornade destructrice.
Si les Parlambre ont bien plus de sang de créature que les sorciers Sang-Purs sont censés accepter, Jade a dû apprendre à se détacher de cette vision élémentaire, au risque de perdre sa place dans la société sorcière. Rester humaine, rester civilisée.
Or, la société sorcière était l'endroit où se trouvait Onyx. Le choix fut fait.
Rester calme, rester entre la mer aux vagues minuscules de la Méditerranées, et celle des dangereuses plages de l'Atlantique : une menace, mais maîtrisée.

Sauf que. Lorsque Thylas achève ses explications, la tornade qui couve depuis que la mère a vu Lemony, qu'elle a tant peiné à supprimer en entendant qu'Emerald avait laissé son frère seul...
Jade pourrait être à Poudlard en un temps record, arrivée spectaculaire et orageuse, faisant trembler le Grand Hall. Une tornade destructrice pour ce lieu où personne n'a levé le moindre petit doigt pour son enfant.
Est-ce qu'il y a des adultes dans ce château, quelque part ?

Jade est dangereuse, mais elle est également extrêmement vive et surtout, particulièrement préoccupée par les enfants et les adolescents.
Elle ne connaît que trop bien la tendance de Thylas Darkflare à s'enfuir, sautant les barrières avec agilité, Lemony dans son sillage. Thylas est une petite fille avant d'être une Darkflare, et la laisser voir toute la violence qu'elle éprouve en cet instant risque fort de priver Lemony de son meilleur atout.
Son enfant ne lui pardonnera jamais si elle blesse la jeune Serpentard, et si Thylas n'est pas présente à son réveil...

Les gestes raidis de Jade redeviennent doux. Elle se concentre sur l'amour qu'elle éprouve pour Lemony, relègue le cas d'Emerald au loin, et analyse chaque mot que vient de prononcer la jeune fille. Elle passe un bras sous les épaules du garçon et le soutient tandis que son rythme cardiaque s'affole, ne sachant plus trop s'il doit rester au ralenti ou paniquer devant l'imprévu.
Tout va bien, mon amour. Everything will turn out fine.
Lemony a la France dans son sang. Il y réagit mieux qu'à l'anglais. Pour autant, Jade prend un soin particulier à ne pas négliger Thylas : sa position est calculée pour ne jamais être de dos, et elle traduit naturellement ses paroles.

La femme aurait besoin de fermer les yeux un instant pour réfléchir, mais elle redoute que la jeune Darkflare ait disparu lorsqu'elle rouvre ses paupières.
Thylas est sur ses gardes, et elle n'osera pas partir tant que le regard d'aigle de Jade est posé sur elle.
Cela déplaît à l'adulte. Une telle peur n'est pas naturelle chez un adolescent, et la jeune fille a maintes fois prouvé qu'elle pouvait lui tenir tête.
— Accorde-moi un instant, je te prie. Parmi toutes les raisons expliquant l'état de mon fils... j'ai réfléchi à toutes les possibilités, jeune Thylas. Celle-ci était inexistante. C'est un concept inconnu pour moi, il me faut l'appréhender. La Grande Salle est emblématique. Même dans les instants les plus douloureux de ma vie Pédouzienne, je n'ai jamais effleuré ce que tu me décris.

Lemony n'a jamais supporté les longs repas ; la notion d'endurance est le point exact. La femme n'est guère surprise que Thylas ait pu le trouver. Lemony l'a-t-il compris ?
Ces deux-là connaissent parfois l'autre mieux qu'ils ne se connaissent eux-mêmes.
Cela terrifie la mère. Ils n'ont pas la même dynamique qu'Onyx et elle, mais les similitudes la terrifient.

Il lui est difficile de reconstituer convenablement la conclusion. Rien ne semble tenir en une phrase simple. Au final, Thylas a sans doute mieux résumé que quiconque n'aurait pu le faire, et pour l'instant, Jade devra se contenter de cela.
Si Lemony est dans un refus complet d'alimentation, pas étonnant que sa solution de survie ait été aussi efficace ! Il ne devrait pas être en train de reprendre des couleurs, et il ne devrait pas avoir autant de difficultés à se réveiller.
Le corps de l'enfant n'est plus mou.
— Il est hors d'affaire, promet Jade avec toute la douceur qu'elle possède en regardant la jeune fille tétanisée à ses côtés. Il est à bout de forces, il a repris conscience mais s'est endormi. Et je crois que je vais le laisser ainsi pour le moment.
Au sol, toujours attentive à ne surtout jamais tourner le dos à Thylas pour éviter qu'elle se sente exclue, Jade manoeuvre pour poser Lemony contre son torse, écartant les jambes dans une position qui feraient hurler toutes les gouvernantes, intendantes, et hurler les majordomes.
Sauf qu'elle est, et sera toujours, une mère avant d'être une Lady.
Des années à se tenir droite des heures durant ont forgé ses abdominaux : les muscles de son dos sont puissants et résistants. Elle n'a aucun mal à demeurer dans cette position sans dossier, en face de la jeune première année à qui elle sourit.
Les Sangs-Purs comme les Parlambre ou les Darkflare apprennent à lire les sourire dans les yeux. Les lèvres de Jade indiquent douceur et volonté de mettre à l'aise ; elle permet à ses yeux d'exprimer une vérité bien plus dérangeante.
Une profonde, véritable inquiétude pour le bien-être de l'enfant qui reste debout, et une tendresse réservée aux siens.
Ou à la personne que Lemony aime le plus au monde.

— Merci, Thylas.
Doucement. Si l'enfant dans ses bras est au plus mal, Jade n'est pas certaine que celui encore éveillé aille mieux. Et cela la plonge dans un profond malaise.
Thylas s'est déjà enfuie. Certes, elle est présente, mais elle fait appel à un mécanisme traumatique que Jade connaît de l'intérieur. Elle s'est dissociée de ses émotions, de son bien-être, de son corps même. Elle s'est dissociée d'une partie de son esprit également. Il ne reste qu'une chose : survivre à cet instant parce que l'être auquel on tient si fort a besoin de nous.
— Lemony...
Elle ne peut le trahir ainsi.
Thylas l'a dit elle même : il a honte de tout ce qu'il considère comme faible, car pour lui, c'est forcément lié à son homosexualité.
En lisant entre les lignes, la femme se doute que le sujet met très mal à l'aise l'Héritière Darkflare.
Sans doute a-t-elle commis une erreur en l'évoquant ainsi. Simplement, exactement comme son fils, elle est partie du principe que Thylas savait déjà.
Chère Dame du Lac, pourquoi en sommes-nous toujours à ces préoccupations dans notre siècle ? Nous avons régressé depuis la Révolution Française. La question de l'Héritage porte une part de responsabilité mais, bon sang ! As-ton besoin de porter les amours hétérosexuelles ainsi hautes ? Il suffit d'être attentif aux légendes Arthuriennes pour savoir que Merlin et vous n'étiez pas un couple romanesque à envier. Quand vous avez voulu rompre, il vous a dépeinte d'une telle manière que prononcer ses mots me vaudrait une ostracisation complète de six mois dans nos cercles !

Jade choisit ses mots avec précaution ; l'ironie est terrible pour une Parlambre, si habituée à ce qu'ils lui ouvrent toutes les portes. Mais cela ne fonctionne que si l'interlocuteur joue le jeu, or Thylas a signifié son refus dès le début de repas, et elle est dans un état déplorable.
Il faut qu'elle soit aussi prudente avec la jeune fille qu'avec l'enfant dans ses bras à son réveil.
— Les repas ont toujours constitué un défi de par leur longueur, pour Lemony. A Poudlard, ils sont plus court, ce qui signifie qu'autre chose a dévoré son endurance. Mais déjà, il ne tenait plus avant que vous n'alliez aux toilettes. Dans son verre, il reste de l'eau ; j'y ai mélangé un Philtre Calmant.
Informer.
Et ensuite, tenter d'éviter que son interlocutrice ne croit à une tentative d'empoisonnement.
Combien de morts a-t-elle déjà vus, véritablement ? Combien d'assassinats politiques, ou, à défaut, d'invités soudain malades ? Le poison peut incapaciter, il n'est pas nécessairement mortel et pour cette raison, une arme prisée.
— Ce repas est extrêmement tendu, et tu viens de subir un choc. Voir quelqu'un que l'on aime s'effondrer soudainement... depuis quand le portes-tu seule, jeune Lady ? Si tu dilue le reste du verre avec de l'eau, le choc s'apaisera, ton esprit sera plus clair. Ce n'est pas un ordre, simplement un conseil. Je puis te montrer le flacon : c'est une version qui ne provoque aucune accoutumance.

Mais l'équilibre est rude à trouver.
Trop douce, Jade pourrait être en train d'endormir la méfiance de sa proie, ou du moins c'est ainsi que l'Héritière Darkflare peut l'interpréter.
Avec Lemony... Jade sait manier. Mais cette enfant n'est pas la sienne, elle ignore tout de son passé, de ses traumatismes, des jeux pervers qui ont ponctué son éducation.
Il est possible que les Darkflare aient cajolé pour mieux gifler. Offert de l'aide pour mieux humilier. Tendu des pièges, fait de fausses propositions pour triompher quand l'enfant ne résistait pas à la tentation et fonçait droit devant.
Jade et Onyx ont eu leur propre part de jeux pervers à leur égard. Et ils se sont juré de ne jamais en faire subir à leurs enfants. Ils se sont juré de mutuellement se stopper lorsqu'ils voyaient l'autre s'engouffrer dans une voie approchant la maltraitance.
Ils en ont eu, des coup-bas, des discussions enflammées ou glacées, concernant Aurum, Quartz, Lemony et Emerald. Mais aujourd'hui, son enfant a eu assez confiance pour l'appeler à l'aide, ce qui signifie que malgré tous les travers intégrés comme notions éducatives normales... Jade a su créer un filament sain entre eux deux.

***
Jade ferme les yeux une demie-seconde pour prendre une décision.
Elle ignore l'étendue des traumatismes et de l'endoctrinement de l'Héritière Darkflare. En revanche, elle sait que l'enfant ne fera pas confiance à une adulte.
La seule façon de l'atteindre est peut-être d'agir en égale.
— J'ai été à ta place. J'ai été cette première année de Serpentard appréciée de ses camarades de dortoirs, avec des liens commençant à se créer, sans être certaine de si je pouvais me fier à elles. Je n'avais pas Lemony, mais j'avais Onyx. Mon jumeau, mon frère, trop loin, trop proche. Onyx, qui a décidé de rompre avec la tradition familiale, devenant le premier Poufsouffle Parlambre depuis que nous avons émigré en Angleterre. La rupture avec quatre lignées de purs Serpentards ; des familles auxquelles nous étions reliées et qui étaient scandalisées alors que nous ne leur avions jamais parlé.
Mais Jade en parle sans douleur, la lueur amusée bien présente dans ses yeux. Ces imbécilités qui semblaient si importantes, à onze ans !
— J'avais Onyx, mais il n'est en rien Lemony. Je l'aimais plus que tout au monde, mais je voulais le réduire en cendres. Il m'aimait plus que tout au monde, mais il était prêt à déchiqueter tout ce que j'avais pour se tenir au-dessus de moi. Nous nous sommes fait beaucoup, beaucoup de mal... et avec l'intention de le faire. Nous étions cependant l'unique pilier de l'autre, l'unique personne à atteindre lorsque personne n'y parvenait.
Cette cruauté entre les deux jumeaux n'a jamais cessé ; Jade a pourtant tenté de s'enfuir en France et de briser le cercle, sans parvenir à tenir. Onyx est l'autre moitié de son âme, et contrairement à certaines connaissances, elle n'avait jamais eu l'intention de créer le moindre Horcruxe ni de vivre déchirée.

— Je sais ce qu'est être à Serpentard dans une famille de Serpentard. Je sais ce que signifie rentrer dans un Manoir où l'on ne sera jamais à la hauteur. J'étais promise à la magie selon toutes les croyances familiales. Or, de ma première année à mes BUSE, ma baguette était aussi utile qu'une simple branche de chêne. Importante, sacrée, symbole de magie... mais ne pouvant en produire. Très longtemps, pour le monde entier, Onyx était l'unique raison de ma présence à Poudlard. Sa magie me permettait de faire illusion, disaient les rumeurs. J'étais en réalité une Cracmolle... L'obsession de Lemony à leur sujet provient probablement de mon Histoire.

Est-ce trop ?
Jade guette le moindre battement de cil, la moindre lueur dans le regard qui indique que Thylas accepte de quitter ses retranchements, de relâcher son souffle.

— La solitude et la peur passeront, promet-elle. Rien n'est jamais terminé, et une vie n'est pas fixée à onze ans. Rien n'est jamais ruiné tant que l'on est en vie. J'ai près de quarante ans, et non seulement ma fille aînée aura toujours mon soutien, mais tant que nous vivons toutes deux, notre relation pourra être réparée. Quant à Lemony... Quoi qu'il me confie, je ne me mettrai pas en colère. Je trouverai une solution. Quoi qu'il me dise, je regarderai là où j'ai échoué et je réparerai ce qui doit l'être. Je suis adulte ; mon chemin n'est pas terminé. Le tien non plus. Que nous soyons claires, Thylas Darkflare. Je ne te demande rien, pas même de me répondre si tu ne le souhaite pas. Je n'attends rien de toi... je fais le voeu que tu puisses respirer enfin.

Entre ses bras, Lemony commence à s'agiter ; ses yeux papillonnent.
Thylas s'est mise en retrait dès que Jade est arrivée, or ce n'était certainement pas le désir de son enfant.

Elle l'aide à se redresser tout en murmurant rapidement à son oreille un rappel de l'étendu du déjeuner.
Est-ce un désastre ? Non, car rien n'est irréparable.
Les yeux clairs de son fils ont directement fusé vers sa meilleure amie.

— Remettons-nous à table, mmh ?
La tenue mondaine lui colle à la peau : elle tente de s'en défaire, de s'en dépêtrer.
Le silence de Lemony lui indique qu'il est en train d'analyser la situation.
Ses yeux supplient Thylas, mais la jeune fille est-elle prête ?
Un instant suspendu, ou de détente, en plus, Jade peut leur en offrir un. D'un léger geste de baguette, elle invoque un petit carton figé dans le temps, agrémenté d'un sortilège qui fixe les pigments de couleurs.

— Aucun de vous deux n'a rien à craindre de moi. Je t'ai connue si jeune, Thylas... Tenez. Lorsque l'on ne peut s'entraîner à jeter des sorts, dans un château où les Clubs étaient plus rares qu'aujourd'hui, on développe d'autre talents. J'ai dessiné ceci un après-midi où toutes les familles dont l'enfant rentrerait en première année... eh bien, celle-ci, étaient conviées. Tu étais restée à l'écart pour observer les autres, Thylas... Et Lemony te regardait, assis sur mes genoux, c'est pourquoi il n'est pas présent.

Le jour où ces deux-là sont devenus irrémédiablement proches, Jade a mis ce dessin en sécurité. Elle le fait doucement glisser vers les deux enfants.


***

Lemony contemple le dessin, surpris. Le trait n'a rien de professionnel, mais si Jade l'a réalisé avec un tout-petit sur les genoux, il admire le résultat global. De toute évidence, la jeune femme n'a pas eu le temps de terminer le ciel, ou a échoué à en rendre l'atmosphère convenable. Le violet orageux tire sur un bleu éclatant. Etait-ce une fin d'après-midi estivale, ou la tentative de Jade de montrer son ressenti de cet après-midi où des tensions sont sans doutes nées ?

Thylas est adorable.
— Je n'ai aucun souvenir de cette robe Vif d'Or. J'imagine que les ailes battaient ?
— Oh, assurément. C'était une année de Coupe du Monde de Quidditch, et tous les vêtements ressemblaient à cela. L'idée que les robes pour bambins aient des jouets intégrés, afin d'être sûrs de les garder toujours occupés, a séduit beaucoup de parents. Du moins, jusqu'à ce que les coûts d'entretien soient bien trop élevés et qu'ils aient à gérer maintes disputes.
Le sourcil levé de Jade est le miroir du sien. Ce n'est plus une lueur amusée dans ses yeux verts, c'est un fou-rire.
— Je puis t'assurer que la robe d'ambre que tu portais avait des ailes d'Abraxan proéminentes et que tu t'échinais à décoller les bracelets d'ambres cousus sur tes manches.
Lemony sent son visage s'empourprer.
Il n'avait, encore, jamais fait les frais d'une mère racontant des souvenirs embarrassants à vos meilleurs amis.
Il est possible qu'il se soit très bien passé de cette expérience adolescente.

Pour autant, ses yeux glissent vers Thylas.
Son ventre se noue; Des murmures de Jade, sa meilleure amie a expliqué qu'il désertais la Grande Salle par manque d'endurance, qu'il ne s'y sentait pas en sécurité...
Quelque chose entre la vérité donnée par sa meilleure amie et celle reçue par sa mère s'est perdu.
Qu'importe.

Le coeur du garçon bée de douleur.
Parce qu'entre le moment où il s'est évanoui et le moment où il a commencé à parler, Thylas a eu le temps de réagir à ce qu'il exprimait.
A tout l'amour qu'il tentait de lui transmettre. Mais elle est demeurée figée et...
Sa gorge se noue de larmes.
"M'aurais-tu répondu si je n'étais pas tombé ? Si je te redis à quel point je t'aime... me croiras-tu ? Ces mots sont si rares entre nous, si je les répète, bon sang, me croiras-tu ou penseras-tu que je les assène trop ? Laisse-moi t'atteindre à nouveau. T'ai-je perdue ? Ah. Toi et Jade, peut-être était-ce trop à gérer. Ces deux liens si fragiles... Je parle à l'une et délaisse l'autre."
L'envie de discuter mode sorcière avec sa mère est forte : depuis combien de temps n'a-t-il eu de conversations longues, sans que ses interlocuteurs de tablée ne changent de sujet dans les cinq minutes, avant même qu'ils aient atteint un point intéressant ?

Mais l'endurance de son amie s'épuise.
Il prend sa main. Parce qu'il va regarder Jade dans les yeux, il n'a pas le choix pour une telle déclaration.
Et il a vraiment besoin que Thylas sache qu'il sait qu'elle est là, qu'il l'aime autant qu'il le lui a dit.
Il a besoin de son contact.
— Jade... Maman. Je veux quitter Poudlard. Je ne peux pas– Je n'ai pas l'endurance pour... le pensionnat. Je– Ce n'est pas la Grande Salle. Pas uniquement. Les dortoirs, le– Si tu penses que ce n'est pas... je refuse de revenir sur ce sujet ; mais s'il faut que je te dises que d'accord, ça ne me rend pas faible... Il y a autre chose qui le fait. Je suis en train de me noyer, Maman. Je ne peux pas passer... Morgane, même s'il ne reste que deux mois entre les murs de Poudlard... ils sont interminables. Je veux être scolarisé à demeure.
Il s'accroche à sa meilleure amie pour ne pas sombrer.
L'image d'une cabane au bord de l'eau lui vient en tête. Thylas a juré qu'il n'aurait pas à retourner à Poudlard.

Mais il vient juste de retrouver Jade. Elle a juré qu'elle l'aiderait, il l'a entendue dans son demi-sommeil.
Dans le silence interminable qui semble s'étirer, l'enfant ajoute dans un murmure :
— Je t'en prie. Je ne peux pas. Je t'en prie.

Bibliothécaire à l'affut ~
Chroniqueuse VIPère
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Serpentard
2e année
Titre : Re : Lever le voile sur la réalité
Créé : 11/01/2026 à 03:32:00

Trop chou le dessin *v*, tu l'as fait à la main?
Thylas sentit l’irritation monter presque immédiatement.

C’était une réaction viscérale, incontrôlable et une crispation nette dans sa poitrine quand Jade parlait ainsi avec cette assurance calme, cette intelligence affûtée qui donnait l’impression qu’elle voyait trop clair, trop loin et trop juste. Thylas détestait ça, elle détestait les adultes qui parlaient comme s’ils la connaissaient et comme s’ils pouvaient mettre des mots propres et ordonnés sur des choses qu’elle même ne comprenait pas encore. Les adultes qui analysaient, expliquaient et reliaient des fils invisibles sans qu’on leur ait jamais demandé de le faire.

Cela dut se lire sur son visage. Une tension fugace dans sa mâchoire, un éclat froid dans son regard, quelque chose de fermé et de piquant qui appelait normalement une remarque sèche, un sarcasme mal placé ou une fuite pure et simple. Thylas ravala tout. Elle redressa légèrement les épaules, inspira lentement, et remit son masque en place non pas parce qu’elle en avait envie mais parce que Lemony était là et parce que pour une fois, elle ne pouvait pas se permettre d’être juste Thylas Darkflare, piquante et insaisissable. Elle devait tenir.

Quand Lemony reprit conscience, son cœur se serra douloureusement. Elle aurait voulu croiser son regard immédiatement, lui sourire, lui dire qu’elle était là et qu’elle n’avait pas bougé mais elle n’en fut pas capable. Elle savait trop bien que ses yeux la trahiraient. Alors elle les baissa et les fixa sur ses propres genoux et sur ses doigts immobiles qui se forçaient à ne pas trembler. Elle sentait son regard sur elle, insistant, inquiet, presque suppliant et chaque seconde où elle ne le regardait pas lui donnait l’impression d’être une lâche.

Ce fut le dessin qui brisa la tension. Il était tendre et terriblement embarrassant... La robe, les ailes, les souvenirs racontés avec ce mélange de nostalgie et d’humour. Thylas sentit quelque chose se détendre en elle malgré elle. Un souffle qu’elle ne savait pas retenir lui échappa. Elle releva enfin les yeux, esquissa un sourire vrai cette fois et quand Lemony glissa sa main dans la sienne, elle ne la retira pas. Elle la pressa doucement, un petit mouvement presque imperceptible et un code ancien entre eux.

"Je suis là." mais lorsqu’il parla de quitter Poudlard, tout vacilla de nouveau.

Sa main se fit soudain plus molle dans la sienne et presque absente. Une fraction de seconde où l’idée le traversa comme une lame froide...Le voir partir et ne plus le retrouver chaque jour, ne plus savoir s’il allait bien, s’il mangeait, s’il dormait ou s’il souriait encore. Elle resserra aussitôt sa prise, trop fort peut être comme si elle pouvait physiquement l’empêcher de s’échapper.


Elle inspira profondément et parla.

Lemony… attend.

Sa voix était calme et étonnamment posée mais elle parlait trop vite, comme si elle avait peur que le silence lui vole ses mots.

Tu… tu n’as pas besoin de partir tout de suite, pas comme ça.

Elle se pencha légèrement vers lui, toujours sans lever la voix.

Je peux t’aider, vraiment. Je peux aller chercher à manger pour toi dans les cuisines, quand la Grande Salle est trop… trop tout. Les elfes m’aiment bien. Je peux te ramener ce que tu veux, quand tu veux. Même des trucs stupides, même juste du pain chaud.

Elle serra un peu plus sa main.

On a des cours ensemble. Je peux rester avec toi après. On peut réviser, ou ne rien faire, ou juste… être là. Tu n’as pas besoin de tout affronter seul. Tu n’as jamais eu à le faire.

Elle savait. Elle le savait au fond d’elle même que ce qu’elle disait était égoïste. Ce n’était pas ce qu’il demandait et ce n’était pas forcément ce dont il avait besoin mais l’idée de le voir partir lui était insupportable.

Partir, ce n’est pas une solution, c’est juste… laisser les choses gagner et toi, tu es plus fort que ça. Même si tu ne le crois pas.

Elle marqua une pause, son regard se brouillant un instant.

Et puis… si tu pars, je… je ne saurai plus comment t’aider.

Elle ne dit pas je ne veux pas te perdre. Elle n’en eut pas le courage. Alors elle se força à redevenir elle même, ou du moins, la version qu’elle savait jouer. Un léger sourire, un ton faussement léger et presque bravache.

Et puis franchement, si tu pars, qui va m’empêcher de faire des bêtises monumentales à Poudlard ? Tu sais très bien que je suis un danger public sans supervision.

Ses doigts pressèrent les siens une dernière fois fermement.

Reste. Laisse moi t’aider. Même si ce n’est pas parfait et même si je fais n’importe quoi parfois. Je… je suis là. Et je ne veux pas arrêter de l’être.

Bienfaiteur du WHP
[Avatar]
Serdaigle
2e année
Titre : Re : Lever le voile sur la réalité
Créé : 13/01/2026 à 01:34:52

Merci <3 Oui, aux pastels. Ca rend moins bien à l'écran, comme trop souvent... Mais j'ai adoré imaginer cette robe !

Lorsque Lemony se réveille, alors seulement Thylas semble reprendre vie.
Jade étouffe un soupir. Certains enfants refusent d'avoir un adulte, elle a été de ceux-là. Elle sait que seuls les pairs de Thylas pourront l'atteindre et l'aider. La jeune fille ne refuse pas sa main tendue : elle s'y rend aveugle pour ne pas la voir.
Jade doute qu'une seule de ses paroles ait été entendue, ait pu pénétrer dans l'esprit de l'enfant pour pouvoir l'apaiser plus tard.
Aveugle et sourde aux adultes.
Ce que la femme a livré d'elle-même n'a pas été simple. Replonger dans ses souvenirs, rappeler l'existence du moment où le monde pensait Jade Parlambre Cracmolle, a été douloureux. Pour atteindre Thylas, elle s'est montrée vulnérable, et la sensation de danger n'a pas quitté son corps.
C'est pourtant le principe d'un don. Il peut être refusé, et rien ne doit être attendu en retour. Jade gèrera ces émotions et ce rejet plus tard, loin de deux enfants qui ont particulièrement besoin d'un adulte stable en cet instant.

***
Lemony est tendu à bloc, et la main de Thylas qui presse la sienne est la seule chose qui lui permet de respirer.
La jeune Serpentard a refusé de le regarder lorsqu'il s'est réveillé et, Morgane... heureusement que le choc anesthésie ses sentiments.

Ce dessin, entre eux... Thylas ne peut pas avoir plus de trois ans. Sa nourrice l'habillait donc déjà en jaune. Malgré lui, ses yeux pétillent de malice, et il lui glisse un regard, la bouche prête à s'ouvrir pour une remarque malicieuse.
Il s'abstient pourtant. Jade n'était pas présente lors de cette conversation ; sa meilleure amie n'a sans doute pas envie de partager ni l'instant, ni leur complicité. Lui non plus.
Ses yeux rieurs sont sans doute assez équivoques, de toute manière.

— Je t'en prie. Je ne peux pas. Je t'en prie.
Jade n'a pas le temps de répondre.
Elle n'a pas le temps de réagir, d'entendre et d'assimiler les mots. Parce que Thylas avait beau savoir ce à quoi menait ce déjeuner, et cela lui donne la longueur d'avance pour couper tout le reste, son corps semble devenir mou.
Sauf sa main. Déesses, est-ce qu'il a perdu en force, ou est-ce que l'adrénaline pulse si puissamment dans les veines de Thylas qu'elle lui broie les doigts avec un désespoir qui risque de les casser ?
Il ne bronche pas. Pour ne pas qu'elle culpabilise, parce qu'il sent que la spirale n'est pas loin.
Parce que des douleurs, il en connaît des bien pire.
Parce que, notamment, celle qu'il ressent actuellement à l'intérieur efface tout le reste. Migraine, honte, doigts broyés à couper la circulation du sang.

Sa première émotion est la stupeur.
Thylas a accepté de l'accompagner en toute connaissance de cause. Ou du moins, Lemony en était persuadé. Tout comme il pensait la soulager, bon sang, en atteignant enfin le but de ce déjeuner !
Or, la panique brute et le refus auquel il s'attendait ne proviennent pas de Jade.
— On a des cours ensemble. Je peux rester avec toi après. On peut réviser, ou ne rien faire, ou juste… être là. Tu n’as pas besoin de tout affronter seul. Tu n’as jamais eu à le faire.
Les larmes roulent déjà sur les joues du garçon.
Comme toujours, il n'y prête aucune attention. Comme toujours, sa voix demeure égale. S'il devait sangloter chaque fois que les larmes débordent, ou bien s'interrompre, il n'atteindrait jamais aucun objectif.
— Ca n'a rien à voir avec la Grande Salle, Thy', murmure-t-il en bougeant...
Et tant pis. Puisqu'elles sont au courant, autant envoyer valser le carcan auquel il soumet son corps. Dans un déhanché complètement fluide, Lemony croise les jambes, s'appuie sur une fesse uniquement.
Son coeur bat, affolé. Il attend la rage sans nom qui va se déverser sur lui, ou la punition divine.
Excepté que ce sont les religions monothéistes qui punissent les garçons comme lui. Les Celtes... diffèrent. Il n'a jamais réussi à savoir quel était leur position. Jade s'est très certainement assurée de retirer la moindre source de sa portée.
Il a tellement conscience d'à quel point il a l'air–
Faites que son oncle n'ait rien eu d'efféminé. Je ne veux pas qu'elle y pense maintenant. C'est la dernière chose à laquelle elle doit penser.
Néanmoins, cette contorsion agile lui permet d'atteindre, de son autre main, celle qui broie doigts, os et tendons.
Son seul but, dans toute la manoeuvre, a été de pouvoir caresser la peau de Thylas dans un geste apaisant, une promesse.
Doucement, il pose son pouce sur la main pliée et la masse.
— Tu le sais. Je voulais partir avant d'être dans cet état. Je ne sautais que le déjeuner lorsque j'ai évoqué la possibilité la première fois. C'est toi qui m'a dit que j'avais un souci, que mon alimentation était troublée, t'en souviens-tu ? Ca n'a rien à voir avec la Grande Salle... et rien à voir avec le fait de ne pas être dans la même maison que toi. J'y ai réfléchi. Morgane, Thylas... lorsque tu as passé une semaine à Serdaigle, j'y ai réfléchi. J'ai songé à, éventuellement, demander un transfert exceptionnel de maison.
Il aime Serdaigle. Il aime leur Tour, il aime leurs valeurs, et il a des personnes proches, dans son dortoir comme dans celui des filles.
— J'ai été un bel imbécile de t'écarter ainsi en début d'année. J'ai oublié que je n'avais pas à être seul... Et tu me l'as rappelé. Je sais que je ne suis pas seul. Je sais que tu es là, prête à tout affronter avec moi. Alors avant de quitter Poudlard... plutôt que d'affronter Jade ou d'envoyer mon cousin le faire... J'ai réfléchi à un transfert pour Serpentard.
Sa main quitte le dessous de la table pour venir se poser sur la joue de la jeune fille. Les larmes de Lemony redoublent et cette fois, un sanglot le secoue.
— Mais je ne peux pas te demander ça. Je ne peux pas te mettre ce poids sur les épaules, Thylas. Tu ne peux pas être l'unique raison qui me fait quitter Serdaigle, imagine-tu seulement la pression qui serait tienne ? La panique que tu ressentirais dès que nous nous heurterions, à l'idée que je sois seul dans une maison qui ne me correspond pas ? Tu serai enchaînée à moi.
Morgane merci, Jade n'a pas supprimé la bulle d'ambre qui les dissimule aux regards. Il peut toucher son amie comme ils en ont besoin, sans qu'aucune rumeur de mariage ne vienne les empoisonner.

Lemony ne se souvient que trop bien du moment où Thylas l'a laissé revenir dans sa vie, certes en lui disant le fond de sa pensée, quoi que sans qu'il n'ait grand chose d'autre à faire que de présenter ses excuses.
Il l'a immédiatement entraînée dans son tourbillon de soucis, qu'elle a suivis.
Elle lui a consacré son temps.
Elle s'inquiète continuellement.
Et surtout, même retranchée, même laissée en tête à tête avec Jade, Thylas est encore là. Elle n'a pas fui.
Aussi, l'enfant perçoit l'alarme, même s'il n'a pas les mots pour la formuler. Il ressent juste le danger avec l'instinct et l'empathie qu'ont les jeunes enfants. Or, par certains aspects, émotionnellement notamment, Lemony partage des traits avec les jeunes enfants.
Il pressent la possibilité que Thylas accepte de s'enchaîner.
Et c'est un non.

Le jeune sorcier voudrait se tourner vers Jade. Cela signifie non seulement lâcher sa meilleure amie du regard, mais également physiquement... Elle risque de le percevoir comme une trahison.
Son ventre se tord.
Sa mère doit pouvoir expliquer pourquoi un adulte est nécessaire. Pourquoi il est parti en chercher un.
C'était trop lourd pour Thylas, y compris en prenant en compte les autres élèves sur qui il peut compter —Luyana, Moïra éventuellement, la jeune Jenkins.
Elles ne peuvent pas l'aider, et c'est normal. Ils ne sont que des enfants.

C'est peut-être la différence fondamentale entre Thylas et Lemony.
L'Héritier Parlambre a eu deux figures parentales sur lesquelles s'appuyer, même si l'une d'elle était simplement sa soeur aînée. Les quatre adultes Parlambre ont toujours martelé l'importance de protéger les enfants, l'indulgence dont ils devaient faire preuve envers leurs cadets.
Thylas n'a eu personne pour lui dire que non, elle n'est pas une adulte et ne peut pas gérer comme une adulte.
A huit ans, Lemony se sentait l'égal de tous ces adultes dans les Galas, plusieurs alliances politiques le prouvent, et aujourd'hui encore, cela lui joue des tours. Quelque part entre le premier septembre et ce début de mai, le garçon a compris qu'on lui avait dérobé son enfance mais qu'il ne pouvait pas encore être adulte. Que son statut était irrésolu, douloureux, et qu'il avait besoin d'aide.
Jade perçoit ces nuances ; elle perçoit aussi, à travers le lien entre un parent et son enfant, l'appel muet. Sauf qu'elle ne peut que se tenir en retrait.
Le sang bat à ses tempes, tentant de traiter les deux suppliques de Lemony en même temps. Quitter Poudlard... et garder Thylas en confiance.
Elle ne peut pas répondre tout de suite.
Elle ne peut pas répondre tant que la jeune fille n'est pas stabilisée, et elle ne peut pas non plus prononcer le moindre mot. L'Héritière Darkflare se hérissera.
En cet instant, la présence de Jade est plus néfaste qu'autre chose. Elle ne bouge pas, au cas où. Elle ose à peine respirer, laissant ces deux-là dans leur monde ; rongée par la codépendance qu'elle sent, mais muette.

***
— Partir, ce n’est pas une solution, c’est juste… laisser les choses gagner et toi, tu es plus fort que ça. Même si tu ne le crois pas.
Lemony abaisse doucement sa main d'une caresse sur la joue. Il ne sait guère quoi en faire : soutenir le menton de Thylas, c'est mettre une hiérarchie insupportable entre eux.
Alors il essuie ses yeux du revers de sa manche. Cherche un verre d'eau qui ne contienne pas de Philtre, pour s'hydrater, pour refroidir son corps que la honte chauffe chaque seconde un peu plus, sans qu'il n'y puisse rien. Son autre main est complètement endolorie. Il tente de bouger ses doigts sous la prise trop forte, de répondre en pressant, mais il n'est pas certain que la jeune fille puisse le sentir.
— Tu sais que je ne peux pas rester. Je suis en danger. Même si j'évitais la Grande Salle, même si nous ne demeurions que dans notre petit monde, à la fin de la journée, je dois retourner dans la Tour des Serdaigles et... Oui, l'endroit est à couper le souffle. Il m'est aussi insupportable. Je suis à bout d'endurance. Je ne sais pas pourquoi je suis incapable d'endurer Poudlard comme chaque jeune Britannique semble le faire. J'ignore pourquoi vous parvenez à surmonter la douleur, à en faire abstraction... J'ai essayé d'être fort. J'ai refoulé tant que j'ai pu, parce que c'était synonyme de– ça. Aussi ai-je refusé la moindre faiblesse. Ca n'a pas été suffisant pour réussir à garder la tête hors de l'eau et je ne peux plus. J'ai mal, sans cesse... Je suis épuisé de vivre avec la douleur.
— Comment ça ?
C'est presque un hurlement qui sort de la gorge de Jade. Plus fort que toutes ses résolutions, c'est l'instinct primaire d'un parent qui prend le contrôle.
— Comment ça, tu as mal, Lemony ?
Rester assise plutôt que d'arracher l'enfant à ce qu'il est en train de faire –contempler chaque nuance des yeux de Thylas en tentant de l'apaiser– requiert tout son self-control. Sa baguette est déjà dans sa main, et l'envie de jeter tout un tas de sortilèges de premiers soins est si forte que la femme concentre son énergie magique ailleurs. Sur le petit sac de runes dont elle ne se départit jamais, afin d'éviter les étincelles de magie. Inutile que les deux enfants s'enfuient devant ce qu'ils croient un danger.

Son garçon baisse les yeux, ose à peine les relever pour croiser son regard. Sa main a de nouveau disparu sous la table. Inutile de chercher où.

De fait, Lemony serre son propre genoux, enfonce les ongles dans sa chair, pour s'empêcher d'agiter les jambes, les bras, les chevilles, et probablement d'envoyer valser la table. La panique lui coupe le souffle.
— J'ai mal– je ne puis l'expliquer. Ce n'est pas psychique, c'est physique. Vous semblez tous pouvoir faire abstraction de la douleur causée par le bruit, mais pas moi. Mes oreilles sont en feu à la fin d'une journée. Je ne supporte plus rien. Ni les rires, ni les murmures, ni même les froissements sur le tissu ou les respirations. Or, je vis en dortoir. J'évite toute source de bruit, mais les cours, les murmures... Et la foule me fait mal. La façon dont les autres me bousculent. Déesses, ces temps-ci je ne peux plus ignorer la douleur des flammes dansantes en soirée, ni celle du soleil. Je suis irritable et à bout de nerfs, et l'écœurement que je ressens vis à vis de moi-même empire chaque jour. je devrai être capable de vivre le même quotidien que vous. Si je n'étais pas inverti, peut-être–
— Ce n'est pas normal d'avoir mal, Lemony, le coupe Jade d'une voix blanche.
Ironie des ironies, la chaleur du Don est de nouveau présente, comme si elle était incapable de se contrôler en cet instant.
— Le son n'est pas censé faire mal. Le contact physique non plus, et la lumière encore moins, les humains sont des êtres diurnes ! Par Avalon mon enfant, depuis quand as-tu ces symptômes ?
Jade n'entend plus rien en dehors des battements de son cœur. Sa vue est floue ; Lemony est la seule chose qu'elle peut voir.
Ce pourrait être le Don en train de se développer. A neuf ans, son garçon montrait des prémices, qui se sont stoppés brutalement. Seulement, il ne dépeint aucun autre symptôme –les envies alimentaires étranges, les brûlures intérieures et bouffées de chaleur.
L'ouïe aigue et l'intolérance à la lumière peuvent indiquer une transformation vampirique, mais il ne décrirait pas ses tympans ainsi, et la foule ne serait pas gênante. Sa peau serait glacée, également, et blanchie, or Lemony a toujours ce teint à la limite de la dorure.

De son côté, le jeune sorcier peine à comprendre. Il regarde Thylas, avec la terreur qu'elle ne retire sa main. Il regarde Jade, sans comprendre les mots qui sortent de sa bouche.
— Mais... si, le son fait mal. C'a toujours été ainsi. Personne n'aime les endroits bruyants, la musique des Galas est toujours calibrée pour ne blesser aucun tympan. J'ai toujours eu mal, j'ai toujours été épuisé par les repas avec trop de bruits. Tu le sais, ajoute-t-il en désignant le verre où le Philtre a commencé à prendre une très légère teinte d'herbe.
L'expression de Jade...
Le monde semble s'écrouler autour d'elle.
Lemony garde sa main dans celle de Thylas, par instinct de survie, mais il se roule en boule sur sa chaise en osant, tout juste, pousser un gémissement de Croup blessé.

Il supplie sa meilleure amie. Elle le sait, que le son fait mal. Elle aussi est épuisée à la fin d'une journée. Ils le sont tous, c'est la raison pour laquelle ils dorment.
Certes, tous les humains ne sont pas si à vif, et ses nerfs sont plus sensibles que ceux des autres. C'est tout.
Le son fait mal. Le contact d'inconnus fait mal. La lumière peut faire mal. Parler aux autres fatigue. Ca a toujours été ainsi. C'est aussi ancré dans son corps que ces moulinets de poignets qu'il déteste, ou que la façon dont il est incapable de se tenir tranquille, au point où même ses chevilles étaient attachées aux chaises.

Après tout, c'est parce qu'il a eu plus de mal que les autres à dompter son corps que le Précepteur a appliqué ces moyens de torture. Et–
Et il ne peut pas se résoudre à en parler.
Pas maintenant, pas alors que sa mère est aussi livide qu'un fantôme.
L'idée qu'elle ait su, qu'elle ait donné l'ordre...
L'estomac malmené de Lemony se retourne et il se penche en avant pour éviter de vomir.
— Je vais te chercher à manger.
La voix chaude, vibrante... endormante, presque. La voix qui lui ordonne de se relaxer, de faire confiance.
Jade ne l'a jamais utilisée sur lui. Ce changement perturbe l'enfant, qui est toujours en boule mais commence à se balancer sur lui-même.

Puis, brutalement, peut-être juste à temps, il se remet dans la position précédente parce que Thylas ne doit pas le voir ainsi.
Plus maintenant.
Il l'a autorisée à le faire, néanmoins il a toujours pris soin de vérifier qu'elle pouvait endurer cette vision. Or, ainsi retranchée, elle a besoin qu'il soit là pour elle.
Qu'il lui réponde.
De nouveau, les clochettes d'alarme. Quelque chose qui lui signale que sa meilleure amie pourrait s'enfuir en courant.
— Reste ! supplie-t-il.
Les mots de la Serpentard sont suppliants eux aussi, frénétiques, se déroulant pour combler le silence et invoquant toutes les raisons imaginables de rester, toutes les méthodes, tout...
— Je ne veux pas être loin de toi. Je ne veux pas cesser de te voir tous les jours, pas après t'avoir tout juste retrouvée. Mais tu ne peux pas être l'unique chose qui me raccroche à Poudlard. Je ne demandrai ça à aucun être humain, tu comprends ? Aurum rentrera à Poudlard l'année prochaine, mon cousin... sans doute. Je– peut-être– il est solaire sauf que– je sais– oh, peu importe les murmures d'inquiétudes Parlambre, je pense qu'Aurum est magique. Et je l'aime profondément, mais sa présence dans Poudlard ne me retient pas... même si je n'imagine pas vivre au Domaine sans lui. Je ne lui ferai jamais porter un tel poids, Thylas. Il m'est trop précieux. Et toi aussi. Lorsque tu es revenue me chercher... je me noyais. Qu'arrivera-t-il si je sombre, malgré votre présence ? Les cicatrices sur mes poignets ne sont pas de mon fait, mais la tentation est là, parfois.

Malheureusement, Lemony n'a aucune idée de la douleur qui traverse sa meilleure amie, ni de ce qui s'est déroulé dans les toilettes en son absence.
Il est certain que lui dire à quel point il l'aime suffit à panser ses plaies.

Peut-être est-ce heureux, en définitive, qu'une troisième personne soit présente.
Jade revient, et elle saisit l'enjeu mieux que son enfant. Doucement, elle pose une main sur l'épaule de son fils, écarte ses cheveux.
— Thylas a peur, Lemony. Elle pense que tu ne l'aimes pas assez pour rester. Pour elle, ton départ signifie qu'elle n'en a pas fait assez. Que tu l'abandonnes.
Les mots sont fulgurants.
Peut-être assez forts pour être entendus de sa meilleure amie. Si Jade n'avait pas voulu qu'elle puisse assister à ce murmure, elle aurait utilisé le français.
— Mais c'est parce que je l'aime que tu es là ! s'écrie-t-il, désespéré. Tu es la personne la plus importante pour moi... excepté que tu ne pourras plus l'être si je suis mort ! Je ne pourrais pas t'empêcher de faire quoi que ce soit, je ne serai plus là au moindre repas à goûter cette tarte au citron, je ne pourrais jamais conseiller aux elfes de cuisiner de la betterave lorsque vous venez dîner... Je dois être là, je dois être en vie... et je dois être en bonne santé mentale. Je me sens sombrer ; si tu savais comme j'ai peur.
— Partir entièrement n'est pas l'unique solution possible, temporise Jade. Tu as besoin d'une éducation magique : la magie accidentelle se multipliait lorsque tu étais au Domaine. De plus, lorsque tu explosais, tu représentais un danger. Comme tous les êtres magiques, tu as besoin d'un enseignement, et comme tous les sorciers, ton éducation passe par une baguette. Ce n'est pas un non, Lemony. Mais sortir du circuit classique demande d'envisager toutes les possibilités.
L'urgence, Jade la voit, chez ces deux êtres qui risquent de se déchirer et de souffrir intensément. Elle refuse d'assister à cela. Si l'un ou l'autre venait à quitter la conversation avant que l'explosion soit résolue...
Eh bien, la mère ne plaisantais pas en évoquant les accidents dangereux. Lemony s'est déjà physiquement blessé ; encore tantôt cela s'est manifesté. S'il se sent coupable, les objets autour de lui vont fuser pour venir le blesser, parce qu'il le souhaite. Plus il grandissait sans baguette, pire c'était. Le fait qu'il ait dû attendre une année de plus avant d'entrer à Poudlard, parce que né en Novembre était, sur ce plan, une catastrophe.

En contrepartie, la bénédiction est venue sous la forme de Thylas. Sans cette règle limite du 31 août, tous deux n'auraient pas été de la même année... Et c'est Thylas qui a maintenu son enfant à flot.
— Il y aura les week-ends. Nous pouvons acheter une maison à Pré-Au-Lard, où tu pourrais passer les week-end avec Lemony. Ce n'est pas toi qu'il veut quitter.
Sous la proposition de sa mère, le jeune Serdaigle lève des yeux timides vers sa meilleure amie.
Son coeur s'accélère.
Parce que ça équivaut presque à un oui, mais meilleur que tout ce qu'il aurait pu imaginer.
Assez loin du château pour cesser de se noyer. Assez proche pour voir Thylas toutes les semaines.
— Et si elle est reliée au réseau de Cheminées je pourrais... venir tous les jours avant le couvre feu ? Me glisser dans le parc, sans que nul ne me voit ?
Il y a une note d'espoir dans sa voix. Peut-être est-ce la raison pour laquelle Jade fait mine de ne pas avoir entendu les nombreux articles et du Domaine, et de Poudlard, qu'il propose d'enfreindre.
La main libre et tremblante de Lemony cherche encore où se poser.

Il laisse tomber sa chaise, laisse son corps glisser avec l'ondulation caractéristique, pour étreindre la jeune fille.
— Moi aussi, je dois m'assurer que tu vas bien. L'idée de te laisser retourner dans la salle commune des Serpentards tout à l'heure me rend malade.
Et c'est l'entière vérité.
Elle n'est pas en état.
Sauf... s'il en est la cause... sera-t-elle mieux loin de lui ?
Il tremble. Ses gestes sont mal assurés, parce qu'il n'est absolument pas certain qu'il ne sera pas rejeté. Malgré tout.



Livre – Fanfiction
Une Lueur dans l'Ombre
Chroniqueuse VIPère
[Avatar]
Serpentard
2e année
Titre : Re : Lever le voile sur la réalité
Créé : 16/01/2026 à 22:01:27

Thylas se figea presque aussitôt. Pas par indifférence mais parce que quelque chose en elle s’était refermé d’un coup comme une porte qu’on claque avant que la douleur n’ait le temps de s’installer. Elle avait écouté, elle avait compris et surtout, elle refusait d’être cette raison invisible qui l’enchaînerait ici alors qu’il venait d’avouer à quel point rester lui coûtait.

Elle n’aimait pas non plus la façon dont Jade parlait pour elle comme si ses pensées pouvaient être traduites, rangées ou expliquées à sa place. Thylas releva légèrement le menton, un sourire poli déjà en train de se dessiner sur ses lèvres. Elle relâcha doucement Lemony, sans brusquerie.


Si tu penses que partir te fera du bien… alors pars.

Sa voix était étonnamment stable.

Je ne veux pas être la raison pour laquelle tu restes quelque part où tu étouffes.

Elle le regarda, et cette fois il n’y avait ni reproche, ni supplication dans ses yeux. Juste une acceptation un peu raide et presque trop rapide pour être honnête.

Et puis, honnêtement… ça peut être drôle.

Un léger sourire plus sincère perça à travers la façade.

J’aurai enfin un endroit où m’échapper quand tout deviendra trop insupportable ici. Je viendrai me planquer chez toi. Ça me fera du changement.

Elle haussa légèrement les épaules, comme si tout cela était presque léger.

Tant que tu ne disparais pas complètement, ça me va.

Elle évita soigneusement de regarder Jade trop longtemps. Elle n’avait rien d’autre à ajouter. Elle avait décidé qu'elle serait celle qui comprenait, celle qui souriait, celle qui ne retenait pas. Même si, à l’intérieur, quelque chose venait tout juste de se crisper en silence.

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